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Ce soir, à vingt heures et une minute, la messe sera dite. La politique est faite d’autant de bassesses que -parfois – de noblesse. Dans les grandes villes, le mot d’ordre est souvent la « tambouille » (nouveau terme à la mode) tant une victoire locale est peut-être gage d’une carrière qu’on espère amener au plus haut. Dans les communes plus petites et rurales, les enjeux sont faits d’empathie et de rassemblement pour le bien commun. Notre chroniqueur et troubadour de la ruralité, Jean Brousse nous propose, pour Sans doute, comme une traversée de ces communes citoyennes, forcément citoyennes aurait dit Marguerite.
Les Français non encore pourvus connaitront donc ce soir leurs édiles et leurs conseillers municipaux !
Pour mon indispensable Lonzac, mon village corrézien, c’est bouclé – ou bâclé ? – dès le premier tour, dimanche dernier. Normal, une seule liste en jeu, péniblement accouchée pendant l’hiver tant les prétendants ne se bousculaient pas. Un pâle soleil dans un ciel bleu d’acier réfrigérait le parvis de la mairie, on avait essuyé la veille quelques flocons tardifs. Le bureau de vote était installé comme toujours dans la salle des mariages et du conseil réunis de la vieille mairie. Il faudra la rénover ! A dix-huit heures les opérations étaient closes, et à dix-huit heures trente-cinq le dépouillement terminé et les résultats proclamés devant une quarantaine de curieux impatients. Huit cent cinquante âmes, recensées, six cent cinquante et un inscrits, 35 % d’abstention, cent bulletins blancs ou nuls! Cette liste inédite était évidemment élue avec cent pour cent des voix, mais avec guère plus du tiers des habitants !
Les « éditions spéciales » télévisuelles ont bousculé les commentateurs patentés de la guerre. On relève la lente érosion de la participation et une « poussée » des extrêmes. Le résultat laisse ici un goût amer d’inachevé, largement évoqué cette semaine au café, chez « Denis » ou au « Turlot » : quel choix a-t-on réellement laissé aux électeurs du petit village, objectivement coincés devant un singulier fait accompli.
Quelle légitimité un tel score accorde-t-il aux nouveaux élus ? D’autant que le bon vieux « panachage » qui autorisait autrefois dans ces « petites » communes de rayer certains noms pour en proposer d’autres, une forme de respiration utile, est désormais interdit. Une de ces innovations institutionnelles trop rapides nées dans l’esprit fécond de quelque technocrate frais émoulu confiné dans un bureau ministériel ensoleillé du Faubourg Saint Germain, et de parlementaires irréfléchis – quasi « crypto-gaullo-wokistes » – pressés d’en finir avec ces détails pour eux insignifiants. On s’en remettra sans doute, mais restons vigilants.
Les courageux candidats ne sont bien sûr aucunement en cause. Ici, tout le monde se connait depuis toujours et les connait. Et tout le monde, ou presque se retrouve régulièrement, dans les cafés, au marché les jours de foire, derrière les mains courantes du stade de football le dimanche, chez le boulanger ou à la supérette. On se salue et on s’embrasse. La liste est ici parfaitement multicolore : quelques vieux routiers, anciens conseillers, plutôt des hommes eux-mêmes plutôt mûrs, garantissent la continuité. D’inédites aspirantes – parité oblige – plus jeunes et certainement enthousiastes – affrontaient le corps électoral local pour la première fois, et porteront, espérons-le, un sérieux et frais « coup de jeune » aux délibérations à venir.
Il en est de même dans 93 % des communes du Sud-Ouest, et dans les deux tiers des bourgs et des petites villes françaises ! Mais à quoi sert le vote, exercice démocratique nécessaire, bien qu’évidemment insuffisant comme nos amis russes le confirmeront, quand il prive innocemment le peuple floué du pouvoir d’exprimer ses préférences ? Peut-on alors le blâmer de marquer sa déception, voire son indifférence ou sa désillusion, quand on l’appelle aux urnes. Ses représentants peuvent-ils revendiquer leur représentativité ? Pourtant ce peuple manifeste avec conscience son goût et son intérêt pour la chose collective dans de multiples associations de toutes natures, sportives, culturelles, sociales où le bénévolat fleurit dans notre pays, dans nos villes et nos villages.
Un signe : cette année, plus de trois cent cinquante projets ou expériences issus de partout en France sont soumis au verdict du Prix de la Démocratie, créé en son temps par l’Institut Marc Sangnier et piloté par le quotidien régional Ouest France. Ne nous n’étonnons pas de la perplexité de nos contemporains devant la tristesse affligeante du paysage politique.

La semaine fut laborieuse, entre les douloureuses tractations politiques locales et les mauvaises nouvelles du Moyen-Orient où la guerre continue, mais n’aura point empêché les amateurs passionnés par l’exercice halieutique de sortir leurs lancers légers, leurs cannes au toc, leurs mouches et leurs nymphes, leurs bottes et leurs paniers pour courir taquiner les truites et les ombres de nouveau chassés dans les rivières et les ruisseaux depuis une semaine. La pêche est enfin ouverte.
A ses sources, la « petite Corrèze » – la rivière –, la « Corrèze de Pradines », bouillonne encore des pluies généreuses de l’hiver sur ses galets luisants, fougueuse et libre, au cœur des landes et des bruyères du massif des Monédières. A la faveur d’une éclaircie, d’un inattendu rayon de soleil, certains ont pu profiter d’une éclosion soudaine de jeunes éphémères imprudentes et tenter quelques élégantes « farios » de belle facture pressées de s’en régaler.
Les mousses du petit printemps commencent à habiller d’un voile rose pâle et vert amande les charmilles et les grands arbres à l’horizon. On commence partout à préparer la belle saison. Le lancinant ronronnement des tondeuses recommence à bercer les siestes du weekend. Les oiseaux pépient, on taille les rosiers et l’on apprête les jardins. Les villages se font quelques beautés de circonstance.
Les beaux jours vont revenir, les « parisiens » et les touristes vont retrouver la route de nos campagnes. On inaugure ici une nouvelle baignade, ici des chemins de randonnée réhabilités, et là une base de loisirs, non sans quelques charmantes surprises : dans la riante cité de Beaulieu sur Dordogne, au cœur de la « Riviera » corrézienne, on entame la rénovation de la piscine et l’on découvre la présence de gentilles chauves-souris, espèce hautement protégée. Il a fallu convoquer le mystérieux groupe «mammologique et herpétologique du Limousin » pour, à force d’ultrasons, observer leurs mouvements et procéder à un délogement respectueux et protégé de ces aimables chiroptères. Qu’en aurait pensé ma grand-mère ?
Un exemple parmi de nombreux de l’avalanche de normes, de règles, des embûches et des arcanes qui grignotent sournoisement les pouvoirs et les initiatives de nos nouveaux maires.
Bon courage !
