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En 2002 en Corée, la victoire historique du Sénégal contre la France, championne du monde en titre, avait stupéfait le monde du football. Notre contributeur François Jay, spécialiste de l'Afrique et grand fan de foot devant l'Eternel avait publié en 2007 dans Libération une tribune dans laquelle il faisait alors remarquer que, de même que les Français étaient allés en Italie pour apprendre à gagner avant de devenir champions du monde en 1998, les Lions de la Teranga étaient venus apprendre à gagner en France avant de battre l’équipe championne du monde. Aujourd'hui, il explique aux lecteurs de Sans doute, que les succès des footballeurs africains depuis le début de la Coupe du Monde 2026 outre-Atlantique ne sont plus une anecdote, mais le fruit d'une stratégie bien déterminée.
À l’époque, cette formule, "l'Afrique a appris à gagner" pouvait paraître provocatrice. Vingt-quatre ans plus tard, elle me semble surtout incomplète : ce qui est en train de se jouer sous nos yeux dépasse largement le cadre du Sénégal. Et même celui du football.
De la surprise à la normalité
Pendant longtemps, les succès africains en Coupe du monde furent perçus comme des exploits isolés.
Le Cameroun de 1990, le Sénégal de 2002, le Ghana de 2010 : des équipes admirées, célébrées, mais toujours considérées comme des exceptions.
Puis vint le Maroc de 2022 : les Lions de l’Atlas deviennent la première sélection africaine de l’histoire à atteindre les demi-finales d’une Coupe du monde. Cette performance fut saluée comme un exploit. Elle fut surtout un tournant. Pour la première fois, une équipe africaine démontrait qu’elle pouvait non seulement battre de grandes nations européennes, mais prétendre légitimement au dernier carré mondial.
Quatre ans plus tard, le Maroc confirme. Face au Brésil, il ne subit pas ; il rivalise. Son match nul obtenu contre l’une des plus grandes nations de l’histoire du football n’a provoqué ni surprise ni incrédulité (même si certains le relativisent à cause de la faiblesse présumée de cette sélection…). Comme si quelque chose avait changé : le football africain n’est plus composé de superbes athlètes capables de gestes techniques hors du commun, mais dénués de sens tactique ; aujourd’hui, entrainées par des sélectionneurs eux-mêmes africains, ces équipes tiennent la dragée haute aux plus grands.
Et c’est précisément ce changement qui mérite réflexion.
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