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Depuis longtemps l'industrie du luxe, qui fabrique des objets en série sous le prisme de la désirabilité, a jalousé l'artisanat du prototype, c'est à dire la création artistique. Comme si les géants du luxe souffraient d'un complexe d'infériorité à l'égard des artistes, ou bien qu'il faille estampiller nécessairement la production de masse de sacs à main et de chaussures d'un label de Beau universellement reconnu. Marie-Victoire Chopin raconte aux lecteurs de Sans Doute dans cet article l'étape suivante : comment à l'heure de l'IA qui crée une esthétique à la fois parfaite, mainstream et interchangeable, ce qui distingue est ce qu'on est capable de comprendre, de hiérarchiser, de relier...Le livre devient pour la mode ainsi le symbole de ce monde intérieur réhabilité, car il en est dans l'imaginaire collectif l'essence même. Reste à espérer que le chiffre d'affaires des librairies va vraiment progresser !
Il y a, dans la mode récente, un déplacement presque imperceptible mais assez net pour que les maisons les plus attentives s’y engagent déjà : après avoir longtemps promu le corps, puis l’allure, puis l’appartenance, le luxe semble vouloir véhiculer une forme de profondeur, ou du moins les signes immédiatement reconnaissables de cette profondeur, comme si, dans une économie saturée d’images, la personne désirable n’était plus seulement celle qui possède le bon sac, la bonne veste ou la bonne silhouette, mais celle qui donne l’impression d’avoir lu quelque chose avant de sortir.
La chose pourrait sembler anecdotique, un de ces micro-phénomènes que l’époque transforme trop vite en tendance, si elle ne s’inscrivait pas dans un mouvement plus large, où les livres, les bibliothèques, les lunettes, les cafés silencieux, les rendez-vous de lecture, les notes manuscrites, Susan Sontag, Annie Ernaux, les films d’archives et les silhouettes légèrement professorales composent désormais un vocabulaire visuel aussi codé que l’ont été, il y a peu, les logos, les baskets rares ou les signes discrets du old money.
Le "quiet luxury" évolue aujourd’hui du spectre beige vers le silence des bibliothèques. La nouveauté n’est pas que la mode dialogue avec la culture, puisqu’elle l’a toujours fait ; la nouveauté est que cette culture devient elle-même un accessoire d’identification dans un moment où l’intelligence, ou plus exactement son apparence, acquiert une valeur sociale nouvelle.
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