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Les violences du 17 octobre n’ont rien d’un dérapage isolé. Elles signent l’addition politique d’une extrême-gauche incendiaire, d’un État hésitant et d’un président qui aura méthodiquement vidé la Vème République de sa force. À la suite des événements gravissimes du 17 octobre partout en France, il me revient, comme directeur de la publication de Sans Doute, d’en tirer à chaud quelques leçons. Non par goût de la réaction pavlovienne, mais parce que certaines images claquent comme un diagnostic : elles disent l’état réel du pays, l’effacement de l’autorité et la faillite de ceux qui prétendent encore gouverner les événements. Le désastre est immense : pour la France, pour son image, pour sa capacité à incarner encore une nation unie alors que les périls extérieurs s’accumulent. À l’heure où l’Histoire accélère, notre pays offre au monde le spectacle d’une République qui vacille, non sous les coups du destin, mais sous le poids de ses propres renoncements.
LFI : la rue plutôt que le Parlement
La première responsabilité incombe à LFI et à Jean-Luc Mélenchon. Fidèles à leur pseudo-héritage robespierriste, ils ont choisi la rue comme théâtre politique, au détriment du Parlement. Dans l’Hémicycle, leur groupe ne débat plus : il invective, il obstrue, il transforme la représentation nationale en arène permanente.
LFI n’appelle pas explicitement aux violences ni aux pillages, certes. Mais elle laisse flotter l’idée d’une violence légitime, presque romantique, et entretient autour d’elle une complaisance coupable. C’est déjà assez pour donner une autorisation implicite à une jeunesse radicalisée à l’extrême gauche, prompte à tout casser, bientôt rejointe par une autre jeunesse issue des quartiers difficiles : désœuvrée, abandonnée, livrée à la démission parentale, à l’effondrement de l’école de la République, à la fascination d’une violence nourrie par un certain rap, le narcotrafic, l’importation des codes américains et l’accélération virale des réseaux sociaux.
Jean-Luc Mélenchon, il est vrai, a pris soin de demander aux siens de ne pas se mêler du « pillage » et du « saccage ». Mais lorsqu’il leur demande de refuser de participer à des « actions sans signification politique », c’est après avoir rappelé que cela vaut « quelles que soient les responsabilités du pouvoir et de ses incompétents et leurs violences » : la condamnation arrive après l’excuse, et sert d’abord à écarter son camp de tout soupçon. Le même jour, il lance au Premier ministre, Sébastien Lecornu : « Vous n’êtes pas un homme d’État. Juste un commis qui est en train de provoquer une crise de régime. » Pour qui prétend apaiser, la symétrie n’est pas innocente.
Il appartient donc à Jean-Luc Mélenchon de prendre ses responsabilités. Pour un homme qui aspire au poste suprême, l’histoire rappelle une vérité simple : le « Grand Soir » finit presque toujours en petit matin des barres de fer.
Place Beauvau : l’improvisation comme faute
Mais Jean-Luc Mélenchon n’est pas le seul à devoir répondre des scènes de pillage et de chaos.
Le ministre de l’Intérieur devra, lui aussi, s’expliquer. Déterminer quelles erreurs ont été commises. Comprendre où étaient les forces mobiles aux moments décisifs. Nous dire pourquoi certains cortèges ont-ils semblé pouvoir se fractionner, se disperser, puis frapper sans réaction suffisamment rapide. Dans un pays qui connaît désormais par cœur la grammaire de l’émeute (vitrines ciblées, mobilier urbain incendié, pillages opportunistes, diffusion immédiate des images), l’improvisation n’est plus une circonstance atténuante : elle devient une faute. Le maintien de l’ordre suppose une doctrine claire, une anticipation sérieuse, un commandement lisible et une capacité à protéger les commerçants, les riverains, les policiers eux-mêmes et, plus largement, l’autorité de l’État. À défaut, les émeutiers de ce week-end n’auront qu’une idée en tête : recommencer.

L’Élysée : le vide, puis la rue
Enfin, et je pèse mes mots, la responsabilité du président de la République est écrasante. Car le pourrissement de la rue n’est jamais qu’un symptôme : celui d’un pourrissement politique commencé en 2022, patiemment entretenu, puis aggravé jusqu’à l’absurde.
S’il y a des émeutes, c’est aussi parce que le pouvoir n’est plus capable de produire une réponse politique audible aux revendications des manifestants paisibles, dont certaines, pour le moins, apparaissent légitimes. Quand la politique renonce à parler, la rue parle à sa place, et souvent plus fort.
Ce blocage n’est pas né hier. Il s’est installé dès 2022, dans une séquence démocratique bâclée, contournée, presque confisquée.
La campagne présidentielle fut escamotée par Emmanuel Macron sous couvert de l’invasion de l’Ukraine. Résultat : aucun mandat clair pour appliquer un programme réellement approuvé par une majorité de nos concitoyens.
La campagne législative fut oubliée dans la foulée : réélu le 24 avril, Emmanuel Macron laissa Jean Castex en poste pendant plus de trois semaines, jusqu’au 16 mai, avant de nommer Élisabeth Borne, sans que le chef du gouvernement puisse conduire la majorité dans la campagne. Faute d’avoir nommé un Premier ministre agissant comme véritable chef de la majorité, dans la logique des institutions de la Ve République, la manœuvre ne pouvait fonctionner.
Résultat : une majorité relative incapable de bâtir un pacte de coalition avec LR et de garantir la stabilité politique. Plutôt que de reconstruire un paysage droite-gauche structurant, indispensable à toute démocratie qui se respecte, Emmanuel Macron a préféré mettre en scène un extrême-centre opposé mécaniquement à une extrême-droite et à une extrême-gauche.
Ce système aurait peut-être pu survivre. Mais la dissolution funeste de 2024 l’a précipité dans l’impasse.
Au lendemain du scrutin, Emmanuel Macron aurait au moins pu et dû lever l’hypothèque à gauche en nommant Lucie Castets au poste de Premier ministre : son gouvernement n’aurait pas tenu trois mois, mais il aurait au moins prouvé au NFP qu’il n’y avait aucune majorité pour appliquer son programme. L’espace politique réservé à LFI et à son chef s’en serait trouvé sensiblement réduit.
Dès lors, faute de majorité absolue à l’Assemblée nationale et d’une clarification à gauche, les trois piliers de notre Constitution se retrouvent privés de substance : un président démonétisé à un point inimaginable, un Premier ministre réduit à se renier pour grappiller des votes, négociant un jour avec le PS et cherchant le lendemain l’abstention du RN en se cachant à peine. Et, pour finir, une Assemblée qui vote sur le plan budgétaire tout, n’importe quoi et surtout son contraire, dans un contexte de finances publiques au bord de la crise. Celle-ci finira d’ailleurs par imposer aux Français des mesures d’ajustement d’une sévérité qu’ils n’imaginent probablement pas encore.
Comment ne pas comprendre, à l’Élysée, que lorsque le pouvoir s’exerce dans le vide, la rue se remplit. Puis elle déborde. C’est une loi politique aussi ancienne que les régimes faibles.
Emmanuel Macron s’était juré de tout faire pour empêcher l’arrivée du Rassemblement national au pouvoir. Par ses choix successifs, il pourrait bien rester dans l’Histoire comme celui qui lui aura déroulé le tapis rouge jusqu’au seuil de son propre bureau, au printemps 2027.
Inutile d’être grand clerc pour comprendre qu’à ce stade, Marine Le Pen est la seule gagnante des événements de samedi. Les autres feignent encore de tenir le volant. Mais le véhicule, lui, est déjà dans le fossé.

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