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Ne l'oublions jamais, l'IA c'est juste un mélange de probabilités et de ressemblances. Rien d'autre. Elle ne peut donc rien créer, juste produire. Et si elle n'est pas nourrie elle s'appauvrit, et se met à "halluciner". Sans nier les progrès fulgurants auxquels nous assistons dans les différents champs d'intervention de l'IA, propres désormais à susciter une forme d'inquiétude, et mis en avant régulièrement par les contributeurs de Sans Doute, Sylvain Lévy revient pour nos lecteurs sur cet élément fondamental : La création humaine n’est pas en compétition avec l’IA. Elle en est le carburant. Car elle seule demande un effort. Elle peut aussi refuser. Elle peut déplaire. Ce que l'IA ne cherchera jamais à proposer. Nous sommes heureux de vous présenter ce texte essentiel pour comprendre vraiment notre monde dominé désormais par ChatGPT, Claude et consorts...
Ces derniers jours, deux textes se sont croisés sur mon écran.
Dans son atelier de pensée, Dimitri Daniloff sépare avec une précision chirurgicale ce que l’époque confond : produire et créer. L’IA produit, écrit-il. Elle génère un output à partir d’un input, mieux, plus vite, à l’échelle industrielle. Créer est autre chose. C'est prendre le risque d'une vision qui peut échouer, déplaire ou choquer. C'est mettre quelque chose en jeu sur une forme qui n'existe pas encore. L’IA n’a rien à perdre. Elle ne prend pas de risque.
Quelques jours plus tard, dans Le Figaro, Bruno Patino et Stéphane Breton décrivent la fin de l’ère Gutenberg. Le modèle de personnalisation à outrance érode la culture commune que les médias de masse avaient produite pendant deux siècles. Chaque usager s’enferme dans sa bulle. Le « commun » se dissout. Breton rappelle Platon : toute nouvelle technologie intellectuelle commence par une régression. En son temps, l’écriture s’adressait à une élite. L’IA est la seconde fois dans l’histoire que nous changeons de régime cognitif.
Deux registres. Un même diagnostic. Notre rapport à la production de sens se fissure.
Je voudrais m’arrêter sur un chiffre que Daniloff isole et que presque personne ne commente correctement. Une récente étude de l'université de New York montre que les visuels publicitaires générés par IA obtiennent 19 % de clics supplémentaires par rapport aux créations humaines, dans le secteur de la cosmétique, en laboratoire et en conditions réelles. Cette nouvelle a fait le tour des tranchées habituelles : stupeur d'un côté, triomphe de l'autre.
Mais la même étude contient une seconde donnée, moins commentée. Lorsqu'on révèle aux consommateurs que la publicité a été générée par IA, le taux de clics chute de 31,5 %. Les chercheurs s'inquiètent de cette situation en termes de transparence réglementaire. Comment concilier performance et obligations de divulgation imposées par l’Union européenne ? C'est une lecture défensive.
La lecture juste est différente. Ce 31,5 % ne signifie pas que les consommateurs ont des préjugés contre l’IA. Il révèle quelque chose de plus profond. Les gens reconnaissent, sans pouvoir le nommer, la différence entre une image qui a coûté quelque chose à quelqu’un et une image qui n’a rien coûté à personne. Lorsqu'on leur apprend que personne n'a pris de risque pour créer ce qui leur est adressé, ils ne se sentent pas trompés. Ils se sentent exclus. Il n'y a pas eu d'intention dirigée vers eux. Il y a eu du calcul à leur égard.
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