Avec sa verve habituelle et sa formidable capacité à mettre en perspective les grands faits de civilisation en peu de mots, Frédéric Arnaud-Meyer nous livre son diagnostic sur la question à la fois centrale de toute société humaine et déterminante du futur de notre continent : le désir d’enfant. Quel signal peut au fond mieux résumer la crise profonde que traverse l’Union Européenne, décrite tout au long de la semaine dans Sans Doute par nos contributeurs, que la chute dramatique du taux de natalité dans l’ensemble des 27 Etats membres ? Comment remédier à cette crise civilisationnelle ? Pour notre contributeur, pas d’illusion : sermonner les corps à coups d’incitations fiscales et de places en crèche ne servira à rien. Il faudra en revanche, et c’est beaucoup plus complexe, reconstruire une Europe qui mérite qu’on lui confie des corps nouveaux. Un magnifique épilogue pour cette semaine européenne
Occident
Tag
Avons nous jamais été aussi menacés, jamais aussi seuls, jamais aussi dépendants, jamais aussi fragiles depuis 1945 ? Les démocraties occidentales, hors Etats-Unis, c’est à dire les pays européens, accompagnés du Canada, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, de la Corée du Sud, du Japon et de Taiwan vivent une époque de menaces existentielles et pas seulement en raison de la nouvelle doctrine de sécurité américaine rendue publique en décembre dernier. Ce serait trop simple pour qualifier cette crise. Plus profondément les principes qui gouvernent nos démocraties ne paraissent plus adaptés à la dépendance technologique, à l’extraterritorialité numérique, à la nouvelle violence géopolitique. Tout est il perdu pour autant ? Non, comme le défend Frédéric Arnaud-Meyer pour les lecteurs de Sans Doute dans ce manifeste. Nous pouvons encore réagir tout en restant fidèles à nos valeurs universelles. Voici comment. A méditer…
Il y a quelques semaines, dans un texte qui a beaucoup fait parler de lui, Jacques Attali s’est posé la question : « peut-on encore éviter la Troisième guerre mondiale? ». Il redoute la formation d’une Sainte Alliance entre régimes pourtant si différents, mais unis dans une volonté commune : prendre sa revanche sur l’Occident. Se forgerait aujourd’hui dans les profondeurs le prochain cataclysme : dans les soubassements idéologiques, religieux et nationalistes de toutes les sociétés, dans les amphithéâtres universitaires comme dans les remugles des réseaux sociaux. Il n’opposerait plus le marxisme-léninisme au libéralisme judéo-chrétien, mais l’Occident tout entier aux multitudes qui se vivent comme les sujets de son impitoyable empire, pour reprendre les termes du célèbre essayiste. Une vision pessimiste que ne partage pas pour Sans Doute notre contributeur Sylvain Lévy, qui nous explique pourquoi il ne croit pas à un embrasement généralisé. A vous de vous faire votre idée.
De manière particulièrement brillante et synthétique, Dominique Schnapper livre aux lecteurs de Sans Doute un tableau de la situation contemporaine du « modèle » occidental, triomphant après 1945 et désormais attaqué de toutes parts. L’occasion en ce 8 mai, date anniversaire de la victoire contre l’Allemagne du IIIème Reich, de se poser la question de ce que les démocraties européennes sont prêtes aujourd’hui à sacrifier, pour garantir leur existence et donc prendre en main leur défense. L’ère de la paix à l’abri de l’oncle Sam est terminée. Il reste donc à trouver les conditions du maintien de celle-ci et de la défense de nos valeurs, remises en question aujourd’hui à l’ouest, à l’est et au sud du continent européen. Un texte à méditer.
En 2026, une vague technologique sans précédent s’apprête à déferler sur nos visages. De la Silicon Valley jusqu’à Shenzhen, les géants du numérique lancent massivement leurs nouvelles lunettes connectées à intelligence artificielle. Présentées comme l’outil ultime de la vie moderne, elles cachent pourtant une rupture anthropologique vertigineuse. Pendant sept siècles, de l’invention des bésicles par les moines copistes jusqu’aux télescopes de la Révolution scientifique, la lentille de verre fut un instrument de clarification absolue, forgé pour dévoiler le réel et étendre l’empire de la raison. Aujourd’hui, le paradigme s’inverse. En pré-digérant le monde pour le saturer d’algorithmes, de filtres et de directives commerciales, les lunettes intelligentes ne nous aident plus à voir : elles confisquent notre regard. Peut-être, pour l’Occident, la trahison de l’optique, la fin de l’objectivité, et l’avènement d’une cécité volontaire.
Chamberlain. Il est des noms propres qui sont devenus dans le langage courant des synonymes de faiblesse, de naïveté et de lâcheté. Le patronyme de l’ancien Premier Ministre anglais est de ceux-là, passé à la postérité comme le symbole de l’impuissance des démocraties à endiguer l’Allemagne nazie lorsque il était encore temps, et d’une manière générale de l’incapacité congénitale des pays occidentaux à envisager le rapport de force ultime malgré les intentions belliqueuses bien documentées de leurs adversaires. Pour Sylvain Lévy, face aux menaces russe et chinoise, les réactions des démocraties libérales sont de cet ordre…aux lecteurs de Sans Doute, conscients de la réalité ukrainienne, voire polonaise ou balte, et taiwanaise, de mesurer la vigueur de cet avertissement.
En douze mois, la présidence Trump II a opéré deux ruptures simultanées : à l’extérieur, une fracture assumée avec l’Occident qui isole Washington de ses alliés historiques ; à l’intérieur, une dérive illibérale qui banalise l’arbitraire exécutif. La Stratégie nationale de sécurité (NSS) publiée le 5 décembre 2025 entérine ce tournant, mais elle n’en est que l’un des instruments — la pratique du pouvoir en est le véritable révélateur nous explique Sylvain Kahn.
Et si la société de la défiance généralisée qui s’installe partout en Occident, et singulièrement en France, portait en elle des motifs d’espoir et de renouveau ? C’est la thèse, pour le moins paradoxale, que notre spécialiste des « temps paradoxants », comme il aime à se définir, Frédéric Arnaud-Meyer livre aujourd’hui aux lecteurs de Sans Doute.…
Amadou Hampâté Bâ disait « En Afrique, l’Islam n’a pas plus de couleur que l’eau d’une rivière, c’est ce qui explique son succès : il se colore aux teintes des terroirs et des pierres sur lesquels il coule »[1] Mais, depuis plus de 40 ans, cet islam « africain »[2] ancestral – traditionnellement moins rigoriste que d’autres, plus pacifique et ouvert aux autres spiritualités, « vert clair » en quelque sorte – plie sous les coups de ses ennemis ; il menace aujourd’hui de disparaitre.