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Plus de soixante ans après l’indépendance de l’Algérie, la relation entre Paris et Alger reste essentielle même si elle a toujours été difficile, malgré les efforts faits de part et d’autre pour tourner la page de la colonisation. Les présidents Chirac puis Macron ont voulu réconcilier les deux pays, sans succès pour l’instant. Les rapports franco-algériens ont même connu encore récemment la crise la plus grave depuis 1962. Comment expliquer une telle situation, unique dans les relations entre la France et ses anciens territoires coloniaux alors que leurs intérêts communs sont évidents. Pour son premier texte pour Sans Doute, Denis Bauchard, ancien ambassadeur et ancien directeur de l'Afrique et du Moyen-Orient au Quai d'Orsay, revient sur le processus de normalisation en cours entre les deux pays, tout en soulignant sa fragilité.
Un passé qui ne passe pas
Il est clair que le roman national de l’Algérie et celui de la France ne se rencontrent pas et qu’ils sont tous les deux truffés d’inexactitudes.
Lorsque l’on se rend en Algérie, on est frappé de voir à quel point les 132 ans de période coloniale ont marqué le pays. Dans certaines villes ou villages, on a l’impression de se retrouver dans une localité française, avec ses monuments publics, sa mairie, son église, sa place centrale, son théâtre. Certes les rues ont été rebaptisées du nom des « martyrs de la guerre de Libération », souvent inconnus de la population, mais dans le langage courant, on continue à utiliser les noms anciens des principales artères : rue d’Isly et rue Michelet à Alger, rue Nationale et les Arcades à Constantine. Au siège de la Willaya de Constantine, qui occupe un bâtiment de la fin du XIXème, qui ressemble à n’importe quelle préfecture française, les noms des anciens préfets sont rappelés suivis de ceux des walis nommés depuis l’indépendance. La langue française reste, sauf exception, notamment au ministère de la Justice, la langue de travail dans le style administratif français le plus pur. Les ministres dans leurs discours publics mêlent français et arabe. Les matches de football français de Ligue 1 et 2 sont suivis avec une attention soutenue. Le Lycée français Alexandre Dumas à Alger n’arrive pas à satisfaire les demandes d’inscription insistantes provenant des élites du pouvoir, sûrs d’y trouver un enseignement de qualité. Il en est de même des Instituts de France. Le rêve de tout jeune est d’obtenir un visa pour notre pays. Les élections françaises, présidentielles ou législatives, sont suivies avec beaucoup plus d’attention voire de passion que les élections algériennes qui se déroulent dans l’indifférence. De nombreux responsables algériens possèdent une maison ou un appartement et un compte en banque en France.
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