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"En un rectangle noir et blanc, tel que nous apparaît l’antique tragédie, Picasso nous envoie notre lettre de deuil. Tout ce que nous aimons va mourir, et c’est pourquoi il était à ce point nécessaire que tout ce que nous aimons se résumât, comme l’effusion des grands adieux, en quelque chose d’inoubliablement beau."
Michel Leiris, Cahiers d’Art, 1937.
Sans Doute est très heureux de commencer ses séries de l'été 2026 par ce récit en quatre épisodes de l'histoire exceptionnelle de l'oeuvre d'art la plus connue du XXème siècle : Guernica. Si ce tableau a connu une notoriété aussi exceptionnelle, c'est qu'il dépasse largement de son cadre, pour devenir à la fois le témoin de l'horreur du siècle et le manifeste universel de notre humanité. Pierre-Emmanuel Martin-Vivier, associé aux éditions Norma, s'est attaché, avec le souci du détail et la passion qui le caractérisent à vous en retracer son histoire et son destin totalement hors du commun. A vous de plonger dans le cerveau génial de Picasso et les méandres de l'Histoire.
Troisième partie : L'exil
L’accueil réservé à Guernica dans le pavillon espagnol est profondément contrasté. Les intellectuels de gauche, comme André Breton ou Paul Nizan, restent étrangement silencieux. Leur déception est palpable : ils espéraient une dénonciation frontale des crimes franquistes, mais le tableau, par son langage universel et poétique, les laisse sans voix. Nizan va même jusqu’à qualifier l’œuvre de « bourgeoise ».
Picasso, lui, ne se tait pas. Dans une déclaration au Springfield Republican en juillet 1937, il clarifie sa position : « La lutte espagnole est le combat de la réaction contre le peuple, contre la liberté. Toute ma vie d’artiste n’a été qu’une lutte continuelle contre la réaction et la mort de l’art. Dans le panneau sur lequel je travaille, j’exprime clairement ma haine de la caste militaire qui a fait sombrer l’Espagne dans un océan de douleur et de mort. » Ces mots résonnent comme un manifeste : Guernica n’est pas un tableau politique au sens littéral, mais une œuvre engagée par sa puissance symbolique.
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