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Alors que la concordance des luttes nous promets l’apocalypse dans un climat de violence qui paraît inextinguible, peut-on aller fleurir les tombes dont nous restons la seule mémoire ? Cette fois-ci, le florilège que nous propose Jean Brousse, notre troubadour corrézien, deux fois par mois pour Sans doute, ressemble bien plus à un poème de Nerval ou de Lautréamont qu’à la douce nostalgie qu’il nous propose en général. Cette fois c’est un regard plus sombre mais oh combien ressenti par une majorité de Français. Mais, le pire n’étant jamais sûr, des moments plus heureux reviendront vite.
Après un épisode sérieusement pluvieux, comme pour un véritable « temps de Toussaint », le soleil, entêté, insiste et persiste. Les cèpes, longtemps contenus par la sécheresse, puis le froid, s’en donnent à cœur joie et poussent comme des champignons, enfin ! Flambée des arrêts de travail, les sous-bois nous attendent, ça ne va pas durer : on a vu des escadrilles de palombes emprunter dans notre ciel la route des Rafales en exercice, ça sent l’hiver. Les feuilles des grands arbres se dorent doucement et s’accrochent, tant qu’il est encore temps.
Les vieux cimetières endormis de nos villages se réveillent, multicolorés sous les volumineux bouquets de chrysanthèmes or, pourpres, ocres et blancs et les bruyères mauves et roses. Toussaint, les familles se souviennent soudain de leurs ancêtres, les « Parisiens » émigrés traversent la France et se recueillent l’espace d’un instant devant ces tombes souvent défraichies qu’ils nettoient trop vite, mais avec attention. On évoque, devant les enfants distraits et pressés d’enfiler leur tenue halloweenesques, Antoinette, cette fameuse arrière-grand-mère qui défraya la chronique autrefois.
Dans quelques rares bistros ouverts, on se retrouve comme chaque année à la même époque. Il fait enfin froid et l’on commente ce climat délétère pesant qui engourdit le pays, même si l’on est ici, bien loin des émeutes urbaines d’actualité. Certes, samedi dernier, le calme était un peu revenu dans les cortèges. On ne peut pas tout détruire tout le temps. Mais qu’en sera-t-il samedi, la veille de Toussaint, que nous sommes censés consacrer à la mémoire, souvent devant quelques châtaignes grillées sur le feu de bois du vieux « cantou ».

Les désordres et le prix du gasoil inquiètent et au-delà. La sémantique guerrière s’impose dans la presse et sur les chaines d’information en direct, dont la mesure et la sobriété ne sont plus à louer : émeutes, soulèvements, insurrection, violences, veillées d’armes, traumatismes, chaos, état d’urgence, révolte, pillage, colère, bordel, j’en passe … Les mots deviennent des armes criminelles pour des foules excédées et des spectateurs impuissants.
Armuriers, serruriers, vitriers et poseurs d’aggloméré sont débordés. Les commerçants pleurent. Des images de terreur et de cataclysme parcourent la planète : la France brûle-t-elle ? La presse étrangère la décrit comme « sonnée ».
L’ « exécutif » vacille, l’autorité de l’État questionne.
Le budget et la dette se perdent en route.
Comme le disait ma grand-mère : l’escalier se balaye par le haut.
L’incendie absurde et meurtrier de la mairie de Limoges aura fait le tour du monde, offrant un éclairage inespéré sur cette ville parfois oubliée du Limousin. Haut-lieu pourtant de la Résistance et de l’action ouvrière, dont la gare et les porcelainiers jusque alors assuraient la notoriété. On découvre un coupable dans un hameau proche de Bussière-Boffy, quatre cents citoyens, on évoque aussitôt un dangereux noyau radical et l’on incrimine une ultra-gauche multifacettes.
On découvre alors non loin quelques excités sur le Plateau de Millevaches, à quelques kilomètres de là, entre les villages de Tarnac, trois cents habitants, et Gentioux Pigerolles, quatre cents âmes, aussitôt élevés au rang de camp d’entraînement du terrorisme. On vous le disait bien que la Corrèze avait des ressources. Les moutons et les chèvres du plateau n’en reviennent pas.
Pendant ce temps, la « campagne présidentielle (si s’en est une !) » bat son petit plein sous l’œil indifférent de nos concitoyens. Les ténors des sondages restent bien sages, et prennent un soin attentif à ne pas perdre leur place par des propos intempestifs. Nos candidats de la droite républicaine cherchent où et qui pourrait-être le centre, mais est-ce bien là le centre ? .
Le score inespéré de Raphaël Glucksmann aux primaires de la gauche (mais étaient-ce bien des primaires ?) impressionne. Mais soixante-six pour cent de cent vingt mille, ça remplit à peine le stade de France ! Les experts, les « kibitz » et les commentateurs de sondages superflus s’en donnent à cœur joie. On se demande s’il ne faut pas changer, avancer ou reculer la date de ces élections aux trente cinq candidats. Attendons janvier, on y verra plus clair. François Hollande l’a bien compris.
Devant tant d’incertitudes, les Français vont se précipiter pour aller visionner Moulin, le film de Laszlo Nemes, comme ils l’ont fait pour les De Gaulle d’Antonin Baudry. La rentrée littéraire et les prix attendus fourmillent de témoignages de cette même époque. Ne citons que les excellents « Les évadés du convoi 53 » de Benjamin Fogel et « Le fabuleux piano » de Sonia Devillers.
Au dernier salon de l’auto, la future nouvelle deudeuche électrique a fait un tabac, comme il n’y a pas si longtemps les nouvelles Super 5, 4L et Twingo, quand les chinois lancent l’hyper moderne BYD ou Elon Musk sa bondissante Tesla.
Quel est ce goût immodéré de nos contemporains pour ces moments passés. Simple nostalgie ?
Profitons-en plutôt pour resurgir et inventer demain ! Ainsi les petits enfants ont pu samedi soir, déguisés en sorciers, en Dracula ou en fantômes ectoplasmiques, aller sereinement toquer à la porte des villageois pour cueillir quelques friandises.

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