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Une plateforme publicitaire vient de penser à la place de l’art ce que devient l’auteur à l’ère de l’intelligence artificielle. Ou comment le sang de notre collectionneur émérite et grand spécialiste du monde digital, à moins que ce ne soit le contraire, Sylvain Lévy n'a fait qu'un tour. Il exprime aux lecteurs de Sans Doute sa colère de voir le (très puissant) syndicat des acteurs américains, la SAG-AFTRA, avoir réussi à imposer le versement de droits même lorsque un producteur a recours exclusivement à l'intelligence artificielle, là ou les institutions culturelles des beaux-arts sont incapables de penser une gouvernance à la hauteur des ruptures technologiques actuelles.
Le 23 avril 2026, la société américaine de paiement Extreme Reach a mis en service la première plateforme de rémunération destinée aux interprètes générés par intelligence artificielle. La presse culturelle a peu retenu cet événement, le classant parmi les nouvelles d'ordre industriel. Je pense que c'est une erreur. Derrière l'apparence d'une innovation logistique, le dispositif tranche une question que l'on croyait suspendue depuis des siècles : que devient la valeur du geste lorsque le geste se détache du corps qui le produit ? Qui paie, et à qui, quand personne n’a joué ?
Quarante ans de collection m’ont appris une chose simple. Une œuvre n’est pas un objet, c’est une décision humaine déposée dans le temps. Le 17 octobre 2005, dans l’atelier de Yang Jiechang, à Shanghai, j’ai vu l’artiste écarter sans commentaire trois feuilles d’encre déjà achevées, car elles « en disaient trop ». Lorenz Helbling traduisait. Ce jour-là, j’ai compris, plus que dans aucune lecture, ce que l’on tente de nommer depuis Aristote : l’œuvre tient à l’acte de refuser autant qu’à l’acte d’accomplir.
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