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Les agriculteurs dans la rue, la France mise en minorité à Bruxelles, un Président de la République affaibli comme jamais, notre pays marginalisé en Europe, le degré zéro de la politique au niveau national. Le bilan du débat français sur le traité de libre échange entre l'Union européenne et les pays du Mercosur est un véritable désastre, comme une hyperbole de la crise profonde que traverse notre pays : l'ancien Commissaire européen aux affaires économiques et financières Yves Thibault de Silguy revient en exclusivité pour Sans Doute sur les raisons de la catastrophe et les leçons à en tirer.
Après 25 ans de négociations, le Conseil des Ministres de l'Union européenne a donné son accord à la signature d'un traité de libre-échange avec le MERCOSUR (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay), la France votant contre cet accord, pendant que ses agriculteurs manifestaient bruyamment leur opposition résolue à celui-ci. Bon ou mauvais accord, le problème est surtout son adoption malgré le refus de la France. Du jamais vu pour un acte européen de première importance. Cette situation interpelle et conduit à s'interroger sur la conduite des dossiers européens par Paris.
Est-ce un bon accord ?
Au moment où l'Administration Trump met à mal le multilatéralisme des échanges sur lequel le monde, depuis des décennies, essaie de bâtir sa croissance et sa prospérité, créer une zone de libre-échange et un marché de 700 millions d'habitants est a priori une bonne chose. Une baisse de 90 pour cent des droits de douane sur les exportations européennes de produits industriels et agricoles (automobiles, machines-outils, cosmétiques, produits chimiques, produits laitiers, vins et spiritueux...) favorisera le commerce extérieur de l'Union européenne. C'est particulièrement bienvenu, face à des Etats-Unis d'Amérique qui veulent restreindre l'accès à leur marché et à la Chine qui fait preuve d'une agressivité commerciale tous azimuts.
Mais la portée de cet accord ne doit pas être surestimé. Le volume des échanges Union européenne-MERCOSUR est relativement modéré (100 milliards d'euros par an) avec un solde légèrement positif pour l'UE. Il offre d'autres avantages pour l'Europe : fin des taxes à l'export du MERCOSUR pour des minerais stratégiques comme le nickel, le cuivre, l'aluminium ou le titane. Il permet également le respect de 350 appellations géographiques d'origine, permettant notamment de protéger les vins, spiritueux et les fromages français. Il contient aussi des engagements contraignants sur la déforestation et le respect des accords de Paris sur le climat. Et sa mise en oeuvre sera très progressive jusqu'en 2040, ce qui permet de s'adapter à la situation nouvelle.
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