Partager cet article
Il pleut enfin, et l’automne s’installe avec ses désordres habituels. Du bar du Lonzac, son village corrézien, Jean Brousse observe cette rentrée où les averses réveillent les campagnes comme les nouvelles du monde réveillent les inquiétudes : les guerres qui grondent, la France qui s’agite et le pape qui la rassemble. Grèves, budget introuvable, pré-campagne présidentielle, Poutine et Trump : rien n’échappe à sa plume légère, pas même les débuts de Zizou chez les Bleus ni les secrets de la chasse aux champignons. Une chronique dominicale de notre troubadour de la ruralité, où l’on s’inquiète du monde en regardant tomber la pluie, à déguster sans modération mais au sec.
Est-ce un effet de la récente onction pontificale ?
Quel sorcier mystérieux a dansé pour enfin nous offrir ici trois gouttes par intermittence, ailleurs quelques sérieuses averses, dans tous les cas assez pour retrouver le gout et le parfum de l’eau tant espérée. Depuis quand n’avions-nous pas ressenti le charme délicieux de sa caresse sur nos cranes desséchés. Les cyclistes et les joggers ont ressorti du placard leurs capes de nylon. Seules quelques charmantes étourdies n’ont pas encore pensé à remiser leurs tenues de l’été et frissonnent sous leurs légers caracos. L’odeur du bitume mouillé enivre. Les grenouilles, les météorologues et les agriculteurs se réjouissent : ils avaient perdu cette pluie bienvenue depuis presque cinq mois, maudits anticyclones. Bienvenue, mais sans nuance : plus loin, dans le Gard et le Hérault, de lourdes gouttes se brisent et rebondissent avec violence sur les terres pétrifiées par la sécheresse. Elles ruissellent et se déversent d’un coup, sans prévenir, sur les cours des rivières étonnées et brutalement réveillées, dans les rues des villages et les champs qu’elles inondent sans vergogne et sans semonce aucune. Une tornade dévaste un coin de Normandie.
Dans mon village cette manne céleste peine encore à convaincre, mais on sent bien, aux éclairs qui déchirent la nuit, aux feuilles clairsemées et jaunissantes des grands arbres, aux bogues de châtaignes qui jonchent les sous-bois, aux jours qui rétrécissent à la vitesse de la lumière, au mercure qui retrouve des limites humaines, au vent qui balaye les terrasses des cafés aux fleurs qui baissent leurs corolles, aux premiers éternuements que l’automne vient d’arriver. Mais que la montagne est belle !
L’automne, avec son cortège de désordres désormais saisonniers : les taxes foncières et les premières grèves, d’abord timides certes, mais où les pompiers en viennent maintenant à affronter les policiers. Les lycéens, rejoints par les étudiants impatients de renverser la table se révoltent, soutenus par on sait qui. Un vent de violence souffle et les coups bas se multiplient tristement. Le Premier ministre alerté tente de préparer un budget irréalisable. C’est pourtant facile : il suffit de bloquer le prix du gasoil, d’augmenter les salaires et de ne pas toucher aux retraites. La dette de la France s’alourdit chaque jour. Pré campagne présidentielle oblige, les sondages s’affolent. Attendons Noël avant de tirer des plans imprécis sur une comète désorientée. Les futurs candidats s’observent, aucun ne se dévoile. Lequel prendra un jour le peuple au sérieux et lui dessinera un horizon acceptable pour le pays, plutôt que d’aligner des propositions absconses aux allures d’un menu de restaurant chinois ? La fatigue longtemps camouflée par un climat trompeur se réveille. L’insouciance s’évapore.

Pendant ce temps, la guerre rôde. Rien ne s’éclaircit au Moyen Orient et L’Ukraine ploie sous les attaques russes. Vladimir Poutine, plus empereur que jamais, annonce qu’il va déployer deux millions de militaires aux portes de l’Europe et signale formellement aux pays membres de l’OTAN, le visage blafard et cristallisé, qu’il ne tolèrera plus très longtemps qu’ils continuent de l’agresser. Gonflé ! Donald Trump, tout juste sorti d’un récent flirt avec Xi, ne rugit plus, c’est inquiétant. Il propose simplement de changer le nom de l’IA, l’intelligence artificielle, pour « Super Intelligence » et suggère aux patrons des grands opérateurs de ne pas sacrifier une « morale responsable » à leurs soifs de développement et de dollars. Le voilà maintenant champion de la raison et de la régulation ! Qui l’eût cru ?
La France, durant le long et intense week-end dernier, était sous le charme du pape Léon XIV en voyage apostolique. Du Stade de France à la Concorde et aux Champs Elysées, de Saint Denis à Notre Dame, de Lourdes à Metz, il aura déambulé devant des centaines de milliers de fidèles, ou non, rassemblés sur le parcours de la papamobile, et des millions d’autres devant leur téléviseur, Céline Dion ne fera pas mieux. Emmanuel Macron lui-même l’aura finalement salué avant son retour vers Rome ! L’homme, serein et souriant, calme et direct, clair, véritable pop star « à l’américaine », aura appelé dans chacune de ses interventions et chacune de ses homélies à la paix, à l’écoute de l’autre, au dialogue , au soupçon envers l’intelligence artificielle et au refus des « guerres insensées, les « plus terribles œuvres humaines » : « la vérité rend libre … l’éducation permet de surmonter les peurs … L’homme vit grâce à la culture …» , jusqu’au désormais célèbre « ce qui est légal n’est pas nécessairement moral », évoquant le délicat débat sur la vie et sa fin.
Qui ne rêverait volontiers des signes d’une telle démocratie idéale ?
Loin de tout ça, réfugiés au bar du café du matin dans une humidité frisquette, nous commentons les dernières nouvelles : on apprend les décès de deux villageois, le journal dévoile le programme de la prochaine Foire du Livre de Brive la Gaillarde et révèle les secrets de la chasse aux champignons, on ne sait jamais avec le temps qu’il fait. Le beau démarrage du club de rugby de Brive en championnat de France Pro D2 réjouit comme réjouissent les débuts de Zizou à la tête de l’équipe de football de France. Après les victoires contre la Turquie et la Belgique à l’extérieur, le nul frustrant contre l’Italie au Stade de France laisse entrevoir pourtant de belles promesses. Un Rafale à l’entrainement nous transit bruyamment.
Les remarques sur le nouvel exécutif départemental, suite aux récentes élections sénatoriales fusent et soulignent le clivage ancestral entre la Corrèze du sud, riante et calcaire et celle, plus rude et granitique du nord. Ici, au Lonzac, on est à peu près sur la ligne de partage. Qu’importe : à la première alerte, nous redevenons tous Corréziens.
Réflexe identitaire ?

Chaque jour Sans Doute vous donne accès à de nouvelles manières de voir les choses, accueille la diversité des points de vue, cultive la nuance comme exigence et vous ouvre de nouvelles perspectives quitte, sans doute, à déranger les repères habituels et les idées reçues.
C’est l’esprit Sans Doute