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En cette fin d'année scolaire, le rituel des examens nationaux s'accompagne, comme toujours, de la litanie des rapports alarmants sur le niveau des élèves. Orthographe en déroute, syntaxe fracturée, grammaire ignorée... On s'empresse souvent de classer ces débats au rayon des querelles de clocher ou d'un conservatisme nostalgique. C'est un tort : la question mérite mieux qu'un haussement d'épaules, même si elle mérite aussi mieux que la dramatisation. Car la maîtrise de la langue n'est pas qu'une affaire de dictée. Elle conditionne, en partie, la capacité des citoyens à participer pleinement à la vie démocratique. L'école républicaine n'a pas seulement pour mission de former des travailleurs employables ; elle a la responsabilité de forger des citoyens capables de s'exprimer, d'argumenter, de se défendre par la parole. Cette faculté porte un nom millénaire : le logos. Au moment où débutent les vacances scolaires, un texte de fond de Joëlle Alazard, Présidente de l'Association des Professeurs d'Histoire-Géographie, sur les missions de l'école.
De la Pnyx a l'hystérisation du débat public
Il faut revenir à la source. Athènes n'est pas devenue le berceau de la démocratie par la seule force de ses armes, mais parce qu'elle fut la cité du logos, ce concept grec qui unissait la raison, la pensée et la parole articulée. Sur la colline de la Pnyx, le pouvoir a cessé d'appartenir exclusivement à la violence physique pour devenir, au moins en partie, le domaine du débat public. Être citoyen, c'était pouvoir prendre la parole, argumenter, opposer le verbe au glaive.
Orwell, dans 1984, en a fait une fable glaçante avec la Novlangue : réduire le lexique, c'est rendre plus difficile la formulation de certaines idées. Il faut ici une prudence que le mythe orwellien n'invite pas toujours à avoir : les linguistes ne s'accordent pas sur l'ampleur de ce lien entre vocabulaire disponible et pensée possible. On peut penser au-delà des mots qu'on possède déjà, en tâtonnant, en périphrasant, en inventant. Mais ce tâtonnement a un coût : il est plus lent, plus fragile, plus vite abandonné. Une langue appauvrie ne rend pas la pensée complexe impossible ; elle la rend plus coûteuse, et donc plus rare.
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