Société

Qui a peur de la fête ? 

Pour son premier texte pour Sans Doute, notre nouveau contributeur Rémi Engrand, doctorant en géographie sociale, spécialiste reconnu de la politique de la Ville et désormais maire-adjoint de Chanteloup-Les-Vignes, revient sur un phénomène social qui a désormais trop souvent tendance à se dissoudre dans le spectacle : la fête. L’occasion pour lui de nous rappeler que réunir une population dans un lieu pour une manifestation festive n’est pas rassembler les mêmes, mais accueillir ceux que tout sépare. Une démocratie se mesure aussi à sa capacité de produire de tels lieux, où des inconnus éprouvent, le temps d’une soirée, une présence commune. Un texte en forme de manifeste pour réapprendre la fête comme un art d’habiter ensemble.

Le Syndrome de Jonas : engloutis sur la file de gauche.

Au cours d’un banal trajet sur l’autoroute, une collégienne demande à la voiture électrique dans laquelle elle roule de lui concevoir un programme de révisions pour son prochain contrôle d’histoire. La machine s’exécute, endossant le rôle du précepteur. Mieux encore, la machine encourage la jeune femme. Derrière cette anecdote en apparence anodine se cache un séisme anthropologique majeur. En déléguant à des véhicules, à des brosses à dents ou à des balances connectées la capacité de structurer notre propre pensée, l’humanité franchit un cap irréversible. Du premier éclat de silex taillé par nos ancêtres jusqu’aux algorithmes embarqués de la Silicon Valley, roulons à vive allure au cœur de la plus grande opération d’externalisation cognitive de l’histoire humaine. Une ère où l’outil ne se contente plus de prolonger la main, mais prétend modéliser notre intellect. Une fois de plus, pour Sans doute, Marc Lipskier semble avoir fait voeux de nous déciller devant notre fascination vis-à-vis des IA et autres « machines » qui ont envahi notre quotidien. Il nous rappelle que l’externalisation technologique devient une entrave dramatique à l’acquisition de connaissances profondes et pérennes. 

La main, la donnée, et le fantôme du chef étoilé

À Changsha et Shenzhen, des entreprises entraînent des humanoïdes à partir des gestes humains. Mais que reste-t-il d’un savoir-faire lorsque la main devient donnée — et que la transmission se confond avec l’enregistrement ? Après le football hier grâce à Marc Lipskier, Sans Doute explore aujourd’hui grâce à Sylvain Lévy cette obsession à vouloir tenter de donner aux robots humanoïdes tout le savoir-faire de l’homme, comme pour mieux préparer notre disparition. Est-ce vraiment cela que nous voulons ? Un nouveau texte essentiel pour réfléchir à l’avenir de notre civilisation.

Revoir la Ballade de Narayama 

Ce 30 juin, l’Assemblée Nationale va se prononcer par un vote solennel sur la version définive du texte de loi sur « l’Aide à mourir ». A cette occasion, notre contributeur Louis-Charles Viossat nous invite à revoir la Palme d’or du Festival de Cannes 1983, « La Ballade de Narayama » du grand cinéaste japonais Shohei Imamura. Un film ou l’héroine, Orin, en vient à considérer sa propre disparition comme un devoir envers ceux qu’elle aime car elle est devenue vulnérable. Une manière pour notre contributeur de nous rappeler que si le texte sur l' »Aide à mourir » est adopté par la représentation nationale, notre responsabilité collective ne s’arrêtera pas à la promulgation du texte. Bien au contraire, il s’agira pour notre société de s’assurer que des facteurs de vulnérabilité sociale, familiale, psychologique et économique susceptibles d’altérer la liberté réelle de la demande, notamment le sentiment d’être un fardeau, ne motivent pas l’essence même de la démarche d’aide à mourir. Un texte à méditer sur cette question de société essentielle.

Petit hiver démographique français

En 2025, pour la première fois depuis près de 80 ans, la France a enregistré plus de décès (651 000) que de naissances (645 000). La mise à jour récente par l’INSEE de ses nouvelles projections de population à l’horizon 2070 confirme qu’il ne s’agit pas d’un accident statistique mais bien du signe d’une fragilisation durable de l’exception démographique française. Pour Sans Doute, Louis-Charles Viossat revient sur cette question qui détermine toutes les autres au sein d’une nation.

L’art de traverser le vide. 

L’une des missions de la psychanalyse n’est-elle pas de nous faire grandir ?… C’est le sentiment premier qui vient à l’esprit à lire le nouveau texte de Marie-Victoire Chopin pour Sans Doute. Un texte qui cherche à nous libérer de nos peurs quand on cherche le changement et accepter l’inconfort d’être, par moment, dans un certain vide. Le prix à payer quand on veut changer, car nous sommes les enfants du paradoxe, oui : avides de liberté et amoureux de nos cages, épuisés par le contrôle et terrifiés par l’abandon. Mais mieux vaut lire ce texte magnifique pour comprendre qui nous sommes vraiment, au prisme de la pensée complexe défendue par Edgar Morin.

Qui veut encore procréer en Europe ? 

Avec sa verve habituelle et sa formidable capacité à mettre en perspective les grands faits de civilisation en peu de mots, Frédéric Arnaud-Meyer nous livre son diagnostic sur la question à la fois centrale de toute société humaine et déterminante du futur de notre continent : le désir d’enfant. Quel signal peut au fond mieux résumer la crise profonde que traverse l’Union Européenne, décrite tout au long de la semaine dans Sans Doute par nos contributeurs, que la chute dramatique du taux de natalité dans l’ensemble des 27 Etats membres ? Comment remédier à cette crise civilisationnelle ? Pour notre contributeur, pas d’illusion : sermonner les corps à coups d’incitations fiscales et de places en crèche ne servira à rien. Il faudra en revanche, et c’est beaucoup plus complexe, reconstruire une Europe qui mérite qu’on lui confie des corps nouveaux. Un magnifique épilogue pour cette semaine européenne

L’entrée est fermée !

C’est le débat majeur autour de la généralisation de l’intelligence artificielle dans le milieu professionnel : quel est l’impact pour l’emploi, à quel rythme et pour quelles populations de salariés spécifiques de la pénétration si rapide de ChatGPT, Claude, Copilot et tant d’autres ? La question déchire les économistes, mais Sylvain Lévy l’aborde pour Sans Doute sous un angle particulier, celui des jeunes diplômés. Même issus des meilleures écoles, ceux-ci se voient généralement confier en début de carrière des tâches d’exécution que n’importe quel agent IA fait mieux gratuitement aujourd’hui. Si la porte des entreprises est fermée à court terme aux débutants dans la vie professionnelle, il y a fort à parier que ceux qui s’en sortiront seront ceux qui bénéficient d’un capital de réseau et d’entre soi, à mille lieux de la méritocratie républicaine. Une enjeu essentiel de plus à traiter urgemment pour une société française déjà bien mal en point.

Le monde intérieur, nouveau luxe de rareté.

Depuis longtemps l’industrie du luxe, qui fabrique des objets en série sous le prisme de la désirabilité, a jalousé l’artisanat du prototype, c’est à dire la création artistique. Comme si les géants du luxe souffraient d’un complexe d’infériorité à l’égard des artistes, ou bien qu’il faille estampiller nécessairement la production de masse de sacs à main et de chaussures d’un label de Beau universellement reconnu. Marie-Victoire Chopin raconte aux lecteurs de Sans Doute dans cet article l’étape suivante : comment à l’heure de l’IA qui crée une esthétique à la fois parfaite, mainstream et interchangeable, ce qui distingue est ce qu’on est capable de comprendre, de hiérarchiser, de relier…Le livre devient pour la mode ainsi le symbole de ce monde intérieur réhabilité, car il en est dans l’imaginaire collectif l’essence même. Reste à espérer que le chiffre d’affaires des librairies va vraiment progresser !

Violence et adolescence : au seuil de la fragilité

Jeune mineur à l’époque des faits, en 2023, l’assassin d’Agnès Lassalle a été jugé coupable le 24 avril par la Cour d’assises des mineurs des Pyrénées-Atlantiques, qui l’a condamné à quinze ans de réclusion. Arguant d’une possible altération de l’accusé, les jurés ont réduit d’un an la demande de l’avocat général. Un verdict que le prévenu n’a pas souhaité contester. Reste l’ambivalence d’un jugement que la minorité, l’altération ou un problème médicamenteux ne suffisent pas à expliquer. La tribune que propose notre spécialiste Marie-Victoire Chopin pour Sans doute, s’attache à faire le point le plus exhaustif possible sur les violences adolescentes et les conditions du passage à l’acte. Une manière de se demander à quel moment la vulnérabilité d’un ado devient un danger pour autrui.

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