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Quand les bornes sont franchies, il n'y a plus de limites, nous le savons depuis la formule caustique de François Ponsard en 1853. Didier Holleaux notre spécialiste des énergies fossiles, revisite pour Sans Doute le discours sur le pétrole vénézuélien de Donald Trump à cette aune, pour en dénoncer tous les effets pervers. Ces déclarations, suite à son assaut sur le Venezuela, pourraient en effet déstabiliser l’industrie pétrolière mondiale, en commençant paradoxalement par les entreprises américaines.
Dans les déclarations, passablement décousues, du président Trump le soir du 3 janvier 2026, après l’intervention américaine au Venezuela, le mot « pétrole » est prononcé 14 fois, dans quatre passages différents, et les affirmations les plus hasardeuses y côtoient l’esquisse d’une doctrine juridoque sur les hydrocarbures qui pourrait bouleverser toute l’industrie pétrolière.
Commençons par une contre-vérité, pour ne pas perdre les bonnes habitudes.
« L’embargo sur tout le pétrole vénézuélien reste pleinement en vigueur. »
(NDLR : toutes les citations de cet article sont des traductions de l’allocution de Donald Trump dans la nuit de la capture de Nicolas Maduro)
Cette courte phrase est deux fois mensongère. D’abord parce que l’embargo ne porte pas sur tout le pétrole vénézuélien, puisque Chevron, compagnie californienne qui opère au Venezuela, échappe aux sanctions et exporte du brut aux Etats-Unis. Ensuite parce que depuis plusieurs semaines, avec la prise de contrôle de navires pétroliers chargés de pétrole vénézuélien par la marine américaine pour les conduire dans des ports américains, on est passé de l’embargo (qui consiste à interdire des exportations ou des importations par des moyens juridiques) à des actes qui relèvent de la guerre (blocus) ou de la piraterie.
Les embargos pétroliers ont été assez nombreux dans l’histoire récente (Irak, Iran, Russie, Venezuela, etc. sans compter l’embargo américain sur leurs propres exportations de brut entre 1976 et 2016). Ces embargos ont pu porter sur les prix, sur la totalité ou seulement une partie des volumes produits. Les États soutenant l’embargo ont pu sanctionner les compagnies productrices, les navires, les intermédiaires, les clients, mais je n’ai pas souvenir qu’on ait utilisé l’armée pour détourner une cargaison.
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