Partager cet article
À l’instar de l’œil d’un cyclone, où règne le silence d’un calme absolu alors qu’à sa périphérie tout est chaos et désolation, le village de notre cher poète regarde le monde comme Rousseau regardait le sien, lors de ses promenades solitaires. Jean Brousse n’est pas dupe du monde qui l’entoure et ce qu’il peut en déduire. Mais, depuis sont village-refuge, ses chroniques pour Sans doute inspirent à être indulgent pour les hommes, même les pires. Un moment de douceur dans un monde brutes…
Au « Turlot », le café du village, la montée des prix à la pompe du gasoil et du sans plomb monopolisent sérieusement l’essentiel des conversations. Mais que fait le gouvernement ? Un soleil timide ne suffit pas à rassurer ni réchauffer les clients, néanmoins tentés par la terrasse refleurie. Doudoune obligatoire, avril oblige ! On compare naturellement les différents distributeurs alentour et l’on craint les ruptures de stocks. La rue est calme, un poil engourdi, peut être craintive. Des banderoles annoncent la qualification bienvenue de notre chère église, dont on a entrepris la restauration du retable, par la fondation du patrimoine parmi trois candidates, et haranguent les lonzacois à voter en masse et avec enthousiasme pour elle, même s’ils ne la fréquentent plus guère.
Dans les jardins, la nature s’était un peu réveillée depuis Pâques, il y a une dizaine de jours, sous l’inattendue poussée des températures, encore un coup des scélérates et trompeuses moyennes saisonnières ! Après que les bourgeons des glycines fussent discrètement apparus, les lourdes grappes de leurs fleurs n’éclatent maintenant en cascades, en un doux mur mauve et rose.
La « pelouse » rustique est tapissée de jaune vif et de blanc pur, pissenlits et pâquerettes ayant résisté à la tondeuse, désormais protégés pour l’été. Les tulipes piquent un peu du nez, leurs pétales jonchent les massifs et rejoignent celles des camélias maintenant flétris. Les lilas se préparent à éclore et les iris bleuissent sous un pale soleil complice.
Le muguet s’apprête pour le premier mai prochain. De fragiles feuilles vert tendre pointent aux branches des tilleuls et des marronniers. Un camaïeu outremer dessine un décor éphémère qui se ternira trop vite. Dommage, mais n’en est-il pas toujours ainsi du beau ?

Donald Trump y serait-il sensible ? Ca n’est évidemment pas son affaire : il vient de créer un nouveau concept innovant : l’ « ultimatum revolving », funeste oxymore s’il en est. On repousse à son gré l’échéance du cessez le feu. Il promet chaque matin de pouvoir ratatiner l’Iran en deux jours et promet chaque soir la reprise définitive des négociations. « Une civilisation entière va mourir ce soir … La fin de la guerre est pour demain ! ». Il multiplie les interventions impromptues.
Les civilisations peuvent-elles vraiment mourir ? A-t-il oublié que les perses ont inventé le jeu d’échec, et qu’ils sont habitués depuis des siècles à prévoir les coups d’après le prochain coup ? Ils savent prendre leur temps, quand le golfeur ne s’intéresse qu’au swing de l’instant. Il n’oublie pas au passage d’invectiver gratuitement le pape Léon XIV, histoire de détourner l’attention. On dit qu’on reviendrait aux accords de 2015 ! Tout ça pour ça … Cela dit, qui se préoccupe aujourd’hui du magnifique peuple iranien ?
Armes égales ?
Le Président des États Unis, décidément inquiétant pour les siens et pour les autres, déclenche à son gré un contre blocus improvisé entre le golfe d’Oman et la mer d’Arabie, dans le détroit d’Ormuz, menace américaine contre le nouveau péage iranien. Et nous suivons en temps réel sur nos écrans les trajectoires des navires tentant de s’échapper de l’embouteillage monstre dans le golfe persique, Elpi, Cristiana, Hosemaru et Taha, entre autres.
Gigantesque bataille navale mondiale en direct, un grand jeu vidéo universel. Les bookmakers en feraient leurs choux gras. B5 touché, personne encore coulé. Betclic et Winamax devraient s’en emparer. « Je te tiens, tu me tiens … Le premier qui rira … ». Personne ne rit. L’addiction nous guette. Et les chaines d’information en direct s’y perdent, malgré les « sachants » qui n’y comprennent plus rien, même s’ils expliquent tout, prêts à interpréter le moindre lapsus d’un quelconque politique. En tous les cas, au moins chacun sait aujourd’hui dessiner avec précision la carte du Moyen Orient. La France perd des points en mathématiques, mais en gagne en géographie.
Israël tient à son objectif, que certains ont tendance à oublier. Ils entament des pourparlers avec le Liban en continuant à bombarder Beyrouth. La trêve, quelle trêve ? La Chine discrètement impliquée semble rester impassible et stable, méfions-nous du chat qui dort. Le silence de Vladimir Poutine pourrait inquiéter. Les Houthis veillent sur Bâb El Mandeb et les pays du golfe sont pour le moins contrariés : leur paradis patiemment construit pourrait leur échapper. Le Président français réunit les pays « non belligérants », il faut bien que tout le monde existe.
Pendant ce temps, les chats batifolent dans les jardins et s’en donnent à cœur joie devant le plus petit insecte imprudent découvrant la vraie vie. Ils rodent dans une nuit bienveillante. Le printemps accueille dans nos contrées les nécessaires exercices de dérouillement à l’approche des beaux jours.
Le weekend dernier, très loin des soucis du monde, on ne savait plus choisir entre le marathon de Paris, la mythique course Paris Roubaix ou le quasi derby rugbystique Bordeaux- Bègles contre Toulouse. Grace au brillant Ousmane Dembélé, le Paris Saint Germain a gagné son billet pour les demi-finales de la ligue des champions et la rencontre au sommet avec le Bayern de Munich.
Au village, la traditionnelle marche de printemps entre Treignac et Le Lonzac sur les dix ou douze kilomètres du parcours de l‘ancien « POC », l’ultime tronçon du Paris Orléans Corrèze désaffecté depuis bien longtemps, a réuni de nombreux amateurs sportifs et nostalgiques sur les chemins de campagne embaumés par les effluves de saison.
Ainsi la vie continue.
Il faut parfois oublier.

Chaque jour Sans Doute vous donne accès à de nouvelles manières de voir les choses, accueille la diversité des points de vue, cultive la nuance comme exigence et vous ouvre de nouvelles perspectives quitte, sans doute, à déranger les repères habituels et les idées reçues.
C’est l’esprit Sans Doute.