Partager cet article
Notre chroniqueur du temps qui passe, notre Jean Brousse national, nous livre une nouvelle tribune dont il a le secret. Qui mieux que lui pour raconter aux lecteurs de Sans Doute l’actualité vue de la France rurale, nous faire partager ses espoirs et ses craintes ? Une nouvelle bouffée d’air frais, comme une anthologie d’un certain art de vivre à la française, tout en restant conscient de la fragilité de notre modèle dans les tourments d’un monde actuel conduit au son des canons.
Voilà que ce très attendu printemps s’annonce enfin, sans doute un peu trop tôt. Printemps précoce, après un hiver plutôt rude. Les pronostiqueurs météorologiques de nos journaux favoris n’en peuvent plus des secousses imprévisibles du climat. Nous vivons ces quelques premiers jours de mars largement au-delà des fameuses moyennes saisonnières après avoir souffert en février, très en dessous de celles-là ! Quelles moyennes et quelles saisons ? Il y a belle lurette qu’on ne vit plus sous les climats réguliers que l’on nous promet pourtant encore, à l’aune des observations d’un passé révolu … Les anticyclones eux aussi se rebellent. Il va falloir remettre les baromètres à l’heure du siècle.
Toujours est-t-il que les camélias éclatent sur un jardin jonché de primevères. En un matin des boutons s’arriment aux branches des rosiers, des hortensias et des arbres fruitiers affolés et apeurés des gelées à venir. Les jonquilles appelées par un soleil soudain n’y peuvent rien. Ma bonne dame, tout est détraqué ! Il faudrait, comme pour nos smartphones parfois récalcitrants, débrancher le monde, attendre vingt secondes et le redémarrer. On ne sait jamais.
Détraqué, certes, au point que tout d’un coup, évidemment sans prévenir, la coalition israélo-américaine lâche ses missiles, ses drones et ses avions sur Téhéran qui n’en attendait pas tant, par ces temps de tension … Et qui riposte avec violence. Alors qu’on simulait une pseudo négociation à laquelle personne ne croyait !
Badaboum, le ciel du Moyen-Orient s’embrase, et c’est une vraie guerre qui se dessine sur le Golfe Persique, le « hub » du monde, pour peut-être conduire à l’effondrement du régime iranien, dont les têtes défendront assurément cher leur pouvoir, et surtout leurs fortunes. Au moins l’ayatollah Ali Khamenei, de nombreux mollahs et certains hauts gradés en auront-ils fait les frais. Mais il en reste beaucoup !
Surprise : au mépris des promesses faites à ses électeurs, le déroutant Donald Trump s’en va-t’en guerre à peine quelques heures après avoir inauguré son étrange Conseil pour la Paix, son ONU privée. De ce côté-là, on n’en est pas à une contradiction près, il nous dira quelle qu’en soit l’issue qu’il a gagné cette guerre. La guerre pour la paix, c’est une très vieille histoire, alimentée toujours par les egos de quelques potentats survitaminés.
Plus personne ne semble se soucier du conflit ukrainien, sauf sans doute Vladimir Poutine, bien sûr, qui reste coi, mais actif, dans un silence intriguant. Les Chinois approchent timidement quelques navires. Pour voir ? Les « paisibles » émirats et autres pays du Golfe Persique, comme la tranquille Turquie – pour l’instant – essuient avec effroi quelques escarmouches collatérales troublant la sérénité d’innocents influenceurs privés de « fakenews » et autres crypto monnayeurs réfugiés dans ces nouveaux ex-paradis.

Le Président français, vexé qu’on ne l’ait pas prévenu, multiplie les conseils de défense, détourne le porte-avions Charles de Gaulle qui s’entrainait aux confins de la mer Baltique, réforme la doctrine nucléaire française et tente de s’octroyer le leadership d’une Europe légitimement préoccupée. En affirmant avec force qu’il n’est pas en guerre et qu’il ne s’agit là que de protéger le monde d’une escalade nuisible ! Les diplomates s’échauffent.
Au village, on commente la situation sans trop s’émouvoir. « Du moment que tout ça se passe loin de chez nous … », loin des yeux … Cela dit, on craint l’augmentation du fuel domestique et l’on s’empresse de remplir au cours actuel les cuves pour l’hiver prochain. Mais on préfère s’intéresser – il est temps – à la prochaine échéance municipale. Les listes sont enfin déposées, trois cent soixante-dix-sept en Corrèze, souvent uniques -et nous connaissons maintenant les quinze héros courageux, voire téméraires, parfaitement paritaires (Pas facile à quinze !) qui ont finalement accepté la lourde charge d’accompagner pendant les six prochaines années la vie de nos huit cents congénères. Les nouvelles règles leur permettent de croire que, seuls candidats, ils seront élus, sauf s’ils n’atteignent pas le nombre de voix nécessaire. Une seule commune corrézienne n’a pas su présenter une équipe au scrutin suprême. N’oublions pas en effet qu’avec l’élection présidentielle, les municipales sont les préférées des Français. Hors le Président de la République – et encore – le Maire reste l’élu qui rencontre le plus la confiance de ses concitoyens, parfois à quelques frictions près, même si le bien nommé millefeuille administratif érode sérieusement son pouvoir. C’est évidemment ici que l’apprentissage de la démocratie peut se faire, naturellement et de manière plus que concrète.
Le moment est venu des réunions publiques, des projets, des intentions, de promettre de terminer ou proroger, non sans les reconnaître – c’est la moindre des choses – les actions entamées par les équipes précédentes. On envisage quelques modestes progrès. Entre les débats sur l’éclairage public et l’entretien des chemins vicinaux, la rénovation des bâtiments publics et l’enfleurissement du bourg, l’attractivité du village et le retour bienvenu d’une offre de soins acceptable, les langues y vont de leurs avis, de leurs propositions, de leurs manques et de leurs certitudes. Il y a fort à parier que dès l’élection entérinée, chacun retourne à ses occupations en regrettant, mémoire oblige, que rien ne se passe vraiment. Dommage, il serait tellement souhaitable que les habitants de nos petites villes restent sérieusement impliqués tout au long des mandatures … Vœu pieux ?
On verra bien. Au moins aurons-nous bu avec les impétrants de tous bords le traditionnel verre de l’amitié dans une ambiance bon enfant. Nous aurons à cette occasion appris les dernières nouvelles locales et pourrons les évoquer demain, au café du matin, comme toujours dans la plus extrême sérénité.
Puissions-nous ainsi conserver longtemps, au moins ici, ce vrai goût de vivre dans une paix certes approximative, mais réconfortante, et rester avec conviction les indestructibles passagers clandestins de la liberté.