Partager cet article
Et si la guerre hybride remportait sa plus belle victoire sans tirer un seul coup de feu : en nous poussant à sacrifier nous-mêmes nos libertés au nom de notre sécurité ? Cyberattaques, sabotages, désinformation, pannes inexpliquées et rumeurs incontrôlables : l’ennemi n’a même plus besoin de franchir nos frontières pour semer le doute, nourrir la peur et gripper nos sociétés. Le plus redoutable n’est pourtant pas toujours l’attaque elle-même, mais la manière dont nous y répondons : à force de vouloir tout contrôler, nous risquons de transformer nos démocraties en forteresses sous vidéosurveillance, où la liberté devient une variable d’ajustement. Frédéric Arnaud-Meyer, dans son style inimitable, nous invite à regarder au-delà des postures martiales et des appels à la paix à tout prix, pour poser la seule question qui vaille : combien sommes-nous prêts à sacrifier pour nous protéger, et à quel prix ? Une réflexion qui fait écho à l’avertissement attribué à Benjamin Franklin : « Ceux qui renoncent à une liberté essentielle pour acheter un peu de sécurité temporaire ne méritent ni la liberté ni la sécurité. » Car dans cette guerre-là, la victoire de l’adversaire pourrait bien être de nous voir faire nous-mêmes le travail, avec la meilleure conscience du monde.
Petite anatomie de la guerre à la goutte d’eau
La Troisième Guerre mondiale ne commencera peut-être pas par un champignon atomique. Elle pourrait commencer par un terminal de paiement qui refuse votre carte au supermarché, un hôpital qui perd ses dossiers, un train qui ne part pas et une bande de crétins sur TikTok annonçant que les Russes ont coupé Internet.
Personne ne sait rien. Tout le monde a peur. BFM installe un plateau spécial. Un général à la retraite explique que la situation est préoccupante. Un ministre assure qu’elle est sous contrôle. À cet instant précis, les Français comprennent qu’elle ne l’est probablement pas.
Bienvenue dans la guerre hybride.
Son principe est délicieusement économique : faire chier un maximum de monde avec un minimum de moyens.
Pas besoin de débarquer en Normandie. Quelques cyberattaques, de vraies pannes, de fausses nouvelles, deux ou trois sabotages supposés, une bonne dose de paranoïa et le tour est joué. Le plus beau, c’est que les accidents ordinaires viennent gratuitement alimenter la machine. Encore faut-il, évidemment, démontrer qu’il existe derrière certains événements une intention hostile. La paranoïa n’a jamais constitué une preuve.
C’est la stratégie de la goutte d’eau.
La première goutte agace. La dixième inquiète. La centième donne envie d’acheter un groupe électrogène, trois caisses de conserves et un fusil de chasse. À la millième, plus besoin d’eau. Le bruit du robinet suffit.
Article réservé aux abonnés
Abonnez-vous gratuitement pendant 1 mois
Profitez d'un accès illimité à l'ensemble de nos contenus en ligne et toutes nos newsletters.
Bénéficiez de votre abonnement gratuit