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“Allons enfants de la patriiiiie !!” Notre hymne national va probablement beaucoup retentir dans les mois à venir. Les candidats à la présidentielle ne manqueront pas de l’entonner avec autant de ferveur que d'obligation à la fin de leurs réunions de campagne. Mais on peut se demander si les paroles de La Marseillaise ne vont pas devenir obsolètes tant le nombre d’enfants de la patrie tend à décliner et que ce déclin s'accélère. Si les questions relatives au pouvoir d'achat, à la dette publique, à la sécurité ou à l'immigration, sujets éminents, ne manqueront pas d’être débattus, le thème qui devrait pourtant les dominer -comme un anneau permet de gouverner tous les autres- est celui de la natalité. Une nouvelle analyse puisée aux meilleures sources et légèrement iconoclaste de notre spécialiste des études statistiques, Jobic de Calan.
La question de la natalité n’est pas absente du débat national mais elle ne s’impose jamais au bon moment. Articles, émissions ou études lui sont consacrés mais ils émergent par petits bouts un peu comme en son temps le monstre du Loch Ness quand l’actualité faiblissait. Un livre ou un rapport de l’INSEE remettent ce thème au-dessus de la pile avant d’être avalés par des enthousiasmes immédiats et de nouvelles polémiques. Outre son rapport au temps long et son absence d’objet polémique intrinsèque, qui ne permet pas d'entretenir le feuilleton médiatique, débattre de la natalité ne rentre pas dans les canons d’une époque où gouverner rime de moins en moins avec prévoir et de plus en plus avec sur-réagir.
Ainsi, l’annonce en 2025 d’un solde négatif, hors immigration, pour la première fois depuis la fin de la seconde guerre mondiale a créé un léger frisson qui s’est vite évanoui. Certaines personnes ont pu parler de panique démographique (titre du livre d’Anne–Cécile Mailfert aux éditions Les Petits Matins, 2026), expression si lacanienne, pour décrire et critiquer l’effroi que cette crise à fragmentation lente provoque.
La publication de ce chiffre aurait pu être l’occasion de revoir l’ensemble des politiques mises en œuvre en la matière et d’en proposer de nouvelles. Mais comme dans beaucoup de domaines, peu d’études sont menées a priori et a posteriori pour évaluer les résultats et aussi pour poser des constats qui permettraient de fixer des objectifs et d’y associer des actions correctives. L’état de la science et de la recherche, qui ne cessent de s’enrichir, ne semblent pas non plus passionner une large partie des fabricants d’opinions et des politiques.
Ce qui rend la natalité si enthousiasmante et complexe à appréhender est qu’elle illustre les limites du politique dans un pays où, de gauche comme de droite, élus, intellectuels et journalistes aiment proclamer que tout est politique et qu’en conséquence l’Etat est légitime à se mêler de tout, encore plus depuis le traumatisme Jospin (“il ne faut pas attendre tout de l’État ou du gouvernement” avait-il déclaré, Premier ministre en exercice, le 13 septembre 1999) et sa non-qualification pour le second tour de l’élection présidentielle trois ans plus tard.
Plus aucun responsable public n'ose dire que l’Etat ne peut pas tout, pas même faire faire plus d'enfants de la patrie. La campagne de réarmement démographique, effrayante expression, lancée en janvier 2024 par le président de la République, qui n’a pas lui-même d’enfants, illustre cette aporie qui consiste à vouloir transformer un sujet si intime en politique publique. Il n’existerait pas de meilleur moyen de détourner les Français de cette ambition nataliste qu’en transformant leurs enfants en objets militaires.
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