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Ce que nous devons aux «Morts pour la France» 

Une cérémonie obligatoire autour du 11 novembre dans chaque école, collège et lycée : en quelques semaines, la circulaire du 2 juillet 2026 a cristallisé toutes les méfiances. Pour les uns, c’est l’occasion de rassembler la jeunesse autour du souvenir de ceux qui sont tombés. Pour d’autres, et c’est notamment le cas de plusieurs syndicats enseignants, il faut exiger le retrait du texte et soutenir les collègues qui refusent de prendre part à cette cérémonie, perçue comme un dispositif de cohésion nationale où se profilent le militarisme et l’instrumentalisation nationaliste. Bref, chacun lit dans cette circulaire ce qu’il espérait ou ce qu’il redoutait. Essayons de revenir à ce texte du 2 juillet pour ce qu’il dit, puis de nous demander ce que nous devons réellement à ceux qu’il prétend honorer. Un texte essentiel de Joëlle Alazard, la présidente de l’Association des Professeurs d’Histoire-Géographie, à quelques jours des cérémonies du 11 novembre.

Gigaoctets : la taxe de la France absurde

Le 30 octobre 2026, au terme d’un débat nocturne expédié dans un hémicycle déserté (35 députés présents sur 577), l’Assemblée nationale a adopté l’amendement n° I-1358 au projet de loi de finances pour 2027. L’amendement institue une taxe de 0,055 € par gigaoctet transmis aux abonnés internet français. Voulue comme un coup de semonce fiscal contre les géants américains du Web, cette contribution sur les volumes bruts de données se transforme en un piège redoutable pour l’économie nationale. Entre contresens technologique majeur sur l’architecture des réseaux, surtaxation absurde des acteurs français du cloud et vulnérabilités juridiques béantes au regard du droit européen, le texte offre le spectacle désolant d’une cécité législative. Analyse rigoureuse d’une dérive fiscale d’un autre âge. Bienvenue en France absurde. Un réquisitoire de Marc Lipskier contre la folie taxatrice française, en exclusivité pour Sans Doute.

Croissance potentielle : l’appauvrissement inéluctable des Français ? 

Ils promettent la baisse du chômage, la hausse du pouvoir d’achat, des martingales à chaque coin de meeting. Un seul chiffre manque à leurs programmes : 1 %, la croissance potentielle de la France. Un chiffre peu flatteur, que personne n’ose prononcer, et qui pèse pourtant plus lourd que toutes leurs promesses réunies. Car à 1 % contre 2 % outre-Atlantique, les intérêts composés font le reste : un décrochage de 34 % en vingt-cinq ans, et des Français qui renonceront un jour à des soins que d’autres pourront s’offrir. Bruno Alomar explique aux lecteurs de Sans Doute pourquoi la seule question qui vaille, travailler plus et mieux, est aussi celle qui rapporte le moins de voix.

Veillée d’armes, de tombes, de cèpes et de châtaignes…

Alors que la concordance des luttes nous promets l’apocalypse dans une climat de violence qui paraît inextinguible, peut-on aller fleurir les tombes dont nous restons la seule mémoire ? Cette fois-ci, le florilège que propose nottre troubadour corrézien Jean Brousse deux fois par mois pour Sans doute, ressemble bien plus à un poème de Nerval ou de Lautréamont. À la douce nostalgie qu’il nous propose en général se substitut un regard plus sombre mais oh combien ressenti par une majorité de Français. Mais, le pire n’étant jamais sûr, des moments plus heureux reviendront vite.

Une situation pré-révolutionnaire en France

Émeutes des 17 et 18 octobre : derrière l’embrasement, quatre crises qui convergent. Financière, sociale, générationnelle, démocratique : Xavier Denis dresse pour Sans Doute le bilan d’un double quinquennat qui a méprisé les corps intermédiaires, laissé filer les comptes publics et perdu la jeunesse en chemin. Un réquisitoire sans concession, qui s’ouvre sur Gramsci et se clôt sur la perspective d’une crise institutionnelle, au moment où la CGT appelle à la grève générale pour début novembre et où les extrêmes, de Mélenchon à Le Pen, n’ont plus qu’à récolter. Comment éviter le pire dans ces circonstances…

Le prix du collier

Après les violences du 17 octobre, les explications se sont succédé : fracture sociale, perte d’autorité, sentiment de relégation, influence des réseaux sociaux. Aucune n’est totalement fausse. Aucune ne suffit vraiment. En relisant Le Loup et le Chien de La Fontaine à la lumière de la psychologie sociale, Marie-Victoire Chopin, avec le concours de Julia Peretti, propose une autre piste : celle d’une société où le consentement à la contrainte s’érode lorsque les promesses du futur perdent leur crédibilité. Car lorsqu’un nombre croissant d’individus cesse de croire que l’effort sera récompensé, que les règles sont justes ou que leur place les attend quelque part, c’est le cœur même du contrat social qui commence à vaciller.

La lèpre antisémite ne revient pas : elle n’est jamais partie

J’ai 61 ans. Je suis de la génération « Touche pas à mon pote ». Une autre époque. Un autre siècle. Cette génération croyait benoîtement l’antisémitisme français enseveli dans les livres d’histoire, de Drumont à Vichy, à l’exception de quelques nationalistes-révolutionnaires illuminés, de certains cercles catholiques intégristes et d’excités entourant Jean-Marie Le Pen ou Dieudonné, sans oublier bien sûr justement le fondateur du Front national. Elle croyait aussi que personne à gauche ne pouvait être antisémite depuis le ralliement de Jaurès à la cause dreyfusarde. Elle se trompait. Deux sondages Ifop de 2026 sonnent comme une alarme : chez les jeunes qui connaissent Alain Soral, ses idées ne sont plus marginales. À gauche, un tiers des personnes approuvent des propos qu’elles identifient elles-mêmes comme antisémites, autant qu’à droite. Le poison n’a pas disparu : il a changé de flacon. Extrême-droite, complotisme numérique, obsessions anticapitalistes, antisionisme parfois devenu haine des Juifs : l’antisémitisme circule, se travestit et prospère dans les aveuglements de chaque camp. Le nommer partout où il surgit, sans « mais » et sans alibi, ce n’est choisir aucun camp : c’est choisir la République. C’est pour cela que, directeur de la publication de Sans Doute, je prends à nouveau la plume sur ce sujet, au nom d’une intransigeance nécessaire sur nos valeurs.

France et États-Unis : l’urgence et la nécessité

La France n’est pas la Grèce, mais elle en reprend la mélodie. L’écart de taux avec l’Allemagne s’envole, le rendement des obligations à dix ans a dépassé le 21 octobre les 5 %, et la crise budgétaire que l’on voyait venir est là. Aucun candidat à la présidentielle de 2027 ne pourra plus l’éluder, ni promettre qu’il échappera à la purge qui attend le pays dès le printemps. Xavier Denis a l’originalité de mettre la situation française en regard de celle des États-Unis. Même spirale, ou presque : un déficit proche de 6 % du PIB et une dette de 101 %, qui pourrait atteindre 175 % dans trente ans à politique inchangée. Mais là où Washington a le temps, grâce au privilège du dollar et à une marge de manœuvre fiscale que Paris n’a pas, la France est déjà sous pression. Elle ne maîtrise pas sa monnaie. Quant à l’instrument de protection de la transmission (TPI), ce filet de sécurité de la BCE, Christine Lagarde en a écarté l’usage, renvoyant Paris à ses propres responsabilités. Reste donc un dilemme, et il est posé sans fard : prendre nous-mêmes, souverainement et démocratiquement, les mesures nécessaires, ou les subir sous le regard de la troïka. Le temps n’est pas épuisé, mais il est compté, et 2027 sera décisive.

La génération Z se révolte dans le monde : le contrat social est à reconstruire

« Fun, profit and ego » : c’est ainsi que le professeur Xavier Crettiez décrit la logique des pillards du 17 octobre. Elle n’a rien à voir avec celle des lycéens et des étudiants qui manifestent, et qui réclament des enseignants devant les classes, des locaux décents, une orientation juste, et, du Népal au Pérou, des emplois, des logements et des institutions honnêtes. Pour Louis-Charles Viossat, réduire cette mobilisation mondiale à un problème d’ordre public, c’est se condamner à de mauvaises solutions. Ce que cette génération réclame, c’est une nouvelle question sociale, celle de la justice intergénérationnelle. Le prochain quinquennat devra y répondre par un vrai pacte national, pas par un énième plan jeunesse. Un plaidoyer de notre spécialiste des questions sociales pour Sans Doute.

Le pouvoir du « cringe »

Et si le malaise devenait une arme politique ? Depuis quelques semaines, Raphaël Glucksmann est la cible d’un qualificatif en vogue chez les jeunes internautes : « cringe ». Il faut comprendre gênant, embarrassant, le genre de comportement qui vous donne envie de regarder ailleurs, tant celui qui s’y livre semble ne pas mesurer l’effet qu’il produit. À force de susciter les moqueries sur les réseaux sociaux, le candidat social-démocrate serait-il en train de transformer son manque d’incarnation en atout électoral ? À l’heure où le buzz vaut parfois programme et l’autodérision capital politique, le pseudo-ridicule n’est plus un handicap. Et si, en politique aussi, le meilleur moyen de désamorcer la gêne était de la revendiquer ? Une analyse inédite et orginale d’Alban Saint-Joigny, notre spécialiste des tendances sur les réseaux sociaux.

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