On a parfois voulu faire de Matthieu Pigasse un « Bolloré de gauche ». La formule est commode, mais elle rate sa cible. Vincent Bolloré a bâti, à partir de l’entreprise familiale, un empire industriel devenu machine d’influence ultra-conservatrice. Matthieu Pigasse, lui, appartient à une autre espèce du capitalisme hexagonal : celle des hauts fonctionnaires passés par l’État, enrichis dans la banque d’affaires, puis revenus dans le débat public par les médias, la culture et la politique. Il n’a ni la masse financière d’Arnault, ni la profondeur industrielle de Bolloré. Mais contrairement au patron de LVMH, qui préfère l’ombre portée de son empire à la lumière des plateaux, Matthieu Pigasse semble chercher depuis quelque temps l’exposition maximale : interventions publiques, confidences politiques, groupe de presse mobilisé, ambition présidentielle à demi avouée. Son pouvoir tient moins à la possession d’un empire qu’à sa capacité à circuler entre les guichets de l’État, les dettes souveraines, les rédactions, les festivals et les ambitions présidentielles. C’est précisément ce qui le rend plus intéressant que Bolloré : non parce qu’il serait plus puissant, mais parce que sa trajectoire dit quelque chose de plus intime sur le capitalisme français.
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Combattre les idées du Rassemblement National est légitime. C’est même un devoir au vu des enquêtes des instituts de sondage, qui toutes placent les 2 candidats potentiels d’un parti, dont le programme et l’idéologie sont en rupture avec notre pacte social et républicain, très largement en tête au premier tour de la prochaine élection présidentielle. C’est la mission que le banquier d’affaires Matthieu Pigasse a assigné aux médias qu’il possède notamment, le journal Les Inrockuptibles et Radio Nova. À écouter pourtant les animateurs de Radio Nova qui, sous couvert d’humour, souhaitent que l’ancien Premier ministre Gabriel Attal soit atteint d’un cancer du pancréas et appellent au meurtre contre Sophia Aram, il est permis de douter, au-delà de l’émotion légitime soulevée par de tels propos, que ce soit la meilleure manière de gagner la guerre culturelle contre le Rassemblement National. Si le visage de la gauche anti-RN est celui-ci, alors il y a même fort à parier que c’est le contraire qui se produira. Un éditorial de notre directeur de la publication, Edouard Boccon-Gibod.
Les récentes élections en Allemagne ont été une lourde déconvenue pour le SPD (le parti socialiste local). Certes, ses dirigeants tentent de minimiser l’ampleur de leur défaite. Ils mettent en avant le fait que le parti a été victime de l’usure du pouvoir et semblent considérer qu’en fin de compte, la faiblesse relative de la victoire de la CDU (la démocratie chrétienne) obligeant celle-ci à s’allier avec eux, ils vont malgré tout rester au pouvoir. Il n’en reste pas moins que le SPD qui recueillait 43% des suffrages dans les années 1970 n’en a obtenu que 16,4% cette année.