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Archéologie antique d'une dépossession hyper-moderne
Au printemps 2026, de nombreuses cyberattaques majeures ont révélé la fragilité de nos infrastructures face à l'ingénierie sociale. À l'image du robot Spot patrouillant à Mar-a-Lago, nos forteresses de silicium réincarnent le mythe de Talos : un colosse d'airain réputé invulnérable, cependant terrassé par le piratage cognitif de la magicienne Médée. Sous couvert de sécurité, les institutions s'enferment dans un automatisme mécanique qui dépossède le citoyen de son libre arbitre. Archéologie d'une hyper-modernité qui organise sa propre sénescence intellectuelle et politique. Ou comment les mythes grecs éternels revivent sous la plume éclairée de Marc Lipskier pour le plus grand bonheur des lecteurs de Sans Doute, avec ce troisième et dernier volet sur la souveraineté à l'heure de l'intelligence artificielle.
L'archéologie n'est pas une figure de style. Telle que Michel Foucault la définit dans L'Archéologie du savoir, elle constitue une méthode épistémologique stricte destinée à décrire les conditions d'existence de nos discours et à dégager l'épistémè d'une époque, c'est-à-dire l'ensemble des règles qui définissent ce qui peut y être pensé. Appliquée à notre présent numérique, cette démarche fouille l'« archive » de notre structure technologique pour y exhumer une angoisse anthropologique originelle. L'hypermodernité de l'intelligence artificielle, avec ses centres de données physiques et ses réseaux de neurones, n'est soudainement plus perçue comme une rupture inédite, mais comme la répétition d'une forme ancienne.
En novembre 2024, un robot quadrupède dépourvu de visage (le modèle Spot de Boston Dynamics) patrouillait les pelouses de Mar-a-Lago. Cette image scelle l'irruption du mythe dans notre matérialité immédiate. Elle rappelle directement Talos, le titan d'airain offert au roi Minos. Talos arpentait infatigablement les rivages crétois pour repousser les assauts étrangers. Ce gardien mécanique ne tirait pas sa force d'un principe biologique, mais de l'ichor — le fluide vital et minéral des divinités — qui circulait dans une veine unique scellée par un clou de bronze. Sa chute ne provint pas de la force brute. Elle fut provoquée par la magicienne Médée qui, exploitant la faille psychologique de l'automate, le persuada de retirer le clou vital. L'effondrement de Talos sur le sable n'est pas seulement un mythe antique. Il exprime notre propre vulnérabilité technologique contemporaine, ainsi que la double dépossession qui frappe aujourd'hui la souveraineté institutionnelle et citoyenne. Un magnifique vase grec noir‑figuré représentant la mort Talos trouve dans la collection de céramiques antiques du British Museum, à Londres. L'homme de métal est représenté en blanc, contrastant avec les êtres de chair et de sang qui l'entourent. Il s'agit des Dioscures, Castor et Pollux, dont les noms sont indiqués, ainsi que d'autres Argonautes. Sur le col prend place une cortège dionysiaque de Ménades et de satyres. Pour qui l’a admiré, il signifie maintenant la chute de l’Occident hérité de la Grèce, emporté par la ruse de l’intelligence artificielle.
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