Partager cet article
Longtemps, la guerre fut un sport d’empires, une passion de maréchaux, un caprice d’États solvables. Puis la technique a fait ce qu’elle fait toujours : elle a cassé les prix, ouvert le marché et vulgarisé l’outil. Nous n’avons pas aboli la violence ; nous l’avons rendue plus portable, plus agile, plus virale — et infiniment plus proche. C'est la revanche des gueux et des Jacques sur les seigneurs de la guerre qui peuvent s'offrir des victoires pour bien moins cher, comme le démontre Frédéric Arnaud-Meyer pour Sans doute, dans son texte d'une terrible évidence. Une rupture essentielle dans l'histoire de la civilisation pour notre chroniqueur.
Le moment où la guerre sort du luxe
Le prix d’un drone FPV vaut désormais moins cher qu’un cheval de guerre médiéval. La formule a l’air écrite au zinc, entre deux cafés trop noirs et une crise de civilisation, mais elle tient. Les prix médiévaux varient énormément selon les siècles et la qualité de la bête, mais des compilations universitaires recensent bien des war horses “jusqu’à £80” au XIIIe siècle. En face, Reuters et l’Army University Press décrivent aujourd’hui des drones à quelques centaines de dollars capables de neutraliser des blindés valant des millions. Autrement dit : nous avons pris un vieux privilège aristocratique — projeter de la puissance sur autrui — et nous l’avons fait entrer dans l’économie de gamme.
Cette phrase résume peut-être mieux notre époque que toutes les notes stratégiques en police 11. Nous avions cru, avec l’assurance un peu niaise des sociétés de service, que la mondialisation allait rendre la guerre obsolète. Plus il y aurait d’échanges, plus il y aurait d’interdépendance ; plus il y aurait d’interdépendance, plus les nations deviendraient rationnelles ; et plus elles deviendraient rationnelles, plus elles se détourneraient de la brutalité. Amazon contre Verdun. Netflix contre Clausewitz. Le commerce comme sédatif géopolitique. Il faut reconnaître à cette idée un vrai charme : elle permettait de confondre confort logistique et progrès moral.
Le problème, c’est que le monde a pris cette prophétie comme une suggestion ironique. Le World Economic Forum place désormais à la fois le conflit armé entre États, la désinformation, la polarisation sociétale et la cyberguerre parmi les risques majeurs de court terme. En clair : la circulation des marchandises n’a pas fait disparaître l’Histoire, elle lui a donné de meilleurs outils, de meilleurs canaux et une interface beaucoup plus intuitive.
Article réservé aux abonnés
Abonnez-vous gratuitement pendant 1 mois
Profitez d'un accès illimité à l'ensemble de nos contenus en ligne et toutes nos newsletters.
Bénéficiez de votre abonnement gratuit