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Jamais une innovation n'aura autant occupé les conversations professionnelles comme personnelles. Jamais autant de prophètes n'auront prédit la fin du travail, de l'Occident ou de la civilisation (rayez deux propositions de votre choix). Mais jamais autant une invention n'aura été adoptée aussi vite par le public le plus large. Fort de ces paradoxes, notre contributeur Louis-Charles Viossat nous prévient en "honnête homme" qu'il faut toujours prendre du recul face aux marchands de malheur et revenir aux fondamentaux de l'analyse pour examiner l'impact de l'IA sur notre vie : statistiques incontestables, distinction absolue entre coïncidence, corrélation et causalité, recul permettant des études comparatives de temps long. Bref, en fidèle de la mission de Sans Doute, un peu de complexité face au simplisme et aux jugements définitifs.
Chaque époque se choisit ses prophètes de malheur. Autour de l’an mil, certains clercs lisaient dans les guerres, les épidémies et les phénomènes célestes les signes avant-coureurs de l’Antéchrist et du Jugement dernier. À l’approche de l’an 2000, les experts en informatique annonçaient que le bug du millénaire paralyserait les banques, clouerait les avions au sol et désorganiserait les administrations. En 2020, au moment du COVID, certains experts et commentateurs ont parfois présenté comme probables des scénarios qui relevaient davantage de l’hypothèse que de la prévision, à partir de modèles conçus pour éclairer la décision dans un contexte d’incertitude.
Aujourd’hui, l’intelligence artificielle générative et agentique a pris le relais. Pas un jour ne passe sans que l’on annonce la disparition de millions d’emplois, à commencer par ceux des jeunes, et le bouleversement imminent de toute l’organisation du travail. Un récent article du Monde consacré à la peur des jeunes de devenir obsolètes n’est qu’une illustration, parmi beaucoup d’autres, de ce climat de défiance et de psychose. Au point que, selon OpinionWay, 61 % des étudiants se disent désormais inquiets pour leur avenir professionnel à cause de l’IA.
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