Avant-hier Marc Lipskier a expliqué en détail aux lecteurs de Sans Doute comment la voix, attribut personnel s’il en est, subit les derniers outrages de la part de l’IA et comment dans le monde entier s’organise politiquement, légalement et judiciairement pour protéger cette part essentielle de nous même. Aujourd’hui Sylvain Lévy nous propose des travaux pratiques sur cette question avec cette affaire qui fait beaucoup jaser en Italie : Giorgia Meloni a décidé de protéger sa voix au sens juridique du terme. On peut trouver cette démarche originale et intelligente. On peut aussi y voir symptôme supplémentaire d’un monde qui nous échappe.
L’affaire Thélyson Orélien restera dans les mémoires parce qu’elle vient percuter un objet-clé de notre civilisation : le livre. À la fois instrument de transmission du savoir et réceptacle de l’imaginaire, il est la forme physique de tout ce qu’un esprit humain peut apprendre, penser ou créer. C’est parce que nous entretenons tous un rapport intime avec les livres que chacun s’est forgé, presque instinctivement, une opinion sur l’usage de l’IA dans la création littéraire. Mais chez Sans Doute, nous avons fait le choix de prendre le recul nécessaire et de regarder les questions qui traversent notre époque sous des angles différents de ceux qu’adopte le reste de la presse. Après Marc Lipskier, qui a abordé hier l’affaire sous l’angle du droit, Sylvain Lévy l’examine aujourd’hui du point de vue du créateur, pour parvenir, lui aussi, à une même conclusion. Car si l’accusation tient en quelques clics, un compte anonyme et un logiciel, la défense, elle, exige des traces. Et derrière ces traces, il y a une signature : celle de celui qui répond du livre. L’IA ne détruit pas cette idée. Elle nous oblige à la préciser.
« Où va le travail humain ? » se demandait déjà Georges Friedmann en 1950, dans un ouvrage destiné à devenir un classique de la sociologie du travail. Il était pourtant encore loin d’imaginer combien la digitalisation de monde professionnel allait révolutionner autant celui-ci que le taylorisme 100 ans plus tôt. Face à l’IA dont personne ne sait vraiment encore si elle va libérer ou enchaîner, comment donner des perspectives à une jeunesse désespérément en quête de sens, entre peur de l’hydre technologique, angoisse du changement climatique et retour de l’impérialisme comme moteur des nouvelles relations internationales. Une réflexion de Sylvain Lévy pour Sans Doute, qui défendra toujours le droit de dire non, fidèle à son habitude.
Il y a quelques semaines, Marc Lipskier racontait pour les lecteurs de Sans Doute dans « Contre les pilleurs de silicium », comment les géants de l’IA ont été condamnés par la justice allemande pour contrefaçon en raison de l’entrainement de leurs langages sur des livres ou de la musique sans autorisation des ayants-droit. Mais aux Etats-Unis, il a été jugé que si ces langages s’entrainaient sur des livres légalement acquis, Anthropic, la maison-mère de Claude pouvait bénéficier de la clause, bien connue des spécialistes du droit d’auteur anglo-saxon, du « fair use ». Aujourd’hui, Sylvain Lévy revient avec amusement et stupéfaction mêlées sur les conséquences pratiques de cette jurisprudence pour certains libraires. De quoi faire réfléchir à la distinction entre lettre et esprit de la loi…
« Let’s enjoy the ride », dit Elon Musk. C’est à The Economist qu’il a confié cette formule, à propos d’une intelligence artificielle que, précise-t-il, même lui ne pourrait plus arrêter. Quand l’homme qui construit la machine recommande d’apprécier le paysage, l’idée mérite qu’on s’y attarde. Pour Sans doute, Sylvain Lévy nous propose une autre approche de la « Théorie du chaos » chère au physicien, mathématicien et philosophe Henri Poincaré. Une excellente manière de terminer la saison, fidèle à notre esprit de curiosité et de refus des vérités révélées, avant de démarrer dès demain nos séries d’été.
Michel Foucault avait imaginé un monde où les discours circuleraient sans auteurs. L’intelligence artificielle ne l’a pas seulement rendu possible. Elle l’a industrialisé. Mais ce monde sous perfusion d’IA nous oblige à redécouvrir pourquoi une société a besoin de signatures afin de la rendre habitable : une parole doit être reliée à unes responsabilité, un pouvoir à un visage. Une nouvelle réflexion brillante de Sylvain Lévy sur un nouvel aspect de relation entre l’homme et la machine à l’ère de l’IA. L’occasion de souligner combien Sans Doute est fier d’être devenu l’un des principaux lieux du débat en France sur les ruptures anthropologiques induites par l’intelligence artificielle et de remercier tous nos contributeurs qui écrivent avec passion sur ce sujet.
En Chine, une génération s’est inventé un pays de repli : les années 2000. L’État s’en inquiète mais ne peut rien démolir. Le marché, lui, absorbe déjà. Pour Sans Doute, Sylvain Lévy revient sur ce phénomène dont vous n’avez jamais entendu parler : le « Chinese dreamcore ». Une manière pour la jeunesse chinoise de la génération Z de s’échapper de son présent, et potentiellement de son futur. Le symbole même que l’imaginaire ne s’enferme jamais, y compris et surtout en l’absence de libertés.
À Changsha et Shenzhen, des entreprises entraînent des humanoïdes à partir des gestes humains. Mais que reste-t-il d’un savoir-faire lorsque la main devient donnée — et que la transmission se confond avec l’enregistrement ? Après le football hier grâce à Marc Lipskier, Sans Doute explore aujourd’hui grâce à Sylvain Lévy cette obsession à vouloir tenter de donner aux robots humanoïdes tout le savoir-faire de l’homme, comme pour mieux préparer notre disparition. Est-ce vraiment cela que nous voulons ? Un nouveau texte essentiel pour réfléchir à l’avenir de notre civilisation.
Sylvain Lévy a choisi pour les lecteurs de Sans Doute de tordre le cou à la dernière idée reçue à la mode : malgré une profusion de nouveaux moyens mis à leur disposition, les artistes de ce XXIème siècle n’auraient rien produit de notable, de remarquable, voire simplement d’inédit. Fadaises pour notre contributeur qui voit dans ce jugement à l’emporte-pièce, la paresse des élites culturelles inquiètes de perdre leur monopole, comme autrefois les scribes…un texte au ciseau du sculpteur !
Après David Baverez il y a quelques jours, Sylvain Lévy revient pour Sans Doute sur la folie qui s’est emparée des marchés financiers aux Etats-Unis à l’occasion de l’introduction en Bourse de Space X. Non pas cette fois-ci pour mettre en garde l’épargnant européen contre cette bulle, encore que, mais pour interroger sur ce que dit cette opération de notre rapport à l’avenir et de sa confrontation au réel que personne ne vient jamais auditer. Une lettre persane de 2026 à la matière de Montesquieu pour s’étonner avec Usbek et Rica.