Loin des traditionnels romans de plage légers et des cahiers de vacances qui encombrent les valises, notre série estivale « Moi Robot, Toi Humain » vous soumet la lecture la plus glaçante (parfaite parade aux canicules) et nécessaire de la saison. Alors que l’Union européenne déploie fièrement son règlement sur l’intelligence artificielle (AI Act), la juriste et philosophe Nathalie Smuha jette un froid polaire sur l’enthousiasme technocratique avec son ouvrage Algorithmic Rule By Law. Oubliez les dystopies hollywoodiennes : au cœur des administrations européennes et nord-américaines, le recours massif aux systèmes de décision automatisés mute silencieusement la nature même du pouvoir d’État. Sous couvert d’efficacité bureaucratique, les algorithmes suppriment le pouvoir d’appréciation humain et traduisent le droit en un code binaire aveugle aux nuances du réel. Ce transfert de pouvoir, des législateurs vers les ingénieurs, signe le glissement de l’État de droit (Rule of Law) vers un règne par la loi (Rule by law), où la norme juridique n’est plus un rempart pour le citoyen, mais un instrument de domination optimisé. Analyse d’un naufrage démocratique par notre Cassandre des nouvelles technologies, Marc Lipskier.
L’année 2026 acte une rupture anthropologique majeure : l’intelligence artificielle s’extrait des serveurs pour investir des enveloppes biomécaniques autonomes. Face à des humanoïdes capables d’enseigner, de percevoir, d’ajuster leur force et d’analyser l’espace physique en temps réel, la société humaine expérimente une asymétrie mortifère. Écrasé par l’infaillibilité d’objets fabriqués qui ne connaissent ni la fatigue ni le vieillissement, l’humain capitule. Il cède l’effort physique aux moteurs, sous-traite sa mémoire aux algorithmes et abandonne jusqu’au soin des plus vulnérables à des automates mimant l’affection. Derrière la bataille géopolitique féroce qui oppose la suprématie logicielle américaine à l’hégémonie matérielle asiatique, se joue un drame plus intime, maquillé par l’escroquerie d’une conscience mécanique : l’avènement d’un néo-animisme technologique où l’humain, épuisé par l’exigence de sa condition, s’ampute de son langage et de sa nuance pour fusionner avec la rationalité binaire de l’automate. Pour le premier épisode de cette série « Moi Robot, Toi Humain », Marc Lipskier tire déjà, et ce n’est pas la dernière fois, la sonnette d’alarme.
La justice allemande rebâtit l’économie de l’Intelligence Artificielle.
Durant des années, les géants de l’IA ont pillé gratuitement le web sous couvert d’exceptions technologiques. Deux décisions historiques rendues par le tribunal de Munich viennent de siffler la fin de la récréation. En qualifiant la « mémorisation » neuronale de contrefaçon directe, les juges bavarois imposent un péage financier sur le pillage de la connaissance. Un séisme juridique qui fragilise les champions de l’open source européen, exacerbe la guerre des talents et redessine la carte géopolitique du numérique. Une analyse sans concession et toute en rigueur juridique en exclusivité pour Sans Doute de notre contributeur Marc Lipskier.
Co-concepteur de l’architecture d’Internet, Vinton Cerf vient d’annoncer son départ à la retraite. Au terme d’une fabuleuse carrière, il observe aujourd’hui son œuvre muter sous le poids de l’intelligence artificielle. Derrière le triomphalisme technologique, l’ingénieur dresse le constat froid et tranchant d’une infrastructure menacée par l’amnésie de ses supports matériels et par l’ambiguïté de ses algorithmes génératifs. Refusant le mythe d’une « Singularité omnipotente », il appelle à un retour à la stricte rigueur des protocoles formels. Face à des intelligences artificielles « agentiques » prêtes à communiquer entre elles dans le brouillard du langage naturel, le père du TCP/IP prévient : sans une normalisation mathématique de l’intention et une autodéfense intellectuelle des citoyens, l’industrie numérique s’enfermera dans des jardins clos et provoquera des erreurs systémiques en cascade.
Le 15 juillet 2026, la publication d’une découverte majeure dans la revue Nature a mis fin à des décennies de spéculation scientifique : l’intelligence artificielle quantique vient de s’affranchir de ses contraintes physiques extrêmes. En parvenant à dompter la lumière quantique à température ambiante grâce à de minuscules cristaux d’or, la science ouvre la voie à des processeurs d’une puissance inconcevable pour l’informatique classique. Loin de concurrencer ChatGPT sur la génération de texte, cette technologie hybride s’attaque aux mystères insondables de la chimie, de la finance et de la climatologie. Derrière cette percée académique se cristallise la nouvelle guerre froide du XXIe siècle : une course aux armements où les États-Unis, la Chine et l’Europe engloutissent des milliards pour maîtriser l’architecture qui décryptera les secrets d’État de demain. À supposer que la découverte publiée dans Nature soit confirmée et industrialisée, la suprématie d’un État ne devra plus s’évaluer à l’aune de ses centres de données classiques, mais à son aptitude à graver l’or à l’échelle nanométrique pour affranchir l’algorithme quantique de ses contraintes thermiques et dicter la future architecture des réseaux photoniques mondiaux.
Au cours d’un banal trajet sur l’autoroute, une collégienne demande à la voiture électrique dans laquelle elle roule de lui concevoir un programme de révisions pour son prochain contrôle d’histoire. La machine s’exécute, endossant le rôle du précepteur. Mieux encore, la machine encourage la jeune femme. Derrière cette anecdote en apparence anodine se cache un séisme anthropologique majeur. En déléguant à des véhicules, à des brosses à dents ou à des balances connectées la capacité de structurer notre propre pensée, l’humanité franchit un cap irréversible. Du premier éclat de silex taillé par nos ancêtres jusqu’aux algorithmes embarqués de la Silicon Valley, roulons à vive allure au cœur de la plus grande opération d’externalisation cognitive de l’histoire humaine. Une ère où l’outil ne se contente plus de prolonger la main, mais prétend modéliser notre intellect. Une fois de plus, pour Sans doute, Marc Lipskier semble avoir fait voeux de nous déciller devant notre fascination vis-à-vis des IA et autres « machines » qui ont envahi notre quotidien. Il nous rappelle que l’externalisation technologique devient une entrave dramatique à l’acquisition de connaissances profondes et pérennes.
La Coupe du Monde 2026 ne se limite pas à une démonstration logistique. Elle marque le moment où le football devient une infrastructure de données et de physique incarnée. Sur la pelouse, au cœur du jeu, l’imbrication de la vision par ordinateur et de l’apprentissage digital par renforcement transforme le stade en un laboratoire de la singularité technologique. Tandis que l’Amérique du Nord autorise l’expérimentation de terrain, l’Europe se trouve contrainte ici aussi par ses normes juridiques, risquant un déclassement technologique, à défaut d’être sportif. L’enjeu dépasse toutefois totalement le sport : il s’agit de la gestion de la donnée biométrique et de l’autonomie des machines dans l’espace public. Une fois de plus, Marc Lipskier analyse pour Sans Doute, les développements d’un futur qui se fabrique sous nos yeux et sans que nous en soyons toujours conscients.
Marc Lipskier, en exclusivité pour Sans doute, nous livre ce magnifique hommage à Jules Verne. Il nous explique la place qu’occupe l’auteur français, le plus lu après sa mort dans le monde, dans la formation de son imaginaire personnel. Mais son texte est bien évidemment l’occasion d’opposer l’optimisme vernien, teinté d’une conscience des dangers d’un progrès mal maitrisé, à la perspective d’une humanité réduite à la portion congrue entre robots, intelligence artificielle et algorithmes de surveillance. Un pont particulièrement brillant entre littérature d’hier et réalité contemporaine.
Mai 2026 a cristallisé l’asymétrie béante des puissances mondiales. En l’espace de vingt-quatre heures, l’Union européenne a finalisé l’« AI Act Omnibus », peaufinant son architecture réglementaire. Simultanément, Google dévoilait sa nouvelle génération d’intelligence artificielle Gemini, et Meta liquidait 8 000 postes pour réinjecter plus de 115 milliards de dollars dans ses superclusters industriels. Ce télescopage temporel résume le drame géopolitique du Vieux Continent : l’Europe administre le droit ; les États-Unis et la Chine forgent la matière. Enfermée dans l’illusion que la norme juridique suffit à dicter la marche du monde, l’Union européenne subit une désindustrialisation numérique accélérée. De la mort programmée de son pilier automobile aux impasses de la régulation préventive, anatomopathologie d’une puissance défunte.
Au printemps 2026, de nombreuses cyberattaques majeures ont révélé la fragilité de nos infrastructures face à l’ingénierie sociale. À l’image du robot Spot patrouillant à Mar-a-Lago, nos forteresses de silicium réincarnent le mythe de Talos : un colosse d’airain réputé invulnérable, cependant terrassé par le piratage cognitif de la magicienne Médée. Sous couvert de sécurité, les institutions s’enferment dans un automatisme mécanique qui dépossède le citoyen de son libre arbitre. Archéologie d’une hyper-modernité qui organise sa propre sénescence intellectuelle et politique. Ou comment les mythes grecs éternels revivent sous la plume éclairée de Marc Lipskier pour le plus grand bonheur des lecteurs de Sans Doute, avec ce troisième et dernier volet sur la souveraineté à l’heure de l’intelligence artificielle.