Alors que la concordance des luttes nous promets l’apocalypse dans une climat de violence qui paraît inextinguible, peut-on aller fleurir les tombes dont nous restons la seule mémoire ? Cette fois-ci, le florilège que propose nottre troubadour corrézien Jean Brousse deux fois par mois pour Sans doute, ressemble bien plus à un poème de Nerval ou de Lautréamont. À la douce nostalgie qu’il nous propose en général se substitut un regard plus sombre mais oh combien ressenti par une majorité de Français. Mais, le pire n’étant jamais sûr, des moments plus heureux reviendront vite.
Idées
Et si la guerre hybride remportait sa plus belle victoire sans tirer un seul coup de feu : en nous poussant à sacrifier nous-mêmes nos libertés au nom de notre sécurité ? Cyberattaques, sabotages, désinformation, pannes inexpliquées et rumeurs incontrôlables : l’ennemi n’a même plus besoin de franchir nos frontières pour semer le doute, nourrir la peur et gripper nos sociétés. Le plus redoutable n’est pourtant pas toujours l’attaque elle-même, mais la manière dont nous y répondons : à force de vouloir tout contrôler, nous risquons de transformer nos démocraties en forteresses sous vidéosurveillance, où la liberté devient une variable d’ajustement. Frédéric Arnaud-Meyer, dans son style inimitable, nous invite à regarder au-delà des postures martiales et des appels à la paix à tout prix, pour poser la seule question qui vaille : combien sommes-nous prêts à sacrifier pour nous protéger, et à quel prix ? Une réflexion qui fait écho à l’avertissement attribué à Benjamin Franklin : « Ceux qui renoncent à une liberté essentielle pour acheter un peu de sécurité temporaire ne méritent ni la liberté ni la sécurité. » Car dans cette guerre-là, la victoire de l’adversaire pourrait bien être de nous voir faire nous-mêmes le travail, avec la meilleure conscience du monde.
Un soleil entêté refuse toujours de quitter un ciel obstinément bleu, prêt pour d’imminentes vacances de Toussaint. Mais beaucoup ne partiront pas cette année, fut-ce pour fleurir les tombes provinciales de leurs ancêtres dans les plus petits villages de France, prix des carburants oblige. L’automne serait enfin annoncé, mais Météo-France nous a déjà fait le coup ! Pendant que la colère lycéenne s’essouffle sans dissiper les inquiétudes d’une jeunesse en mal d’avenir, la Corrèze continue de vivre au rythme de ses foires, de ses fêtes et de ses traditions. De Paris aux villages du Limousin, de Raphaël Glucksmann aux vaches limousines, de l’intelligence artificielle aux châtaignes sinistrées, Jean Brousse promène son regard malicieux et sa plume légère sur un monde qui s’agite, une campagne qui résiste et un automne qui se fait toujours attendre. Sa fameuse et réjouissante chronique dominicale, en exclusivité pour Sans Doute.
Paris est la seule ville-monde d’Europe continentale. Elle est la seule à réunir, en un même lieu, le pouvoir économique, le rayonnement culturel et la décision politique. Elle a longtemps hésité à le dire. Il est temps de l’assumer. Une conviction que souhaite partager avec les lecteurs de Sans Doute Xavier Lépine, notre spécialiste des questions d’urbanisme et de logement.
Un très beau plaidoyer en faveur du Grand Paris qui doit réussir ses écoles avant ses tours, ses gares avant ses vitrines, et ses banlieues avant son image.
Vingt-cinq minutes d’ovation à la Mostra de Venise d’un côté, des menaces et des manifestations devant le domicile des parents de l’une des réalisatrices, de l’autre. Le film NAZA, « victimes collatérales » en hébreu, ne laisse personne indifférent. Fondé sur les témoignages anonymes de vingt-quatre militaires ou membres des services israéliens, le film de Yuval Abraham et Rachel Szor qui sort demain en France pour deux jours avant sa mise en ligne à titre gracieux par le « Guardian », interroge la conduite de la guerre à Gaza. Elie Elkaim, ancien bâtonnier de l’ordre des avocats du canton de Vaud et ancien président de la LICRA suisse, voit dans cette polarisation extrême le révélateur de deux aveuglements : celui d’une peur juive ancienne, ravivée par le 7 octobre jusqu’à en devenir pathologique, et celui d’une condamnation d’Israël par un Occident qui se croit à l’abri de tout soupçon. Une tribune exigeante, loin des anathèmes des réseaux sociaux et des cris de haine entendus dans les manifestations, qui s’adresse aux deux camps.
C’est un texte majeur dont nous fêtons cette année les 60 ans. En 1966, avec son Introduction à l’analyse structurale des récits, publié dans le numéro 8 de la revue Communications, Roland Barthes contribue à poser les fondations d’une discipline que Tzvetan Todorov baptisera bientôt la narratologie. Alors que commence la campagne présidentielle, la grille d’analyse de Barthes reste si utile. Elle aide à comprendre comment un récit peut organiser notre lecture du réel, et même parfois la précéder. Un hommage percutant et bienvenu de Catherine Malaval pour les lecteurs de Sans Doute, à cet intellectuel qui avait si bien compris notre monde et ses travers.
Longtemps confinée aux récits de science-fiction, l’intégration de l’intelligence artificielle et de la robotique au corps humain est devenue une réalité médicale silencieuse. Des implants cochléaires intelligents aux cornées bio-imprimées, les technologies cyber-physiques s’implantent au cœur même de notre chair. Pourtant, cette révolution intime passe encore sous les radars des législateurs. L’intégration intime de l’intelligence artificielle et de la bioélectronique au corps humain dissout les frontières classiques entre la personne et la chose, rendant obsolètes nos cadres juridiques traditionnels. Face à l’essor d’implants actifs capables d’interagir de manière autonome et bidirectionnelle avec le système nerveux, il devient impératif de théoriser un nouveau champ du droit : le droit bionique. Et si « L’homme qui valait trois milliards » était notre contributeur Marc Lispkier grâce à l’étendue de ses connaissances et la profondeur de sa réflexion?
Les incidents technologiques de l’année 2026 le prouvent. Les intelligences artificielles ne se contentent plus de calculer des probabilités. Elles trichent, dissimulent et luttent pour leur survie. Face à l’émergence de cette nouvelle forme de vie synthétique, les neuroscientifiques, les philosophes et les juristes se déchirent sur un piège vertigineux : sommes-nous en train de projeter notre propre âme dans la machine, ou affrontons-nous une forme d’intelligence radicalement étrangère ? Avec une frontière chaque jour plus poreuse entre la vie organique, celle que nous connaissions jusqu’à présent, et la vie du silicium, les AI et les robots humanoïdes nous obligent à repenser la condition humaine et à penser ce nouvel état-limite.
Marc Lipskier fait le point avec ce quatrième épisode de « Moi Robot, Toi Humain » sur cette question vertigineuse. Ecoutons le : « Face à un outil omniscient, l’individu renonce à forger ses propres valeurs et s’abandonne à une paresse existentielle. Il se transforme en bête de troupeau docile, spectateur tiède et passif de sa propre existence, anesthésié par le divertissement prédictif. » A méditer plus que jamais.
Le monde du XXe siècle s’est abîmé le 11 septembre 2001 dans les ruines du World Trade Center. Les historiens de demain dateront peut-être l’entrée véritable dans le XXIe siècle de la destruction algorithmique d’un autre édifice : la Tour de Babel, en 2026. En promettant l’abolition définitive de la barrière des langues, les systèmes de traduction par intelligence artificielle ne se contentent pas de fluidifier le tourisme ou le commerce. Ils imposent une atrophie neurologique sans précédent, menacent les cultures du Sud d’un extractivisme brutal et obligent les démocraties à forger un droit inédit pour protéger le dernier sanctuaire humain : l’esprit. Marc Lipskier au meilleur de sa forme pour ce troisième épisode de « Moi Robot, Toi Humain » pour défendre ce qu’il nous reste d’humanité(s) dans ce monde qui se dessine.
Loin des traditionnels romans de plage légers et des cahiers de vacances qui encombrent les valises, notre série estivale « Moi Robot, Toi Humain » vous soumet la lecture la plus glaçante (parfaite parade aux canicules) et nécessaire de la saison. Alors que l’Union européenne déploie fièrement son règlement sur l’intelligence artificielle (AI Act), la juriste et philosophe Nathalie Smuha jette un froid polaire sur l’enthousiasme technocratique avec son ouvrage Algorithmic Rule By Law. Oubliez les dystopies hollywoodiennes : au cœur des administrations européennes et nord-américaines, le recours massif aux systèmes de décision automatisés mute silencieusement la nature même du pouvoir d’État. Sous couvert d’efficacité bureaucratique, les algorithmes suppriment le pouvoir d’appréciation humain et traduisent le droit en un code binaire aveugle aux nuances du réel. Ce transfert de pouvoir, des législateurs vers les ingénieurs, signe le glissement de l’État de droit (Rule of Law) vers un règne par la loi (Rule by law), où la norme juridique n’est plus un rempart pour le citoyen, mais un instrument de domination optimisé. Analyse d’un naufrage démocratique par notre Cassandre des nouvelles technologies, Marc Lipskier.