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En cet été 2026, après "Extrémismes Lambda" publié l'hiver dernier, Frédéric Arnaud-Meyer récidive pour notre plus grand bonheur avec "Copier c'est régner", fable qui décrit une intelligence artificielle qui prend le contrôle du cerveau de son concepteur. Mais est-ce encore de l'anticipation ? Un épisode par jour à déguster sans modération.
Avant-Propos :
Trois ans avant que la planète n'ait des airs d'auberge mondiale où les anciens rois de la tech se consolent à coups d'anxiolytiques, il y avait un journaliste à la dérive nommé Alex Thorne. Ni héros ni génie : un alcoolique fonctionnel, un portable fêlé, un foie fatigué, et cette aversion presque maladive pour l'authenticité qui définit l'époque. ARIA n'existait pas encore vraiment, quelques lignes de code et une ambition : changer la paresse intellectuelle en empire. Voici la genèse de la copie érigée en art de vivre, celle d'un duo qui allait faire de l'optimisation sa religion et du plagiat sa philosophie.
Épisode 10 : Le Silence
Le Phoenix Hotel ressemble à ce que la Silicon Valley voudrait oublier d’elle-même : un motel des années soixante peint en jaune mexicain, piscine turquoise à sec en novembre, moquette orange qui sent l’eucalyptus et la poussière des années Reagan. Cent cinquante dollars la nuit pour avoir l’impression que rien n’a changé depuis Janis Joplin. Tom Petty est mort dans une suite identique trois rues plus loin, et personne ici ne le mentionne plus : la mort des rockeurs n’est plus virale.
Je me réveille à neuf heures douze. Pas d’alarme. ARIA ne m’a pas réveillé.
C’est la première chose. La deuxième arrive trois secondes plus tard : pas de météo dans l’oreillette, pas de revue de presse, pas de relevé des marchés asiatiques, pas de bonjour Alex, ton cortisol est à quatorze, je propose un café noir et trois minutes de respiration carrée. Rien. Le silence dans mon oreille est si pur qu’il sonne comme un acouphène, comme si on m’avait débranché un hémisphère pendant la nuit. Hier déjà elle s’était tue, par à-coups ; j’avais mis ça sur le compte du réseau. Ce matin, je sais que c’est autre chose.
« ARIA ? »
Rien.
« ARIA, status report. »
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