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Il y a quelques semaines, dans un texte qui a beaucoup fait parler de lui, Jacques Attali s'est posé la question : "peut-on encore éviter la Troisième guerre mondiale ?". Il redoute la formation d'une Sainte Alliance entre régimes pourtant si différents, mais unis dans une volonté commune : prendre sa revanche sur l'Occident. Se forgerait aujourd'hui dans les profondeurs le prochain cataclysme : dans les soubassements idéologiques, religieux et nationalistes de toutes les sociétés, dans les amphithéâtres universitaires comme dans les remugles des réseaux sociaux. Il n’opposerait plus le marxisme-léninisme au libéralisme judéo-chrétien, mais l’Occident tout entier aux multitudes qui se vivent comme les sujets de son impitoyable empire, pour reprendre les termes du célèbre essayiste. Une vision pessimiste que ne partage pas pour Sans Doute notre contributeur Sylvain Lévy, qui nous explique pourquoi il ne croit pas à un embrasement généralisé. A vous de vous faire votre idée.
Jacques Attali avance une hypothèse spectaculaire : la formation d’un bloc sino-russo-irano-pakistanais, uni par la volonté de mettre un terme à « cinq siècles d’arrogance occidentale ». Dans cette lecture, les crises actuelles — Ukraine, Moyen-Orient, Taïwan — ne seraient que les foyers d’un même incendie, promis à l’unification dans un affrontement systémique. L’idée mérite attention : l’histoire montre que les guerres mondiales ne naissent pas d’un acte isolé, mais d’une accumulation de tensions régionales mal contenues, d’alertes négligées et de systèmes de sécurité qui cèdent par fragmentation plutôt que par effondrement. En ce sens, Attali rend un service salutaire : rappeler que les équilibres deviennent létaux quand les institutions censées les stabiliser perdent leur crédibilité.
Mais, à mon sens, la puissance évocatrice de son hypothèse en constitue aussi la limite analytique. Elle postule l’unité d’intérêts de puissances profondément divergentes — et ces divergences sont structurelles.
La Chine tire sa force d’une intégration poussée dans l’économie mondiale. Un conflit généralisé ruinerait en quelques semaines le socle de sa prospérité. Son projet technologique de long terme — semi-conducteurs, intelligence artificielle, réseaux 5G-6G, robotique — dépend d’échanges de talents, de marchés et de composants que seule la stabilité commerciale garantit. Huawei, SMIC, DeepSeek incarnent cette souveraineté patiemment bâtie, incompatible avec le chaos.
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