Partager cet article
Didier Holleaux est l’auteur de "La vraie histoire du gaz" (ed. Le Cherche-Midi, 2024). Dans cette tribune en exclusivité pour Sans Doute, notre contributeur expert du secteur des énergies fossiles, essaye d’évaluer les conséquences possibles et documentées de la guerre contre l’Iran dans le domaine du pétrole et du gaz. Un exercice rendu compliqué cependant par l’insuffisance d’informations fiables sur les dommages subis par les installations industrielles et portuaires. Une parfaite illustration des « brouillards de la guerre ».
Avec l’interruption de la circulation des navires dans le détroit d’Ormuz et l’arrêt de la production de GNL au Qatar, le marché du gaz, et en particulier le marché du gaz naturel liquéfié (GNL) est profondément bouleversé par la guerre israélo-américaine contre l’Iran. La situation est plus classique pour le pétrole, car cette crise ressemble à toutes les crises d’approvisionnement précédentes.
Ce qui est certain c’est que le blocus d’Ormuz était hautement prévisible dès lors que la première offensive de la coalition israélo-américaine a porté sur la tête du régime et des cibles autres que nucléaires, montrant bien que l’objectif n’était pas le programme nucléaire iranien mais le régime et les capacités économiques et militaires du pays. Dès lors, dans une défense du faible au fort, l’Iran n’a pas d’autre stratégie possible que d’infliger un maximum de dommages à tous ceux qui appartiennent peu ou prou au camp d’en face.
Pour autant, il est difficile de se faire une idée précise des effets durables de cette guerre tant les incertitudes sont nombreuses.
La première incertitude est la durée de ce conflit (ou la durée pendant laquelle Ormuz sera bloqué).
Notons que la situation est, de ce point de vue, différente pour le gaz et le pétrole.
S’agissant du GNL, il n’y a que deux producteurs dans le Golfe Persique: Abu Dhabi et le Qatar, qui produisent respectivement en temps normal 6 millions et 77 millions de tonnes par an. Mais dès les premiers jours du conflit l’Iran a envoyé des engins sur le gigantesque complexe industriel de Ras Laffan au Qatar et le Qatar a immédiatement stoppé sa production. Quant à Abu Dhabi, outre que sa production est moindre, et que nous n’avons pas d’information sur d’éventuels dommages de guerre causés à ses installations, sa production est de toutes façons stoppée faute de capacité de l’évacuer.
Or le redémarrage d’un train de liquéfaction de gaz est une opération complexe qui est en général estimée à deux semaines. La probabilité que l’un de ces pays prenne le risque de redémarrer sa production sur la seule promesse que les méthaniers (navires qui transportent le GNL) seront escortés dans le détroit d’Ormuz parait faible, d’autant plus que les méthaniers sont des navires reconnaissables, hauts sur l’eau, longs (315 mètres pour les navires qataris dits Q-flex), donc des cibles faciles pour un drone aérien ou naval, une torpille, etc.
Par ailleurs les Etats-Unis étant exportateurs de GNL, la réouverture du détroit aux méthaniers, qui est vitale pour l’Europe et l’Asie du Nord-Est (Corée, Japon, Taiwan) leur est indifférente.
On peut donc raisonnablement penser que le compte à rebours pour le redémarrage des usines GNL commencera à la fin du conflit et non lors d’une hypothétique réouverture du détroit contre la volonté iranienne.
Article réservé aux abonnés
Abonnez-vous gratuitement pendant 1 mois
Profitez d'un accès illimité à l'ensemble de nos contenus en ligne et toutes nos newsletters.
Bénéficiez de votre abonnement gratuit