On a parfois voulu faire de Matthieu Pigasse un « Bolloré de gauche ». La formule est commode, mais elle rate sa cible. Vincent Bolloré a bâti, à partir de l’entreprise familiale, un empire industriel devenu machine d’influence ultra-conservatrice. Matthieu Pigasse, lui, appartient à une autre espèce du capitalisme hexagonal : celle des hauts fonctionnaires passés par l’État, enrichis dans la banque d’affaires, puis revenus dans le débat public par les médias, la culture et la politique. Il n’a ni la masse financière d’Arnault, ni la profondeur industrielle de Bolloré. Mais contrairement au patron de LVMH, qui préfère l’ombre portée de son empire à la lumière des plateaux, Matthieu Pigasse semble chercher depuis quelque temps l’exposition maximale : interventions publiques, confidences politiques, groupe de presse mobilisé, ambition présidentielle à demi avouée. Son pouvoir tient moins à la possession d’un empire qu’à sa capacité à circuler entre les guichets de l’État, les dettes souveraines, les rédactions, les festivals et les ambitions présidentielles. C’est précisément ce qui le rend plus intéressant que Bolloré : non parce qu’il serait plus puissant, mais parce que sa trajectoire dit quelque chose de plus intime sur le capitalisme français.
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L’image de Charlie Chaplin dans les « Temps Modernes » reste une icône car elle dit beaucoup du 20ème siècle. En littérature, nombreux ceux qui ont été marqués depuis 70 ans par la lecture de « 325 000 francs », archétype de la littérature ouvrière dénonçant l’aliénation de l’homme par la machine, et donc par le système capitaliste. Notre contributeur Marc Lipskier lui a découvert ce livre récemment, et frappé par ses résonances avec le monde contemprain et en a profité pour livrer à Sans Doute une remarquable analyse sur le travail au temps de l’intelligence artificielle. Il se demande si l’IA n’est pas la forme d’aliénation parfaite en vidant de tout sens le travail humain. A méditer…
Il serait erroné de voir la criminalité économique comme un mal contemporain. Elle serait plutôt de l’ordre d’une épidémie. Avant les paradis fiscaux, les cryptomonnaies et les krachs boursiers, il y eut une balance truquée sur un marché antique. Un geste anodin, presque banal, mais porteur d’un virus redoutable – celui de la distorsion de confiance.
Ce matin-là, en scroll LinkedIn compulsif avant le premier café – cette drogue moderne qui nous fait croire qu’on comprend l’économie mondiale en quinze minutes –, l’info me frappe comme une gifle de belle-mère : ASML investit 1,3 milliard dans Mistral AI.
Pas une prise de participation symbolique pour faire joli dans les rapports annuels, pas un partenariat de façade pour épater les actionnaires. 1,3 milliard. D’euros. Dans une startup française. Une startup française qui fait de l’IA et qui n’a pas encore été rachetée par Google. Miracle de l’innovation hexagonale !
Les Européens sont comme médusés par les premiers pas du nouveau pouvoir américain, en place depuis le 20 janvier 2025. De quoi cette sidération est-elle le signe ? Tout d’abord d’une incrédulité et d’un vertige face à la solitude. Ensuite, de l’effarante nouveauté des défis qui les menacent et qu’ils ont à relever. L’Amérique trumpienne et la Russie de Poutine sont deux problèmes neufs et actuels. Le premier au 20e siècle, la guerre froide, et l’avant-première guerre mondiale des impérialismes n’aident que très partiellement à les saisir et à les affronter.
Les liens entre milieux économiques et monde politique ont toujours été étroits outre-Atlantique mais rarement hommes d’affaires n’avaient été aussi proches du pouvoir exécutif qu’Elon Musk et ses amis de la Silicon Valley, écrit Gilles Sengès qui a suivi de près l’actualité américaine ces dix dernières années. Donald Trump a choisi une douzaine de milliardaires pour former une partie de son administration.