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Habitué des paraboles, Frédéric Arnaud-Meyer nous livre un nouveau texte dont il a le secret sous forme de psaume pour dénoncer la pratique verticale du pouvoir de Donald Trump, comme si elle était de droit divin. Sous chaque verset, une référence… à vous de jouer avec.
Le Président se lève.
Il ne crée pas le monde en sept jours, non — il signe des décrets.
C’est plus rapide. Plus propre. Plus moderne.
Au commencement était le verbe, et le verbe disait :
« The executive Power shall be vested… »
Et l’exécutif vit que cela était bon.
Alors il sépara la loi de l’application de la loi,
et appela l’une Congrès,
et l’autre Moi.
Il n’a plus besoin de prophètes.
Il a des agences.
Des prêtres en costume sombre, assermentés, silencieux, interchangeables.
Ils ne parlent pas en paraboles mais en mémos.
Ils n’excommunient pas, ils révoquent.
Le Président n’ordonne pas :
il oriente.
Il ne ment pas :
il recontextualise.
Il ne gouverne pas :
il exécute.
Et dans ce verbe-là, exécuter,
il y a toujours un léger bruit de guillotine administrative.
La Justice s’éclaircit la gorge.
La Presse s’agite comme une basse-cour sous amphétamines.
Mais l’exécutif unitaire sourit.
Un sourire de mécanicien devant un moteur ouvert :
« Regardez, tout est là.
Si quelque chose fuit, c’est que vous avez mal regardé la Constitution. »
La Constitution devient alors un texte sacré à géométrie variable.
On y lit ce qu’on veut, surtout ce qui arrange celui qui tient le stylo.
L’État de droit ?
Un vieux meuble en chêne.
Solide, mais encombrant.
On le pousse contre le mur pour faire passer la machine.
La séparation des pouvoirs ?
Très belle en photo.
Un concept décoratif comme une moulure républicaine
Très fragile sous pression.
Le président n’est plus un arbitre.
Il est le chef d’orchestre, le chef de chantier, le chef de guerre,
et parfois le chef de famille qui explique que tout cela,
Presque sexy.
Un seul responsable. Une seule voix. Une seule tête à couper si ça rate.
Sauf que — détail technique —
quand tout dépend d’un seul homme,
tout commence à lui ressembler.
Ses colères deviennent doctrine.
Ses silences deviennent jurisprudence.
Ses intuitions deviennent politique publique.
Et soudain,
Le droit pénal ressemble à un conseil consultatif.
L’éthique à une option payante.
La démocratie à un bug qu’on corrigera plus tard.
C’est toujours comme ça que ça commence.
Pas avec des bottes.
Avec des PowerPoint.
Pas avec des coups d’État.
Avec des notes de service.
Pas avec Dieu qui descend sur Terre.
Mais avec un homme qui se regarde dans le miroir de l’exécutif
Et se dit :
« Finalement… pourquoi pas moi ? »
Verset final
Quand le pouvoir devient unitaire,
La responsabilité devient théologique.
Et le citoyen, lui,
Prie pour que le Président ne confonde jamais
Gouverner
Et être l’Univers.
Dis-moi Donald jusqu’où tu veux pousser le blasphème