Le basculement mondial vers la gouvernance algorithmique des individus est désormais une réalité qui marque un bouleversement essentiel de notre civilisation : respect de la vie privée et de l’autonomie personnelle, droit à l’autodétermination individuelle sont en passe d’être renvoyés aux poubelles de l’Histoire au profit d’un totalitarisme « soft » analyse notre contributeur Marc Lipskier. Pour Sans Doute, il fait un état des lieux de ce glissement irréversible où seule l’Europe résiste encore (un peu), mais pour combien de temps ? Un texte fondamental pour comprendre le monde qui est le nôtre désormais.
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Qui aurait pu décemment prédire que le chef d’oeuvre de George Orwell publié en 1948, et disponible dans une nouvelle traduction depuis peu, hanterait aussi vite nos démocraties avancées, 80 ans à peine après sa rédaction ? Il était entendu que ce futur effrayant de la surveillance généralisée était consubstantiel du totalitarisme soviétique et certainement pas des sociétés libérales. Résultat l’URSS et ses satellites se sont écroulés mais l’asservissement numérique triomphe partout dans le monde. En exclusivité pour Sans Doute, un réquisitoire de Sylvain Lévy pour défendre ce qui nous reste de liberté.
Pour la première fois, les réseaux sociaux ont dépassé la télévision comme principale source d’information des Américains. Ce basculement n’est pas anodin : le forum s’est mué en fil, l’agora en algorithme. Ce que l’on célébrait naguère comme la démocratisation du savoir devient son paradoxe : un espace collectif en apparence, mais où chacun vit dans une bulle de réalité personnalisée.
Le romancier a-t-il le droit de tout dire au motif qu’il écrit une œuvre de fiction ou doit-il respecter des bornes dont l’absence de prise en compte compromettrait l’ordre social ? Cette question, qui amène à s’interroger sur l’existence de limites à la liberté d’expression, est aujourd’hui au cœur de l’actualité. Elle a, cependant, donné lieu, dès le milieu du XIXème siècle à des procès retentissants.
Discutant à bâtons rompus de l’actualité internationale, un de mes amis me demandait dernièrement à quel moment nous savions que nous sombrions dans le fascisme. Le recul de l’Histoire nous donne des dates qui fixent un moment précis. Qu’en est-il de notre actualité et des évènements qui se déploient sous nos yeux ? Est-on capable d’y déceler la maladie qui nous gangrène ?
« Ce que tu ne dis pas t’appartient, ce que tu dis appartient à tes ennemis », qualifiée de proverbe corse, cette phrase peut servir en toutes occasions, privées comme professionnelles. L’enquête journalistique est un genre plutôt rare et souvent dangereux. Seuls des médias disposant de rédactions solides et nombreuses, de l’écrit ou de l’audiovisuel, peuvent se permettre de laisser enquêter longuement leurs collaborateurs. Soit il s’agit d’un travail d’archives, de recoupements, de témoignages accumulés et de données en images et sont récupérés au gré des contacts et découvertes faites par le/la journaliste. Soit c’est la chance (le hasard n’est fait que de rencontres) qui ouvre soudain une piste à explorer.
Il est de bon ton, depuis la publication en septembre 2024 du rapport de Mario Draghi sur l’avenir de la compétitivité européenne, de présenter l’Union Européenne comme une machine à créer de la réglementation et ce, au détriment de la croissance économique. Ce rapport indique que « les entreprises innovantes qui souhaitent se développer en Europe sont constamment entravées par des réglementations hétéroclites et restrictives ». Il poursuit en opposant cette situation avec celle qui prévaut aux Etats-Unis, en notant que « de nombreux entrepreneurs européens préfèrent se financer auprès d’investisseurs en capital-risque américains et se développer sur le marché américain ».