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"En un rectangle noir et blanc, tel que nous apparaît l’antique tragédie, Picasso nous envoie notre lettre de deuil. Tout ce que nous aimons va mourir, et c’est pourquoi il était à ce point nécessaire que tout ce que nous aimons se résumât, comme l’effusion des grands adieux, en quelque chose d’inoubliablement beau."
Michel Leiris, Cahiers d’Art, 1937.
Sans Doute est très heureux de commencer ses séries de l'été 2026 par ce récit en quatre épisodes de l'histoire exceptionnelle de l'oeuvre d'art la plus connue du XXème siècle : Guernica. Si ce tableau a connu une notoriété aussi exceptionnelle, c'est qu'il dépasse largement de son cadre, pour devenir à la fois le témoin de l'horreur du siècle et le manifeste universel de notre humanité. Pierre-Emmanuel Martin-Vivier, associé aux éditions Norma, s'est attaché, avec le souci du détail et la passion qui le caractérisent à vous en retracer son histoire et son destin totalement hors du commun. A vous de plonger dans le cerveau génial de Picasso et les méandres de l'Histoire.
Quatrième partie : Enfin chez moi !
Guernica, le cri noir et blanc de l’humanité. Après des décennies d’exil aux États-Unis, où Guernica était devenu une icône de l’art moderne et un symbole de la résistance au franquisme, l’Espagne de Franco tente, à la fin des années 1960, de rapatrier le tableau. Le 24 octobre 1969, Le Monde publie un article intitulé « Guernica à Madrid ? », où M. Florentino Pérez Embid, directeur des Beaux-Arts, déclare : « Le gouvernement du général Franco estime que la place de Guernica – chef-d’œuvre de Pablo Picasso – est à Madrid. »
Près de trente ans après son exil forcé, le régime franquiste fait officiellement part de son souhait de rapatrier le tableau, ce symbole d’une Espagne déchirée. Ironie de l’Histoire : ce même pouvoir, qui avait méprisé tout ce que représentait l’œuvre, cherche désormais à s’approprier son prestige. Cette volte-face s’explique d’abord par des raisons politiques : en récupérant le tableau, le régime espère redorer son image et profiter de l’aura de Picasso, devenu peintre universel. Les dirigeants franquistes conçoivent d’ailleurs le paradoxe dans lequel ils se trouvent : sur sa terre natale, Picasso est absent, alors que son nom rayonne dans le monde entier.
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