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Du capteur mobile à la délégation de la force (deuxième partie).
En 2026, l'introduction de la robotique autonome dans la chaîne pénale marque une rupture historique. Des chiens tactiques aux humanoïdes régulateurs de voirie, les machines physiques décident et agissent seules sur le terrain, bousculant le monopole régalien de la force. De l'aéroport de Changi à Singapour aux rapports d'enquête rédigés par l'IA Draft One au Canada, l'automatisation se heurte aux cadres constitutionnels. Entre surveillance de masse en Chine, régulation européenne de l'AI Act et impasses jurisprudentielles américaines, une question s'impose : qui répondra des dérives d'un robot policier ?Avec cet article, suite du premier volet publié hier par Sans Doute, Marc Lipskier revient sur les ruptures fondamentales induites par l'utilisation par les forces de l'ordre des innovations les plus récentes. Un séisme technologique mais aussi juridique, qui nécessite de revoir le droit de la responsabilité.
La robotique policière demeure souvent confinée aux représentations de la science-fiction ou aux controverses sur l'armement de drones tactiques. Pourtant, le printemps et l'été 2026 ont été le théâtre de trois ruptures technologiques et juridiques majeures qui modifient de manière irréversible la chaîne pénale.
Le premier séisme s'est produit en mars 2026 à l'aéroport de Changi (Singapour). La police y a converti ses robots patrouilleurs en transports à la demande. Appelé par tablette, le robot navigue seul jusqu'à l'agent, qui y grimpe pour traverser les terminaux. En faisant corps avec cette machine à caméras panoramiques, l'agent s'associe physiquement à l'appareil (au sens de machine) de surveillance de l'État.
Au même moment, le Canada a automatisé sa preuve pénale. Après un projet pilote en Colombie-Britannique, la Gendarmerie royale a intégré l'IA Draft One pour rédiger ses rapports d'enquête à partir des caméras piétons. En déléguant l'écriture des procès-verbaux à des modèles de langage, l'institution introduit une opacité technologique majeure, au risque d'altérer l'intégrité de la preuve devant les tribunaux.
Enfin, le troisième jalon a été posé le 2 août 2026 en Europe avec l'entrée en vigueur des sanctions de l'AI Act. Armée d'une capacité de coercition financière directe sans précédent — jusqu'à quinze millions d'euros ou trois pour cent du chiffre d'affaires mondial —, la Commission européenne interdit les technologies biométriques illicites employées par les forces de l'ordre. Ces trois événements prouvent que la police se robotise elle-même, de sa mobilité à l'écriture de ses procédures.
Géographie opérationnelle de la robotique policière : asymétries et doctrines régionales
Le déploiement de la robotique policière en 2026 dessine une cartographie fragmentée où s'affrontent des doctrines opérationnelles et des cadres éthiques divergents.
Aux États-Unis, le déploiement est intensif. Le robot Spot de Boston Dynamics est utilisé par plus de soixante brigades d'intervention nord-américaines. De grands robots coniques patrouillent de manière semi-autonome à New York, équipés de sonars. Bien que l'armement de robots avec des charges de C-4 ait été validé lors de la neutralisation du tireur de Dallas en 2016, cet usage reste contesté et a conduit des municipalités comme San Francisco à le bannir en décembre 2022.
Le Canada encadre sa robotique policière sous le contrôle d'organes d'éthique, déployant des robots de déminage ICOR Caliber à Toronto et Vancouver. Suite au blâme de 2021 pour l'usage illicite de Clearview AI, la Gendarmerie royale soumet désormais toute technologie d'IA au Programme national d'intégration des technologies (National Technology Onboarding Program, NTOP) avant tout déploiement.
En Chine, l'industrialisation s'accompagne d'une interconnexion systématique avec les bases d'État. À Hangzhou, la police routière déploie quinze robots policiers humanoïdes T2 connectés en temps réel au trafic. Les données captées par ces humanoïdes, par les robots R001 de Wuhu ou par les patrouilleurs de Shenzhen, alimentent directement les réseaux de surveillance de masse Skynet et Sharp Eyes, traités par des modèles d'IA comme DeepSeek pour identifier les comportements suspects et générer des rapports d'enquête.
Le Japon, lui, combine surveillance privée, avec les robots Reborg d'Alsok ou SQ-2 de Seqsense, et doctrines policières strictes excluant tout automatisme coercitif. À Tokyo, la police déploie des drones intercepteurs équipés de lance-filets, tandis que les cercles académiques y explorent le modèle du "Robot Koseki" pour réguler la responsabilité civile des machines.
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