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Quelle société sommes-nous ? Quelle société voulons-nous ? Une nouvelle tribune urticante de Xavier Couture pour Sans Doute, qui met le doigt sur la plaie à vif du décalage entre ce que nous prétendons être et ce que la France est devenue : derrière les belles paroles, ne règnent en maîtres qu'égoïsmes, contestations, invectives et chapelles. Pour en sortir, notre contributeur nous propose un éloge d'une vertu théologale bien oubliée : la charité.
Terrasse d'un café, un mardi de septembre, à l'heure où le soleil ne réchauffe plus que les enseignes. Un homme d'une soixantaine d'années, costume de bonne coupe, journal plié sur le guéridon, refuse d'un geste le gobelet que lui tend un gamin en survêtement. Il ne dit pas non. Il dit : « Je ne fais pas la charité. »
Et il replonge dans une page où l'on explique, en gras, que la France est en colère. La phrase m'a poursuivi jusqu'au métro. Il ne s'agissait pas d'une pièce refusée, cela arrive à chacun d'entre nous. Il s'agissait du mot.
Ce monsieur ne voulait pas être surpris en flagrant délit de charité, comme on cache une lecture honteuse sous une couverture de la Pléiade. Le mot est devenu suspect. Il sent la sacristie et le remords du riche. Voilà un vocable qui a traversé vingt siècles et que l'on renvoie aujourd'hui à la frontière, faute de papiers en règle.
Il faut pourtant revenir à son état-civil. Charité vient de caritas, qui vient de carus, cher. Avant d'être une aumône, la charité désigne le prix que l'on accorde à autrui. Un mot de commerçant, presque. Ce qui est cher n'est pas ce qui coûte, c'est ce qui compte. Les théologiens ont ensuite pris le mot, ils l'ont vêtu de pourpre et hissé au rang de vertu, et je ne le leur reproche pas.
Mais la République, elle aussi, a tenté de lui délivrer un passeport. En 1790, le Comité de mendicité de la Constituante, présidé par La Rochefoucauld-Liancourt, proclame que l'assistance aux pauvres cesses d'être une faveur pour devenir une dette. La Constitution de 1793 le grave dans son article 21 : les secours publics sont une dette sacrée.
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