Partager cet article
Les hordes de vacanciers sont – presque – toutes rentrées vers Paris ou la région parisienne, et dans les métropoles locales. Bison futé n’y a vu que du noir bien foncé. Il peut maintenant se reposer jusqu’au weekend de la Toussaint.
On a rangé les maillots de bain, les bermudas, les tee-shirts colorés et les chemises en lin immaculées, les casquettes à fleur et les crèmes solaires. On a bu un dernier spritz au bar de la plage, après un dernier tour au dernier marché de pays. On en rapporte des « mélocos » et des bouquets d’herbes et de fleurs, histoire de tirer à la ligne ces quelques jours, encore protégés des vicissitudes du quotidien. Les derniers festivals ont rangé leurs caravanes.
Les prés du Périgord et du Limousin sont roussis par une canicule exemplaire, comme les instances politiques saisies par un sacré coup de chaud. Les feuilles des arbres sont pour beaucoup tombées. Le tulipier au fond du jardin ne rougira pas cette année : il est déjà chauve. Les vaches ont soif, et se regroupent ensemble, sous de maigres ombrages, mais elles se sont bien comportées au dernier festival de l’élevage de Brive, un succès, comme d’habitude. « Chaleur féroce, moissons précoces !» *.
Les stocks de foin se dispersent et les maïs inquiètent, comment nourrir le bétail, cet hiver ? On fait évidemment le sinistre bilan des incendies qui ont ravagé l’Aude, le Var et les Bouches du Rhône. Les giboulées aoûtiennes et des orages enragés ont quelque peu rafraichi les corps et les esprits. Le ciel gris rend moins douloureux le retour au travail. On note enfin, au café du matin, des hauteurs de pluie significatives déversées pendant la nuit. Malheureusement pas assez pour réveiller une terre de cendres, reverdir des prairies asséchées et recharger des sources épuisées. De tout temps, on a su, dans ce coin de Corrèze, qu’après le 15 août, le climat change radicalement. Certains prétendent même que l’hiver commence le 16.
Il n’empêche, les divagations météorologiques de l’été n’ont pas suffi à faire mentir les dictons. Il faudra beaucoup plus d’eau pour déclencher de jolies poussées de cèpes et de girolles : les alertes rouge et orange font peur aux champignons. Dans les régions viticoles, les vignerons semblent satisfaits de la qualité des raisins. Ils ont dramatiquement avancé l’heure des vendanges, et nous espérons de jolies cuvées pour nous consoler.

Les parents courent les papeteries et les grandes surfaces pour compléter l’armement de leur progéniture : c’est la rentrée des classes pour douze millions de têtes blondes ou brunes. Les cartables neufs sont encore incomplets ; que n’a-t-on pas fait le plein en juin, c’était moins cher ! Au moins n’aura-t-on pas besoin de fournir aux collégiens le smartphone dernier cri : ils sont désormais interdits en classe, comme le thon dans les cantines.
Les profs n’ont pas encore terminé d’annoncer la liste des fournitures indispensables. Certains se demandent sans doute s’ils iront à l’école le 10 septembre, à l’appel d’un mystérieux mouvement collectif décidé à bloquer le pays ; au cas où il ne le serait pas, sous la pression d’un premier ministre, néo Saint Sébastien, qui se demande, après deux mois de réflexion, si les Français, ou au moins leurs représentants, lui feraient encore confiance. Lesquels représentants se préoccupent d’ailleurs bien plus de tactiques picrocholines que d’intérêt général. Les grèves menacent. Les indicateurs « clignotent ».
Les chaînes de radio et de télévision rodent leurs nouvelles grilles « de rentrée » et s’en donnent à cœur-joie sur les chaines complaisantes. Les journalistes, les éditorialistes et les experts sont encore bien bronzés et reprennent leurs marques. Brunet apparaît sur LCI et nous avons perdu Anne Sophie Lapix. Tous jonglent entre l’inévitable et le terrible feuilleton de la guerre en Ukraine – où les célèbres Donald et Vladimir continuent leur partie de ni oui ni non -, le drame de Gaza et les péripéties d’une France auto-anesthésiée qui peine comprendre qu’il conviendrait de se prendre en main.
Bref, les politiques s’invectivent, les partis ont pour l’essentiel achevé leurs universités d’été et la foire de Chalon en Champagne ouvre sa kermesse post estivale : toutes nos édiles y passeront. Les quotidiens ont arrêté de publier leurs jeux pour vacanciers oisifs, les matches de foot et de rugby ont repris, les jours raccourcissent. Le ciel est gris et la dette continue de grimper.
Pas de doute, c’est bien la rentrée !
- La Montagne, 15 juillet