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Le 25 mars, à l’Assemblée nationale, la ministre Aurore Bergé s’est gravement exprimée sur l’antisémitisme ; affirmant que « l’antisémitisme en France, aujourd’hui, ce sont deux chiffres et trois lettres ; deux chiffres : 1570 actes antisémites en 2024 […] et trois lettres : LFI ».
Le tollé alors provoqué dit le refus de cette gauche de regarder la réalité en face. Et pour cause, cette gauche se défend de tout antisémitisme, jouant sur les mots, malgré les insinuations, les « dog whistle » (propos anodins que ne comprennent que les initiés), les accusations à l’emporte-pièce, les caricatures les plus crasses, qui entraînent la mise en danger des Français juifs.
Ces multiples et incessantes déclarations parlent à des jeunes qui ont intégré l’idée que l’antisémitisme est nécessairement d’extrême-droite et que, comme ils sont de gauche, dans le camp du Bien, dans le camp des dominés, il est impossible qu’ils soient antisémites. Ces jeunes résument l’antisémitisme à ce qu’ils ont appris à l’école, exactement comme le disait un journaliste du Monde, en 2006 sur le plateau d’Arrêt sur images face à l’assassinat d’Ilan Halimi : « ce n’est pas antisémite car l’antisémitisme, c’est les nazis ».
Il vrai que l’école n’enseigne que celui-ci. Elle l’explique, en étudie les images, de celles-là même qui ont servi à LFI pour caricaturer Cyril Hanouna en faisant mine de ne pas savoir… À qui Mélenchon peut-il faire croire cela ?! Aux salles qui l’applaudissent visiblement… et c’est le plus inquiétant. Ces gens qui, si on est optimiste, ignorent qu’ils souscrivent à un antisémitisme de bas étage, car ils sont de gauche…
Un antisémitisme polymorphe
Certes, mais c’est oublier qu’il a existé un antisémitisme de gauche qui assimilait les juifs, par ignorance, au capitalisme et à la bourgeoisie, avant que l’affaire Dreyfus fasse basculer la gauche dans la lutte universaliste… Mais cet antisémitisme-là n’a jamais disparu. Nous savons combien d’hommes de gauche ont sombré dans l’antisémitisme collaborationniste, de Jacques Doriot, ancien du PCF, à Marcel Déat ancien de la SFIO en passant par Pierre Laval, le chef du gouvernement, celui-là même qui livra 4000 enfants juifs aux nazis en août 1942…
Non, la gauche n’a jamais été exempte d’antisémitisme. Qu’on se souvienne que Paul Rassinier, le père du négationnisme, était un ancien de la SFIO et qu’à partir du moment où l’État d’Israël a basculé dans le camp des démocraties occidentales, l’URSS et les régimes communistes ont associé le sionisme à un impérialisme et cherché à le disqualifier, s’appuyant sur les masses arabes et musulmanes pour ériger le sionisme en prétendu projet colonial et raciste.
Il n’y a donc rien de nouveau aux propos répétés ad nauseam par les députés LFI et leur chef sur le caractère prétendument raciste, car « génocidaire », de l’État d’Israël. Il n’y a rien de nouveau à faire de « sioniste » une insulte. C’est ce qu’avait fait Staline en faisant assassiner des médecins juifs, dans le procès truqué des « blouses blanches » (1953) ou la Tchécoslovaquie communiste en accusant les 11 juifs (sur 14 accusés) du procès de Prague d’être des « sionistes » (1952) ou encore la Pologne communiste quand, en 1968, elle organisa une campagne antisémite dans le pays même qui fut l’épicentre de la Shoah, campagne qui poussa des milliers des derniers juifs du pays à partir.

A-t-on oublié l’attentat de l’aéroport de Lod en 1972 quand les assassins étaient des militants de l’armée rouge japonaise (26 morts) ou la prise d’otages d’Entebbe en 1976, quand deux militants proches de la Fraction Armée Rouge allemande accompagnaient les tueurs palestiniens ? Alors non, il ne s’agit pas d’un antisémitisme racialiste, même si aujourd’hui, véritable glissement, LFI et Jean-Luc Mélenchon n’hésitent plus à en reprendre les codes.
Le fantasme anticolonial délirant voit en Israël le dernier avatar du colonialisme occidental quand les juifs ont enfin réussi à ne plus être en situation de minorités, dans tous les sens du terme, et donc à ne plus être à la merci de gouvernements ou de politiques changeantes à leur égard ; quand les juifs ont réussi à être décisionnaires de leur avenir, d’être enfin majoritaire dans un État, le leur. Le sionisme, mouvement d’autodétermination et de libération nationale est un mouvement de décolonisation du sujet juif.
La gauche radicale prétend savoir ce qui est bon pour les juifs et leur propose, tout simplement, de ne pas avoir d’État, comme si on disait aux Français : vous n’avez pas le droit d’avoir la France. La gauche radicale dit-elle cela pour un autre pays ? Pour un autre peuple ?
La gauche radicale décide qui est bon juif (non sioniste) et qui est un mauvais juif (sioniste). Ce n’est pas une approche racialiste, mais c’est une approche qui stigmatise l’immense majorité des juifs. Les cibles, comme sujets politiques, en donne une vision négative et légitime de s’en prendre à eux. Est-ce de l’antisémitisme ? Comme l’était celui de l’URSS et des pays du bloc de l’Est.
La stratégie actuelle de la gauche radicale, parce que la fin justifie les moyens, la pousse à s’associer, dans les manifestations de rue, aux islamistes pro-palestiniens, suivant en cela la stratégie mise en place par Chris Harman du « Socialist Workers Party » (trotskiste). Celui qui a théorisé la nécessité d’une alliance des révolutionnaires avec les masses musulmanes, et donc aussi les islamistes , dès lors perçus comme de potentiels agents disruptifs des modèles politiques honnis. N’oublions pas que nombre de cadres de LFI ont été formés dans les mouvances trotskistes.
Il faut enseigner l’histoire de l’antisémitisme et des racismes en classe, sortir de l’idée que l’antisémitisme nazi serait le seul. Faire comprendre quels sont ses autres manifestations, ses autres déclinaisons.
Quant à la gauche, celle qui est l’héritière de cette gauche humaniste et universaliste, des Jaurès, Blum et Zay, elle doit construire un cordon sanitaire autour de LFI. Être de gauche ne garantit pas d’être dans le camp du Bien, il serait temps de sortir de cet angélisme qui est d’abord le résultat de l’ignorance.