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Marc Lipskier, en exclusivité pour Sans doute, nous livre ce magnifique hommage à Jules Verne. Il nous explique la place qu'occupe l'auteur français, le plus lu après sa mort dans le monde, dans la formation de son imaginaire personnel. Mais son texte est bien évidemment l'occasion d'opposer l'optimisme vernien, teinté d'une conscience des dangers d'un progrès mal maitrisé, à la perspective d'une humanité réduite à la portion congrue entre robots, intelligence artificielle et algorithmes de surveillance. Un pont particulièrement brillant entre littérature d'hier et réalité contemporaine.
A Paris, au Grand Hôtel des Rêves, se tient un spectacle immersif fabuleux consacré à Jules Verne. Je l’ai vu, un dimanche après-midi d’avril, avec ma jeune fille de bientôt huit ans. Nous en sommes sortis pleins d’enthousiasme et de joie. Cependant, pour ma part, cette joie était teintée d’une part de mélancolie, peut-être même aussi d’inquiétude.
Vingt mille lieues sous les mers est le tout premier livre que j’ai lu ; j’avais cinq ans, c’était un vendredi ; toute la journée, depuis très tôt le matin, le livre n’a pas quitté mes mains. Mon grand-père me l’avait offert ; c’était un vieux volume de la Bibliothèque Verte. Le vert des plats de couverture et du dos du livre avaient viré au sombre et les dorures s’étaient estompées à force d’avoir été maniées par des mains enfantines au cours des générations. Les pages portaient elles aussi la marque du temps qui passe. J’en ai achevé la lecture à la fin du jour, serré entre mes frère et sœurs, à l’arrière de la voiture familiale qui nous menait vers Paris depuis notre province. Bienheureux j’étais.
A la fin du roman, j’avais découvert le grand maelström du Nord, ce tourbillon maritime qui se produit quand la marée se déplace entre les fjords de Norvège. Le phénomène existe réellement. Le Saltstraumen, près de Bodø, semble avoir inspiré Verne. Mais Verne lui donne une dimension colossale, mythologique. Il est puissant au point d’engloutir, croit le lecteur, le Nautilus et son maître, le capitaine Nemo.
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