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L'auteur à l'ère des créations distribuées et de l'intelligence artificielle.
L'accusation d'usage masqué d'intelligence artificielle portée contre le romancier Thélyson Orélien réveille le vieux soupçon du prête-plume, désormais incarné par l'algorithme. Cette controverse révèle la persistance d'une représentation romantique de l'écrivain isolé, en contradiction flagrante avec l'histoire des arts où la création a toujours été outillée, déléguée et collective. Face aux biais des logiciels de détection et à l'automatisation des contenus, face aux émois automatiques des foules, un retour au droit s'impose. A la traçabilité matérielle de la main, il substitue le critère de la direction intellectuelle et de la responsabilité souveraine engagée par la signature. Nos contributeurs se devaient de proposer aux lecteurs de Sans Doute leurs grilles d'analyse de ce qu'il convient d'appeler l'affaire du roman écrit par ou sous IA, maintenant que l'écume est retombée et que le temps est venu de la réflexion sur l'acte de la création. Premier à nous faire partager son point de vue passionnant, et bien sûr à rebours des idées reçues : Marc Lipskier qui défend l'idée que l'IA n'est pas la fin de l'auteur. Elle en est le miroir grossissant. Créer, c'est toujours, d'une certaine manière, diriger une entreprise de l'esprit.
L'affaire Orélien et la résurgence de la panique morale.
Couronné par le Prix du roman Fnac, l'écrivain québécois d'origine haïtienne Thélyson Orélien se retrouve en septembre 2026 au centre d'une vive polémique. Un compte anonyme, « Balance ton Claude », affirme sur les réseaux sociaux que son roman, C'était ça ou mourir, aurait été fabriqué par un modèle de langage, s'appuyant sur les scores de probabilité calculés par le logiciel Pangram. Sans autre forme de procès, les jurés du prix Goncourt ont exclu le roman de leur liste de sélection, bien que l'auteur et ses éditeurs aient fermement réfuté ces allégations en démontrant l'ancrage du texte dans la poétique et la tradition orale caribéennes. Cet épisode dépasse le cadre d'un différend littéraire. Il agit comme le symptôme d'une névrose contemporaine : la résistance acharnée d'un dogme créatif idéal face aux réalités matérielles de la création.
L'accusation repose sur un préjugé tenace hérité de la fin du XVIIIe siècle : celui d'un auteur démiurge dont l'œuvre devrait jaillir ex nihilo d'une conscience pure, affranchie de tout intermédiaire technique ou humain. Or, cette vision romantique méconnaît la réalité historique de la production artistique, qui a presque toujours fonctionné de manière outillée, collaborative et distribuée. L'affaire Orélien révèle également la faillibilité intrinsèque des détecteurs d'intelligence artificielle. Ces outils ne mesurent pas un fait d'écriture ni une intention créatrice, mais des régularités statistiques de vocabulaire. En qualifiant d'artificiels des procédés séculaires de la littérature orale, la scansion, le contrepoint rythmique, les anaphores, la répétition rituelle et le tiret cadratin, les algorithmes de détection imposent une norme stylistique occidentale étroite qui criminalise l'altérité culturelle.
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