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Qu’en dirait aujourd’hui le Maréchal Président Patrice de Mac-Mahon devant les débordements de la Garonne ? De la Garonne et de la Gironde, de la Loire, la Maine et la Sarthe, de leurs affluents et de tous les petits ruisseaux alentour. Les prés regorgent d’eau et la Terre n’a plus soif. Le zouave du pont de l’Alma s’inquiète, mais pour lui, c’est une habitude. Une nouvelle chronique pour Sans Doute de notre troubadour de la ruralité, Jean Brousse.
La France est sous l’eau et nous désespérons de nous réveiller un matin sous un rayon de soleil salvateur, fusse-t-il modeste. Les crues succèdent aux crues, Les tempêtes succèdent aux tempêtes, aurons-nous assez de prénoms pour toutes les baptiser ? Le moral est en berne. Un record depuis plus de soixante ans, le territoire est en vigilance de toutes les couleurs, plutôt orange et rouge.
Des milliers de français ont dû abandonner leurs maisons et aucun article 49 alinéas 3 ne saurait permettre de stopper le désastre. Pourtant le printemps tentait bien, ces derniers jours, de poindre. On avait cru percevoir les roucoulements encourageants de quelques audacieuses tourterelles, et le chant joyeux d’un rossignol égaré. Une mousse arachnéenne s’accroche fragilement aux squelettes sculpturaux de grands arbres décharnés fatigués de trop d’hiver.
Cela dit, entre Moscou, Téhéran, Tel Aviv et Washington, le monde entier prend l’eau, de Genève, Istanbul et Oman, des frontières de l’Ukraine au détroit d’Ormuz, des faubourgs de Lyon au cœur de Minneapolis, pour ne citer que ceux-là. L’ex futur candidat au prix Nobel de la paix patine grave. Il aligne ses porte-avions en Méditerranée et en mer d’Arabie, comme autant de petits jouets dangereux, mais il ne sait pas très bien quoi en faire. Bombarder, c’est bien beau, mais quoi, et où ?… Les souvenirs d’Irak n’engagent pas à une opération terrestre. En aurait-il le temps ? Les élections américaines de mi-mandat se profilent. Il reste bien silencieux par les temps qui courent, sauf pour s’offusquer des réprimandes de la Cour Suprême des États Unis, pourtant peuplée de ses amis. Nous pouvons donc craindre le pire.

Au café du matin
Dans nos villages, il y a toujours un estaminet accueillant où l’on peut à loisir faire et refaire le monde. On se plaint évidemment de la pluie, que l’on attendait pourtant avec angoisse cet été, au plus haut d’une sécheresse imprévue, et qui nous encombre maintenant. Nous sommes à cinq cent mètres d’altitude et nos caves ne sont pas encore inondées … Mais on se demande malgré tout si Brive ne pourrait pas bientôt devenir un grand port de l’Atlantique, comme l’avaient imaginé il y a quelques années un groupe aviné d’écrivains sortis des étals de la Foire du Livre.
On commente sans passion les listes électorales des communes alentour, publiées régulièrement dans le quotidien La Montagne, avec force photos « amateur », professions de foi et promesses de circonstance : « Avec votre ville, avec vous, pour vous », « Une nouvelle équipe ! », « Des projets cohérents pour notre communauté », « Poursuivre l’action engagée, assurer la relève ou la continuité ! », « Proximité et renouveau », autant de slogans certes enthousiastes, encore que, mais si peu enthousiasmants.
Chez nous, nous ne savons pas encore quels héros ont décidé de se lancer dans l’aventure. Ici comme ailleurs, les candidats ne se bousculent pas. D’autant que la reconnaissance attendue de l’engagement n’est pas flagrante, et que personne n’a envie de se faire morigéner sur les réseaux sociaux. Combien de maires, d’adjoints ou de conseillers ont démissionné au cours de la dernière mandature ? On a du mal, semble-t-il, à convaincre les citoyennes, pourtant vindicatives, trop timides ou trop lucides, ainsi que les plus jeunes, occupés ailleurs.
Difficile de boucler les listes !
Sauf quand certains « partis » s’emparent du terrain pour préparer la prochaine présidentielle. Pourtant, les associations locales sont actives et dynamiques : le foot, les anciens, le théâtre, la danse, le yoga, la médiathèque, le patrimoine et beaucoup d’autres …
Là sont les initiatives, le partage et les solidarités, le respect mutuel, mais de là à rejoindre un conseil municipal empêché par des règles trop contraignantes et mis à contribution vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Enfin, le nouveau mode de scrutin, inconnu pour l’essentiel, ne fait pas l’unanimité, quand on l’a compris ! Les érudits parisiens ne s’en préoccupent guère, et c’est pourtant d’ici, au cœur du pays, que la démocratie doit renaître et se propager.
La démocratie est ainsi en grande souffrance, quand le monde se réfugie à bas bruit sinon celui des canons, dans des formes sournoises de dictatures inquiétantes. D’ailleurs, plus personne ne sait vraiment bien ce que ce beau mot, Démocratie, signifie : « le gouvernement du peuple, pour le peuple et par le peuple ! » et ne se complait pas dans les violences contemporaines. Or ce peuple est d’abord visible et vivant ici, dans nos campagnes, dans nos bourgades, dans les villages et les petites villes.
Qui y croit encore, sauf à se révolter dans le désordre et sans savoir lorsqu’apparaît un signe flagrant de vague « déni de démocratie » arboré comme un emblème, un manifeste, voire une indignation, inefficace mais tellement utile dans un discours de circonstance. Il faut dire qu’on ne trouve pas facilement de modèle convaincant au plus haut niveau de l’État, où l’on croise peu de ses défenseurs acharnés.
Bref, la démocratie ne fait plus le « buzzz » et le « buzzz » ne fait plus la démocratie, c’est dommage.
Il parait que le maudit anticyclone reviendrait bientôt. Un rayon de soleil serait bienvenu pour accompagner les défilés colorés du Carnaval annoncés pour cette semaine.
