Il y a des hommes qu’on ne présente plus. Bernard Arnault en fait partie, et c’est bien le problème : ce silence qui l’entoure, il l’a lui-même organisé. Soixante-quinze marques de luxe, cinq médias français, un empire de près de 95 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2025— et pourtant l’homme reste un point aveugle du débat public. Alors qu’est parue en juin 2026 l’enquête d’Audrey Millet, « Bernard Arnault, son univers impitoyable » (400 pages, un millier de sources), l’occasion est trop belle de reposer la question : qui est vraiment l’homme le plus riche de France, et à quel prix a-t-il bâti son royaume ? En tant que directeur de la publication de Sans Doute, je considère que répondre à cette question est même une exigence. En effet, ni Les Echos, ni le Parisien-Aujourd’hui en France, ni Challenges, ni Paris-Match, ni Radio Classique, tous propriété de Bernard Arnault, ne feront la recension de cet ouvrage. Pas plus que Le Monde ou Le Figaro ne le feront également, car LVMH et ses filiales sont les premiers annonceurs des deux principaux quotidiens nationaux français. Et ce livre, vous ne le trouverez pas dans les boutiques Relay des aéroports et gares, car il a probablement suffi d’un coup de fil à Vincent Bolloré pour organiser cet embargo. Dans un pays comme le nôtre, il devrait être pourtant possible de créer les conditions du débat sur l’homme d’affaires le plus puissant de notre pays, d’autant plus que ce livre n’est absolument pas exempt de reproches : entre clichés et formules à l’emporte-pièce, le lecteur doit partager plusieurs révélations passionnantes avec un discours au prisme idéologique marqué qui considère l’entreprise privée, quelle qu’elle soit, exclusivement comme le lieu de la domination de l’homme par l’homme. En 2026, c’est un peu court… En attendant, voici ce que les lecteurs de Sans Doute ont le droit de savoir sur Bernard Arnault.
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Quand certains emblèmes de la société française fatiguent et d’autres apprennent à durer… Nous vivons une époque paradoxale : jamais les institutions n’ont disposé d’autant d’outils pour produire et diffuser, et jamais leur voix n’a semblé aussi fragile. Entre injonctions à la modernisation, accélération technologique et fragmentation des publics, la question n’est plus de savoir si elles doivent changer, mais ce qu’elles sont prêtes à perdre pour continuer d’exister. Sylvain Lévy décrypte, pour Sans doute, les situations paradoxales d’une période où l’incertain est la règle.
« Ce que tu ne dis pas t’appartient, ce que tu dis appartient à tes ennemis », qualifiée de proverbe corse, cette phrase peut servir en toutes occasions, privées comme professionnelles. L’enquête journalistique est un genre plutôt rare et souvent dangereux. Seuls des médias disposant de rédactions solides et nombreuses, de l’écrit ou de l’audiovisuel, peuvent se permettre de laisser enquêter longuement leurs collaborateurs. Soit il s’agit d’un travail d’archives, de recoupements, de témoignages accumulés et de données en images et sont récupérés au gré des contacts et découvertes faites par le/la journaliste. Soit c’est la chance (le hasard n’est fait que de rencontres) qui ouvre soudain une piste à explorer.
Le Petit Parisien, Le Vingtième Siècle, Le Petit Journal… C’est toute une sorte de presse qui, au début du vingtième siècle, appâtait le chaland et faisaient frissonner les familles bourgeoises . Une seule règle : vendre plus que la concurrence en racontant des horreurs. Et ça marchait car il n’était pas rare que le million d’exemplaires soit atteint. Le journaliste Claude Sérillon évoque un événement récent, à Poitiers, qui illustre notre goût du morbide et de l’à-peu-près aussi vieux, semble-t-il, que la nature humaine.