Idées

« Moi Robot, Toi Humain » – I

L’année 2026 acte une rupture anthropologique majeure : l’intelligence artificielle s’extrait des serveurs pour investir des enveloppes biomécaniques autonomes. Face à des humanoïdes capables d’enseigner, de percevoir, d’ajuster leur force et d’analyser l’espace physique en temps réel, la société humaine expérimente une asymétrie mortifère. Écrasé par l’infaillibilité d’objets fabriqués qui ne connaissent ni la fatigue ni le vieillissement, l’humain capitule. Il cède l’effort physique aux moteurs, sous-traite sa mémoire aux algorithmes et abandonne jusqu’au soin des plus vulnérables à des automates mimant l’affection. Derrière la bataille géopolitique féroce qui oppose la suprématie logicielle américaine à l’hégémonie matérielle asiatique, se joue un drame plus intime, maquillé par l’escroquerie d’une conscience mécanique : l’avènement d’un néo-animisme technologique où l’humain, épuisé par l’exigence de sa condition, s’ampute de son langage et de sa nuance pour fusionner avec la rationalité binaire de l’automate. Pour le premier épisode de cette série « Moi Robot, Toi Humain », Marc Lipskier tire déjà, et ce n’est pas la dernière fois, la sonnette d’alarme.

Profitez du voyage…

« Let’s enjoy the ride », dit Elon Musk. C’est à The Economist qu’il a confié cette formule, à propos d’une intelligence artificielle que, précise-t-il, même lui ne pourrait plus arrêter. Quand l’homme qui construit la machine recommande d’apprécier le paysage, l’idée mérite qu’on s’y attarde. Pour Sans doute, Sylvain Lévy nous propose une autre approche de la « Théorie du chaos » chère au physicien, mathématicien et philosophe Henri Poincaré. Une excellente manière de terminer la saison, fidèle à notre esprit de curiosité et de refus des vérités révélées, avant de démarrer dès demain nos séries d’été.

Une fin de saison contrastée.

Un léger vent inespéré, bienfaiteur et bienvenu berce désormais doucement, le matin, les feuilles malingres déjà jaunies des grands arbres plus que jamais assoiffés, mais presque rassérénés. El Nino se repose et le « dôme de chaleur » est en panne, youpi ! Pour cette dernière chronique de la saison pour Sans Doute, Jean Brousse est plus que jamais notre poète-troubadour qui sait prendre la beauté au milieu de tous les drames.

L’homme du 18 juin sur grand écran : filmer le vertige de la désobéissance.

Le pari le plus fou du cinéma français en 2026 s’appelle « La bataille de Gaulle », 100 millions d’euros pour deux épisodes et plus de 5 heures de film. 3,6 millions d’entrées à ce jour au cumul, un excellent bouche-à-oreille après un démarrage compliqué et un public plus enthousiaste qu’une certaine critique. Mais Joëlle Alazard, présidente de l’Association des professeurs d’histoire-géographie, souhaite moins vous parler de cinéma que de la manière dont l’épopée de la France Libre et de la Résistance peut et doit résonner aujourd’hui grâce à ce film. Courez en salles si vous ne l’avez pas encore vu.

On voit des képis partout !

« J’ai passé sept soirs devant les chaînes d’information et j’ai fini par comprendre que le vrai treillis, c’était le mien. » Un nouveau diagnostic sans concession de Frédéric Arnaud-Meyer pour Sans Doute qui dénonce, non pas tant la présence des généraux à la retraite sur les plateaux des chaines info, que l’envahissement du vocabulaire militaire dans tous les domaines de la vie publique. Le régime de la caserne n’est pourtant ni compatible avec les aspirations légitimes des citoyens, ni avec les exigences d’une démocratie en bonne santé. Clémenceau doit se retourner dans sa tombe.

Xavier Niel, le pirate devenu seigneur.

l est né dans une cité HLM de Créteil et finira peut-être propriétaire de la moitié des monuments historiques de Paris. Entre les deux, Xavier Niel aura tout traversé, les messageries roses du Minitel, une cellule de garde à vue, la révolution Free, la guerre contre Martin Bouygues, l’entrée au capital du Monde, puis l’alliage suprême avec la famille Arnault, en continuant de vendre au public le costume commode du rebelle. Après Bernard Arnault, patriarche du luxe qui a transformé l’héritage industriel en monarchie mondiale, après Matthieu Pigasse, banquier d’affaires de gauche dont les médias finissent parfois par servir ceux qu’ils prétendent combattre, Niel incarne peut-être la synthèse la plus cynique du capitalisme français contemporain : l’enfant du numérique qui a compris que le pouvoir ne se conquiert pas seulement en cassant les prix, mais en achetant les tuyaux, les journaux, les murs, les réputations et les alliances. Voilà pourquoi il fallait, en tant que directeur de la publication de Sans Doute, compléter mes deux éditoriaux précédents par le portrait de cet homme qui a transformé la transgression en marque commerciale, la respectabilité en bouclier et l’irrévérence en numéro de communication. Bref : un rebelle devenu propriétaire du système, et assez habile pour continuer à se faire applaudir comme s’il le combattait.

Le mot qui salit ceux qui le prononcent.

Avec cette petite ethnographie du terme «populiste», observée dans son habitat naturel, le dîner en ville, Frédéric Arnaud-Meyer nous revient très en forme. Il propose ce texte aux lecteurs de Sans Doute qui interroge la défiance des gouvernés à l’égard des gouvernants en France (et ailleurs). Le populisme a une généalogie, du Kansas d’hier à la France périurbaine d’aujourd’hui et une fonction : servir à disqualifier ce qu’on refuse d’entendre. Notre contributeur, qui aime jeter du sel sur les plaies ouvertes de nos sociétés contemporaines, émet une hypothèse gênante : et si ce n’était pas le peuple qui posait problème mais ceux qui répètent à l’envi ce mot de « populisme »? Une analyse de ce terme méprisant devenu arme de confort intellectuel, et modeste plaidoyer pour qu’on ose enfin dire ce qu’on veut vraiment dire.

Semaine caniculesque, éprouvante s’il en est, il va falloir s’y habituer !

Jean Brousse vit une semaine très spéciale : Le Tour de France 2026 organise une étape 100% Corrèze ce dimanche, pour sa plus grande fierté. Les téléspectateurs pourront ainsi découvrir les terres si chères à son coeur, que les lecteurs fidèles de Sans Doute connaissent bien, car notre poète les évoque si souvent dans nos colonnes. Mais cette journée ne lui fait pas perdre sa verve pour évoquer les fracas du monde comme le petit théâtre de la vie politique française. Restez à l’ombre et profitez de son style unique.

Canicule … et alors ?

Il fait chaud, très chaud, trop chaud. L’occasion pour notre poète corrézien Jean Brousse de nous rappeler que comme d’habitude en ces circonstances, les premiers de cordée (soignants, pompiers…) sont exemplaires, la SNCF annule les trains Intercités,les dirigeants politiques ou syndicaux sont victimes d’insolations manifestes….et que François Hollande continue à y croire pour 2027. Un texte à déguster bien frais avec des glaçons !

Triste printemps

Cette semaine, pour sa chronique bimensuelle, notre troubadour corrézien est d’humeur moins légère que d’habitude. Jean Brousse, est comme chacun d’entre nous, glacé par l’affaire Lyhanna qui agit comme un révélateur de l’impuissance publique dans un pays ou pourtant les habitants sont habitués à l’idée que l’Etat peut tout. Mais il est également soucieux de partager avec les lecteurs de Sans Doute sa peine avec la disparition quasi concomitante de Bernadette Chirac et d’Edgar Morin qui, chacun à leur manière, remplissaient sa vie d’intellectuel corrézien. Un texte pour se souvenir.

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