Après les violences du 17 octobre, les explications se sont succédé : fracture sociale, perte d’autorité, sentiment de relégation, influence des réseaux sociaux. Aucune n’est totalement fausse. Aucune ne suffit vraiment. En relisant Le Loup et le Chien de La Fontaine à la lumière de la psychologie sociale, Marie-Victoire Chopin, avec le concours de Julia Peretti, propose une autre piste : celle d’une société où le consentement à la contrainte s’érode lorsque les promesses du futur perdent leur crédibilité. Car lorsqu’un nombre croissant d’individus cesse de croire que l’effort sera récompensé, que les règles sont justes ou que leur place les attend quelque part, c’est le cœur même du contrat social qui commence à vaciller.
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Et si la guerre hybride remportait sa plus belle victoire sans tirer un seul coup de feu : en nous poussant à sacrifier nous-mêmes nos libertés au nom de notre sécurité ? Cyberattaques, sabotages, désinformation, pannes inexpliquées et rumeurs incontrôlables : l’ennemi n’a même plus besoin de franchir nos frontières pour semer le doute, nourrir la peur et gripper nos sociétés. Le plus redoutable n’est pourtant pas toujours l’attaque elle-même, mais la manière dont nous y répondons : à force de vouloir tout contrôler, nous risquons de transformer nos démocraties en forteresses sous vidéosurveillance, où la liberté devient une variable d’ajustement. Frédéric Arnaud-Meyer, dans son style inimitable, nous invite à regarder au-delà des postures martiales et des appels à la paix à tout prix, pour poser la seule question qui vaille : combien sommes-nous prêts à sacrifier pour nous protéger, et à quel prix ? Une réflexion qui fait écho à l’avertissement attribué à Benjamin Franklin : « Ceux qui renoncent à une liberté essentielle pour acheter un peu de sécurité temporaire ne méritent ni la liberté ni la sécurité. » Car dans cette guerre-là, la victoire de l’adversaire pourrait bien être de nous voir faire nous-mêmes le travail, avec la meilleure conscience du monde.
Et si le malaise devenait une arme politique ? Depuis quelques semaines, Raphaël Glucksmann est la cible d’un qualificatif en vogue chez les jeunes internautes : « cringe ». Il faut comprendre gênant, embarrassant, le genre de comportement qui vous donne envie de regarder ailleurs, tant celui qui s’y livre semble ne pas mesurer l’effet qu’il produit. À force de susciter les moqueries sur les réseaux sociaux, le candidat social-démocrate serait-il en train de transformer son manque d’incarnation en atout électoral ? À l’heure où le buzz vaut parfois programme et l’autodérision capital politique, le pseudo-ridicule n’est plus un handicap. Et si, en politique aussi, le meilleur moyen de désamorcer la gêne était de la revendiquer ? Une analyse inédite et orginale d’Alban Saint-Joigny, notre spécialiste des tendances sur les réseaux sociaux.
“Allons enfants de la patriiiiie !!” Notre hymne national va probablement beaucoup retentir dans les mois à venir. Les candidats à la présidentielle ne manqueront pas de l’entonner avec autant de ferveur que d’obligation à la fin de leurs réunions de campagne. Mais on peut se demander si les paroles de La Marseillaise ne vont pas devenir obsolètes tant le nombre d’enfants de la patrie tend à décliner et que ce déclin s’accélère. Si les questions relatives au pouvoir d’achat, à la dette publique, à la sécurité ou à l’immigration, sujets éminents, ne manqueront pas d’être débattus, le thème qui devrait pourtant les dominer -comme un anneau permet de gouverner tous les autres- est celui de la natalité. Une nouvelle analyse puisée aux meilleures sources et légèrement iconoclaste de notre spécialiste des études statistiques, Jobic de Calan.
Quelle société sommes-nous ? Quelle société voulons-nous ? Une nouvelle tribune urticante de Xavier Couture pour Sans Doute, qui met le doigt sur la plaie à vif du décalage entre ce que nous prétendons être et ce que la France est devenue : derrière les belles paroles, ne règnent en maîtres qu’égoïsmes, contestations, invectives et chapelles. Pour en sortir, notre contributeur nous propose un éloge d’une vertu théologale bien oubliée : la charité.
L’OCDE vient de publier les derniers chiffres de l’enquête PISA. La France plafonne à 483 points en sciences, mais dégringole à 458 en mathématiques et 456 en compréhension d’écrit. Nous n’étions jamais tombés aussi bas depuis le lancement du dispositif en 2000 : seize points de perdus en mathématiques en trois ans, dix-huit en lecture. Seules les sciences limitent la casse, comme un dernier rempart qui tiendrait encore, on ne sait trop pourquoi, quand tout le reste a déjà cédé. L’analyse sans concession pour Sans Doute, de ces résultats qui nous engagent tous à des degrés divers, de notre spécialiste des questions éducatives Joëlle Alazard, qui dirige l’association des professeurs d’histoire-géographie (APHG).
Sans Doute est particulièrement heureux d’accueillir parmi ses contributeurs en cette rentrée Xavier Couture, homme de culture, de médias et de communication à la carrière prestigieuse. Il est aujourd’hui, entre autres activités, président du Théâtre de la Ville après avoir dirigé plusieurs années le Châtelet. Des responsabilités idéales pour dénoncer dans sa première chronique, en termes virulents mais bien choisis, le spectacle affligeant que donnent les candidats à l’élection présidentielle. Ceux-ci, loin d’être à la hauteur des enjeux que la gravité de la situation devrait normalement imposer, paraissent prisonniers de la dictature de l’apparence dans un univers proche de la télé-réalité. Un réquisitoire malheureusement tellement convaincant.
En s’affichant sur Sud Radio, déterminé à appliquer aux « créateurs de contenus qui ont la plus grande influence (…) les mêmes règles de prudence (et) de modération » que celles auxquelles les médias audiovisuels seront soumis, le président de l’Arcom Martin Ajdari a marqué sa volonté d’en finir avec l’angle mort qui a caractérisé jusque là le numérique, en matière de traitement des élections et, plus largement, du débat politique.
Alors qu’une majorité d’internautes indique utiliser les réseaux sociaux et les plateformes vidéo pour s’informer (54% au niveau mondial, d’après le Digital News Report 2026 du Reuters Institute), que près d’un tiers (30%) les désignent comme leur source principale, on comprend que les environnements numériques sont maintenant essentiels dans la préparation des élections. Pour le meilleur et pour le pire, avec les campagnes de désinformations qu’ont déjà subies Edouard Philippe, Raphaël Glucksmann et Gabriel Attal.
30 candidats, 158 comptes et plus de 42 millions d’abonnés : Philippe Bailly fait le point pour Sans Doute sur cette campagne qui a déjà démarré hors des médias traditionnels.
En cette fin d’année scolaire, le rituel des examens nationaux s’accompagne, comme toujours, de la litanie des rapports alarmants sur le niveau des élèves. Orthographe en déroute, syntaxe fracturée, grammaire ignorée… On s’empresse souvent de classer ces débats au rayon des querelles de clocher ou d’un conservatisme nostalgique. C’est un tort : la question mérite mieux qu’un haussement d’épaules, même si elle mérite aussi mieux que la dramatisation. Car la maîtrise de la langue n’est pas qu’une affaire de dictée. Elle conditionne, en partie, la capacité des citoyens à participer pleinement à la vie démocratique. L’école républicaine n’a pas seulement pour mission de former des travailleurs employables ; elle a la responsabilité de forger des citoyens capables de s’exprimer, d’argumenter, de se défendre par la parole. Cette faculté porte un nom millénaire : le logos. Au moment où débutent les vacances scolaires, un texte de fond de Joëlle Alazard, Présidente de l’Association des Professeurs d’Histoire-Géographie, sur les missions de l’école.
L’Europe, c’est ce vieux duc en tweed qui a inventé le salon, le journal, la dispute civilisée, le bulletin de vote, et qui découvre un matin, les yeux gonflés par l’Histoire, que le vrai pouvoir s’est barré par la fenêtre avec les marchands d’attention. Pendant que les États-Unis accouchaient de Meta et de X comme on lâche des fauves dans un casino, pendant que la Chine transformait TikTok en seringue planétaire de dopamine, l’Europe, elle, s’est installée au balcon avec un carnet, des lunettes sévères et l’air de dire : tout cela devra être encadré.
Magnifique posture.
Sauf que dans l’arène, l’arbitre sans armée finit souvent couvert de poussière.
Un nouveau texte décapant de Frédéric Arnaud-Meyer pour Sans Doute et ses lecteurs impatients de retrouver les chroniques de notre contributeur gonzo.