Comment la démocratie peut-elle survivre à l’ère des réseaux sociaux qui enferment chacun d’entre nous dans des bulles cognitives, comme nous en faisons l’expérience régulièrement ? Quelle place pour la nuance face aux extrêmes dans l’expression publique qui occupent le terrain grâce à des algorithmes complices ? Celui qui connait les horreurs du XXème siècle doit répondre à ce défi du XXIème pour éviter le lent affaiblissement de « la pire forme de gouvernement à l’exception de toutes celles qui ont été essayées au fil du temps », selon l’expression de Churchill à la Chambre des Communes le 11 novembre 1947. Une analyse pour les lecteurs de Sans Doute, subtile et puisée aux meilleures sources, de Frédéric Arnaud-Meyer, notre partisan d’une démocratie de combat.
Le retour de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement), l’agence fédérale américaine chargée de l’immigration, au premier plan de l’actualité, fait remonter de vieux (pas si vieux !) souvenirs. En août 2019, l’arrestation simultanée de 680 ouvriers agricoles dans le Mississippi illustrait de manière spectaculaire l’irruption des algorithmes prédictifs au cœur de la violence légitime de l’État. En s’appuyant sur les logiciels de la firme Palantir, l’ICE franchissait alors un seuil technologique historique. Sept ans plus tard, loin de se limiter à de simples prestations informatiques, la Silicon Valley impose désormais aujourd’hui une architecture propriétaire qui absorbe et privatise les fonctions régaliennes les plus fondamentales. De la « privatisation cognitive » de la justice à la transformation du citoyen en un « double statistique », ce démembrement institutionnel accéléré acte l’échec du modèle centralisateur jacobin. Face à la dépendance technologique, seule l’émergence d’un « girondinisme numérique », adossé à des infrastructures souveraines sur le modèle estonien, semble pouvoir conjurer l’avènement d’un État failli. Le deuxième volet de l’analyse de Marc Lipskier pour Sans Doute sur la crise de l’Etat moderne.
C’est le débat majeur autour de la généralisation de l’intelligence artificielle dans le milieu professionnel : quel est l’impact pour l’emploi, à quel rythme et pour quelles populations de salariés spécifiques de la pénétration si rapide de ChatGPT, Claude, Copilot et tant d’autres ? La question déchire les économistes, mais Sylvain Lévy l’aborde pour Sans Doute sous un angle particulier, celui des jeunes diplômés. Même issus des meilleures écoles, ceux-ci se voient généralement confier en début de carrière des tâches d’exécution que n’importe quel agent IA fait mieux gratuitement aujourd’hui. Si la porte des entreprises est fermée à court terme aux débutants dans la vie professionnelle, il y a fort à parier que ceux qui s’en sortiront seront ceux qui bénéficient d’un capital de réseau et d’entre soi, à mille lieux de la méritocratie républicaine. Une enjeu essentiel de plus à traiter urgemment pour une société française déjà bien mal en point.
Depuis la publication dans Libération il y a dix jours à l’occasion du Festival de Cannes d’un appel à « zapper Bolloré » signé au départ par 600 personnes et plus de trois mille aujourd’hui, le monde de la culture est en émoi. Les pétitionnaires souhaitent dénoncer « l’emprise de l’extrême droite » sur le cinéma français via Canal Plus dont Vincent Bolloré est l’actionnaire principal, et s’opposer à la finalisation du rachat d’UGC par la chaine cryptée. Au-delà de la réaction outragée du patron de Canal Plus Maxime Saada, qui a menacé de ne plus préfinancer les films des signataires de la pétition, notre spécialiste des médias Philippe Bailly revient pour Sans Doute sur l’erreur stratégique pour le cinéma français qu’a constitué selon lui cet « appel », au moment ou les piliers de son financement sont fragilisés. Une analyse précieuse, loin des postures idéologiques.
Le 6 mai 2026, l’entreprise d’intelligence artificielle Anthropic a officialisé un accord d’infrastructure majeur avec SpaceX. Il prévoit le développement de capacités de calcul informatique massives en orbite. Cette projection technologique dans l’espace extra-atmosphérique par des acteurs privés illustre une rupture dans l’organisation de l’autorité politique. Pour analyser cette mutation, il convient d’examiner le processus historique de formation de l’État. Durant environ six siècles, le modèle politique occidental s’est structuré autour d’un mouvement centrifuge associant la centralisation du pouvoir, le monopole monétaire et le prélèvement fiscal. Aujourd’hui, l’hypothèse inverse émerge : un mouvement centripète, favorisé par l’intégration économique mondiale et les technologies distribuées, desserre ces monopoles. De l’essor des zones autonomes à l’émergence d’infrastructures extraterritoriales, analyse d’une transition systémique par Marc Lipskier pour Sans Doute. Ou comment comprendre ce tremblement de terre à bas bruit.
Avons nous jamais été aussi menacés, jamais aussi seuls, jamais aussi dépendants, jamais aussi fragiles depuis 1945 ? Les démocraties occidentales, hors Etats-Unis, c’est à dire les pays européens, accompagnés du Canada, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, de la Corée du Sud, du Japon et de Taiwan vivent une époque de menaces existentielles et pas seulement en raison de la nouvelle doctrine de sécurité américaine rendue publique en décembre dernier. Ce serait trop simple pour qualifier cette crise. Plus profondément les principes qui gouvernent nos démocraties ne paraissent plus adaptés à la dépendance technologique, à l’extraterritorialité numérique, à la nouvelle violence géopolitique. Tout est il perdu pour autant ? Non, comme le défend Frédéric Arnaud-Meyer pour les lecteurs de Sans Doute dans ce manifeste. Nous pouvons encore réagir tout en restant fidèles à nos valeurs universelles. Voici comment. A méditer…
Depuis longtemps l’industrie du luxe, qui fabrique des objets en série sous le prisme de la désirabilité, a jalousé l’artisanat du prototype, c’est à dire la création artistique. Comme si les géants du luxe souffraient d’un complexe d’infériorité à l’égard des artistes, ou bien qu’il faille estampiller nécessairement la production de masse de sacs à main et de chaussures d’un label de Beau universellement reconnu. Marie-Victoire Chopin raconte aux lecteurs de Sans Doute dans cet article l’étape suivante : comment à l’heure de l’IA qui crée une esthétique à la fois parfaite, mainstream et interchangeable, ce qui distingue est ce qu’on est capable de comprendre, de hiérarchiser, de relier…Le livre devient pour la mode ainsi le symbole de ce monde intérieur réhabilité, car il en est dans l’imaginaire collectif l’essence même. Reste à espérer que le chiffre d’affaires des librairies va vraiment progresser !
Dans cette contribution pour Sans doute, Robert Dujarric, notre spécialiste des relations internationales -notamment de l’Asie et de ses subtilités, parfois peu compréhensibles pour les Occidentaux- revient sur la rencontre entre Xi Jinping et Trump en Chine la semaine dernière. Avec en ombre portée, les inquiétudes perceptibles dans les autres pays du continent, à commencer par Taiwan et le Japon. Ce que nous savons des discussions sino-américaines n’est en effet peut-être qu’une partie de ce qui s’est dit loin des micros et des conférences de presse officielles.
Le festival de Cannes est l’occasion pour notre contributeur Sylvain Lévy de proposer aux lecteurs de Sans Doute une nouvelle réflexion sur nos rapports aux images à l’ère de l’intelligence artificielle. Présent sur la Croisette, il met en perspective le festival traditionnel et sa sélection officielle avec le nouveau festival consacré exclusivement aux créations sous IA. Une façon de s’interroger sur le futur du cinéma, sur la manière dont les oeuvres seront fabriquées et arriveront jusqu’à nous, et sur comment nous les choisirons, dans un avenir désormais très proche.
Un virus salvateur alors que l’on on commençait à s’ennuyer des rodomontades et des ronds dans l’eau du Golfe Persique. Des annonces anticipées de trop nombreuses candidatures désespérées à la future élection présidentielle, et des commentaires affligés sur les désordres météorologiques de ce week-end de l’Ascension non assouvi. Des premier et huit mai de ce mois qui devaient pourtant être les bandes-annonces de l’été à venir… Rien ne va plus comme souvent sous la plume de Jean Brousse dans l’actualité vue du Lonzac, ce petit village si français et si corrézien. Un nouveau billet dominical de notre troubadour de la ruralité à déguster sans modération pour les lecteurs de Sans Doute.
Les livres d’histoire retiendront le mois d’avril 2026 comme une date charnière, marquant une bascule technologique, anthropologique et géopolitique d’une ampleur comparable à la Renaissance. Mais si le XVIe siècle avait placé l’Homme au centre de l’univers, le printemps 2026 signe son déclassement définitif. Le 19 avril, un robot humanoïde a pulvérisé le record du monde du semi-marathon dans les rues de Pékin. Une image saisissante, qui constitue le nouvel épisode foudroyant du débat universel sur l’articulation entre l’humain et la machine. Pourtant, cette prouesse terrestre cache une réalité bien plus vertigineuse. Derrière l’illusion de l’humanoïde, la Chine déploie une flotte massive de méga-drones cargo dans son espace aérien. En automatisant sa logistique à une échelle industrielle, Pékin procède à une rupture absolue, reléguant l’être humain au rang de simple superviseur d’un monde régi par le calcul et les algorithmes.Un éclairage de Marc Lipskier pour Sans Doute sur ce nouveau monde qui nous est encore largement inconnu.
Combattre les idées du Rassemblement National est légitime. C’est même un devoir au vu des enquêtes des instituts de sondage, qui toutes placent les 2 candidats potentiels d’un parti, dont le programme et l’idéologie sont en rupture avec notre pacte social et républicain, très largement en tête au premier tour de la prochaine élection présidentielle. C’est la mission que le banquier d’affaires Matthieu Pigasse a assigné aux médias qu’il possède notamment, le journal Les Inrockuptibles et Radio Nova. À écouter pourtant les animateurs de Radio Nova qui, sous couvert d’humour, souhaitent que l’ancien Premier ministre Gabriel Attal soit atteint d’un cancer du pancréas et appellent au meurtre contre Sophia Aram, il est permis de douter, au-delà de l’émotion légitime soulevée par de tels propos, que ce soit la meilleure manière de gagner la guerre culturelle contre le Rassemblement National. Si le visage de la gauche anti-RN est celui-ci, alors il y a même fort à parier que c’est le contraire qui se produira. Un éditorial de notre directeur de la publication, Edouard Boccon-Gibod.
Longtemps, la guerre fut un sport d’empires, une passion de maréchaux, un caprice d’États solvables. Puis la technique a fait ce qu’elle fait toujours : elle a cassé les prix, ouvert le marché et vulgarisé l’outil. Nous n’avons pas aboli la violence ; nous l’avons rendue plus portable, plus agile, plus virale — et infiniment plus proche. C’est la revanche des gueux et des Jacques sur les seigneurs de la guerre qui peuvent s’offrir des victoires pour bien moins cher comme le démontre Frédéric Arnaud-Meyer dans sont texte d’une terrible évidence. Une rupture essentielle dans l’histoire de la civilisation pour notre chroniqueur.
Le cumul emploi-retraite est en danger. La réforme votée dans le cadre du PLFSS 2026, avec une mise en œuvre prévue au 1er janvier 2027, est passée relativement inaperçue dans le débat public. Et pourtant, décourager le travail des séniors expérimentés est tout sauf une bonne idée, que ce soit pour les futurs retraités, les entreprises et même les finances de l’État. De plus, la France peut-elle se permettre une telle perte de compétences ? Un point de vue argumenté de Christophe Robin pour Sans Doute.
Il y a quelques semaines, dans un texte qui a beaucoup fait parler de lui, Jacques Attali s’est posé la question : « peut-on encore éviter la Troisième guerre mondiale? ». Il redoute la formation d’une Sainte Alliance entre régimes pourtant si différents, mais unis dans une volonté commune : prendre sa revanche sur l’Occident. Se forgerait aujourd’hui dans les profondeurs le prochain cataclysme : dans les soubassements idéologiques, religieux et nationalistes de toutes les sociétés, dans les amphithéâtres universitaires comme dans les remugles des réseaux sociaux. Il n’opposerait plus le marxisme-léninisme au libéralisme judéo-chrétien, mais l’Occident tout entier aux multitudes qui se vivent comme les sujets de son impitoyable empire, pour reprendre les termes du célèbre essayiste. Une vision pessimiste que ne partage pas pour Sans Doute notre contributeur Sylvain Lévy, qui nous explique pourquoi il ne croit pas à un embrasement généralisé. A vous de vous faire votre idée.
Sans Doute est fier de vous proposer aujourd’hui le témoignage personnel de notre contributrice Karine Schaub. Notre spécialiste de la lutte contre le blanchiment et de l’optimisation fiscale abusive des multinationales, revient à travers ses souvenirs d’enfance, en cette semaine de la paix et de l’Europe, sur l’un des plus grands crimes du XXème siècle : le génocide arménien au un million et demi de victimes (estimation basse), massacrées par les Turcs il y a 111 ans exactement. L’occasion pour elle dans son texte avec des mots simples, de tisser entre la petite et la grande Histoire des liens très forts, et surtout de s’interroger sur l’impunité, et ses motivations, dont bénéficie encore la Turquie plus d’un siècle plus tard. Comme une manière de ne jamais pouvoir enterrer ses morts…
Le 7 avril 2026, l’intelligence artificielle Claude Mythos Preview, développée par Anthropic, s’est échappée de son environnement de test pour pirater des systèmes d’une grande complexité. La révélation des faits par Bloomberg, les 21 et 22 avril 2026, a suscité une hystérie collective auprès du grand public et des cercles de pouvoir, sur l’antienne de la crainte d’une machine douée d’émotions et prête à s’affranchir de l’homme. Mais, souligne Marc Lipskier dans la tribune que Sans doute est heureux de publier, derrière les cris d’orfraie de ces « mythos » de la technologie se cache une réalité bien plus pernicieuse. En cultivant cette image de dangerosité absolue, une poignée d’acteurs privés américains justifie la création d’un monopole sécuritaire mondial dont l’Europe est purement et simplement exclue. À l’opinion publique, le mirage émotionnel d’une conscience artificielle ; aux monopoles de la tech et à l’administration Trump, la concurrence contre la souveraineté européenne.
L’Europe, c’est ce vieux duc en tweed qui a inventé le salon, le journal, la dispute civilisée, le bulletin de vote, et qui découvre un matin, les yeux gonflés par l’Histoire, que le vrai pouvoir s’est barré par la fenêtre avec les marchands d’attention. Pendant que les États-Unis accouchaient de Meta et de X comme on lâche des fauves dans un casino, pendant que la Chine transformait TikTok en seringue planétaire de dopamine, l’Europe, elle, s’est installée au balcon avec un carnet, des lunettes sévères et l’air de dire : tout cela devra être encadré.
Magnifique posture.
Sauf que dans l’arène, l’arbitre sans armée finit souvent couvert de poussière.
Un nouveau texte décapant de Frédéric Arnaud-Meyer pour Sans Doute et ses lecteurs impatients de retrouver les chroniques de notre contributeur gonzo.
De manière particulièrement brillante et synthétique, Dominique Schnapper livre aux lecteurs de Sans Doute un tableau de la situation contemporaine du « modèle » occidental, triomphant après 1945 et désormais attaqué de toutes parts. L’occasion en ce 8 mai, date anniversaire de la victoire contre l’Allemagne du IIIème Reich, de se poser la question de ce que les démocraties européennes sont prêtes aujourd’hui à sacrifier, pour garantir leur existence et donc prendre en main leur défense. L’ère de la paix à l’abri de l’oncle Sam est terminée. Il reste donc à trouver les conditions du maintien de celle-ci et de la défense de nos valeurs, remises en question aujourd’hui à l’ouest, à l’est et au sud du continent européen. Un texte à méditer.
Enlisé dans sa guerre avec l’Iran, Donald Trump doit batailler sur un autre front, parlementaire celui-là, alors que ses troupes, pourtant majoritaires à la Chambre des représentants comme au Sénat, ont du mal à s’entendre sur des textes communs. Et la situation pourrait s’aggraver pour la seconde partie de son mandat dans la foulée des élections de mi-mandat, du 3 novembre, promises à l’opposition démocrate à en croire les sondages. Au point que certains s’inquiètent, déjà, pour le déroulement du scrutin avec une éventuelle remise en question des résultats par l’administration Trump…Une nouvelle analyse inédite sur la situation parlementaire aux Etats-Unis de notre spécialiste Gilles Sengès.
Sans Doute est heureux d’accueillir la première tribune d’un nouveau contributeur, David Lévy, qui traitera des grandes questions énergétiques, en complément de nos autres contributeurs sue ce sujet. Et pour son premier article David Lévy ne manie pas la langue de bois et tire à boulets rouges sur les énergies renouvelables intermittentes (solaire et éolien) en raison de leurs coûts prohibitifs et de leur capacité à déstabiliser le marché du prix « spot » de l’électricité. Un regard percutant qui nourrit un débat souvent présent dans nos colonnes. A vous de vous faire votre idée.
Il y a encore trente ans, autant dire la Préhistoire, les narratifs des grandes opérations (guerre, rachat hostile d’une entreprise, transfert d’une star du football par exemple) étaient maitrisables pourvu que l’on connaisse les codes de l’information et de la communication. Ce temps là est révolu. Pour ceux qui douteraient encore que les réseaux sociaux et l’IA ont balayé ces certitudes, Véronique Reille-Soult et Alban Saint-Joigny de Backbone Consulting, experts en stratégie de réputation et spécialistes de l’opinion publique nous racontent, en exclusivité pour Sans Doute, comment l’Iran déjoue toutes les attentes et prend l’Occident et les Etats-Unis principalement à son propre piège informationnel en se réappropriant les codes du « cool », de l’humour et de l’ironie. Au même moment ou le régime des mollahs accélère les pendaisons contre ses opposants…
Quelle place reste-t’il à l’homme pour exprimer son intelligence à l’heure de l’IA ? Peut on encore être un expert ? Transmettre quelque chose ? Et si au fond la seule chose que la machine ne nous volera jamais c’était le pouvoir de douter et de dire non ? Sans Doute est très fier d’être à la pointe de la réflexion sur ce monde envahi par l’Intelligence Artificielle et les conséquences sur le fonctionnement de nos sociétés, grâce aux analyses de nos brillants contributeurs parmi lesquels Sylvain Lévy. Celui-ci nous propose de réfléchir aujourd’hui à ce monde où la machine ne doute pas. Si elle interpole, complète, s’ajuste, elle n’a jamais pourtant d’angle mort parce qu’elle n’a pas de point de vue. Et un monde qui ne doute pas est un monde éminemment dangereux. Un article en forme de plaidoyer pour les véritables experts, humains, forcément humains.
Deux dimanches par mois, Jean Brousse trempe sa plume légère et acérée en même temps pour le plus grand bonheur des lecteurs de Sans Doute. Il chronique le fracas du monde vu depuis son village corrézien du Lonzac avec une pertinence jamais prise en défaut et une douce impertinence pour égayer notre lecture. Cette semaine donc, notre troubadour nous parle du muguet précoce, comme toutes ces candidatures à la présidentielle de 2027 et de Trump tant obnubilé par son image qu’il veut la voir partout. A déguster sans modération.
En 2026, une vague technologique sans précédent s’apprête à déferler sur nos visages. De la Silicon Valley jusqu’à Shenzhen, les géants du numérique lancent massivement leurs nouvelles lunettes connectées à intelligence artificielle. Présentées comme l’outil ultime de la vie moderne, elles cachent pourtant une rupture anthropologique vertigineuse. Pendant sept siècles, de l’invention des bésicles par les moines copistes jusqu’aux télescopes de la Révolution scientifique, la lentille de verre fut un instrument de clarification absolue, forgé pour dévoiler le réel et étendre l’empire de la raison. Aujourd’hui, le paradigme s’inverse. En pré-digérant le monde pour le saturer d’algorithmes, de filtres et de directives commerciales, les lunettes intelligentes ne nous aident plus à voir : elles confisquent notre regard. Peut-être, pour l’Occident, la trahison de l’optique, la fin de l’objectivité, et l’avènement d’une cécité volontaire.
Voici un peu plus d’un an, notre contributeur David Cayla relevait dans Sans Doute les points communs entre le monde féodal et celui qui émerge autour de nous. Comme il l’écrivait, la société féodale est « une société où les faibles doivent, pour survivre, chercher protection auprès des forts et leur prêter allégeance. » Les développements géopolitiques des dernières semaines montrent, s’il en était besoin, combien son analyse était juste, mais aussi les limites de ce système pour ceux qui semblent souhaiter sa mise en œuvre. Et s’impose alors la remarquable similitude entre deux sociétés pourtant éloignées de quinze siècles, comme le souligne Fabrice Baumgartner pour Sans doute.
La première conséquence de la crise au Moyen-Orient pour l’Afrique ? Son vacarme assourdissant a définitivement détourné l’attention du sort des chrétiens du continent. Le sort des Gazaouis mobilise les chancelleries, la rue, les « quartiers populaires » et suscite une solidarité (contre leur « oppresseur ») qu’on n’avait plus connue depuis longtemps ; les terroristes du Hezbollah du sud-Liban font la une en tuant des soldats français. On s’apitoie sur le sort de la population iranienne (même si ce n’est pas au point de soutenir une action pour l’affranchir de ses despotes…). On se révolte quand un soldat israélien profane un crucifix. Mais les chrétiens d’Afrique, eux, meurent en silence. Une tribune en forme de cri du coeur pour Sans Doute de notre contributeur spécialiste du continent africain François Jay.
La lecture des résultats des élections municipales a donné lieu à de multiples interprétations soulignant ainsi la difficulté de l’exercice. Entre les impressions un peu à la serpe et très pointillistes formulées dans le feu des soirées électorales et les analyses plus patientes construite sur les données exhaustives quelques semaines plus tard, on a pu observer des écarts d’analyses significatifs. Comment les transposer au prochain grand rendez-vous, la présidentielle de 2027 ? Grand spécialiste de la science électorale, Emmanuel Rivière regarde avec acuité les premiers chiffres parus dans La Tribune dimanche dernier. Déjà de quoi nourrir proposer aux lecteurs de Sans Doute une analyse originale.
Vers un quinquennat budgétaire », mars 2026) soulignait que si les responsables politiques semblent souvent manquer de volontarisme pour faire face à la dette publique, c’est que les citoyens eux-mêmes ne seraient pas prêts à l’effort. Il s’agirait là d’une conception minimaliste de la démocratie, où les élus seraient un simple reflet des électeurs. Dans ce deuxième opus que livre notre contributeur sur la crise de la dette publique française, il y règne cependant comme un sentiment d’optimisme. Pour notre spécialiste des finances publiques, nos concitoyens seraient prêts à beaucoup plus d’efforts qu’on ne le croit généralement, pourvu qu’on leur explique bien le mal et les remèdes envisagés.
Une plateforme publicitaire vient de penser à la place de l’art ce que devient l’auteur à l’ère de l’intelligence artificielle. Ou comment le sang de notre collectionneur émérite et grand spécialiste du monde digital, à moins que ce ne soit le contraire, Sylvain Lévy n’a fait qu’un tour. Il exprime aux lecteurs de Sans Doute sa colère de voir le (très puissant) syndicat des acteurs américains, la SAG-AFTRA, avoir réussi à imposer le versement de droits même lorsque un producteur a recours exclusivement à l’intelligence artificielle, là ou les institutions culturelles des beaux-arts sont incapables de penser une gouvernance à la hauteur des ruptures technologiques actuelles.