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Comment les fracas du monde arrivent-ils jusque dans la campagne corrézienne ? Comment faire cohabiter mémoire, vie quotidienne, universalisme et rugby ? Une nouvelle chronique dominicale de notre troubadour de la ruralité, notre envoyé très spécial de Sans Doute au coeur de la France des villages, Jean Brousse. Dans son style de peu de mots, il nous régale en nous disant l’essentiel, en choisissant ce qui nous unit plus que ce qui nous divise.
Il fait plutôt frais, très frais, pour la chasse aux œufs. Qu’importe, les cloches vont revenir joyeuses et sonores de Rome lourdement chargées de chocolats multicolores que les enfants iront débusquer au milieu des tulipes et des jonquilles, des haies de lauriers, des rosiers naissants et des rhododendrons.
Mars n’en n’a pas fini et giboule à tout va en avril encore. Que quelqu’un prévienne le printemps qu’on commence à l’attendre avec impatience. L’heure d’été ne suffit pas pour y croire. Le village est calme, sans le tintement du clocher en ce week-end pascal. Personne dans les rues, ambiance fin du monde en attendant la résurrection.
Le conseil municipal est maintenant installé, comme dans tous les communs alentours. On commente encore la surprise locale : la prise de Tulle, ville ouvrière s’il en est, par une liste de droite. Nous verrons sans doute notre conseil au grand complet dimanche, où sera rendu comme chaque année un hommage aux fusillés et déportés ici de la Deuxième guerre mondiale. Des maisons brûlées et des martyrs : Le Lonzac lui-même labellisé « Village Martyr » ! Les plus âgés, il en reste, s’en souviennent, la mémoire ne leur fait pas défaut. Nos parents et nos grands-parents nous l’ont tellement racontée, cette terrible journée du 4 avril 1944. Une piqûre de rappel ne fera de mal à personne, par les temps qui courent, porteurs de sérieuses incertitudes.

Nous sommes en fait tous en guerre, même si, du fond de mon jardin, on ne s’en rend pas bien compte. Il suffit pourtant de faire le plein de diesel ou de rentrer le fioul brûlé pendant l’hiver. Un euro quatre-vingt le litre, ça n’est pas rien, comparé à l’euro de l’année dernière. Les infirmières et les artisans, entre autres, dans les campagnes, en sont sérieusement victimes.
Sur BFM ou LCI, qui font leur miel du moment, où à longueur de journées et d’éditions spéciales quotidiennes, même s’ils ne trouvent plus rien à dire, des commentateurs patentés et usés patouillent entre interprétations et hypothèses plus documentées les unes que les autres, mais finalement assez imprécises.
Oui ou non, Donald Trump est-il dans le brouillard, questionne inlassablement un monsieur Loyal qui commence à fatiguer ? Personne ne sait, ou n’ose se prononcer, y compris les vieilles gloires militaires du pays, qui ont remplacé immédiatement les politologues déboussolés par les résultats des élections municipales. Les mystérieux marchés financiers yoyotent. L’économie mondiale tousse.
Donald, alias Trump et ses fidèles Fifi, Marco Rubio, Riri, le sémillant Pete Hegseth, et Loulou, le golfeur Steve Witkoff, le savent-ils eux-mêmes ? Le bonimenteur en chef de la Maison Blanche retrouve ses vieux réflexes de vedette de la téléréalité, aimanté par les bouquets de micros comme un papillon par les buissons de buddleias. « J’ai proposé un cessez-le-feu ! », vocifère-t-il à l’envie. À quel éminent responsable, puisqu’il les aurait tous décimés ? On ne le sait pas, joli poisson d’avril ! « On n’en a plus que pour trois semaines … Nous avons toutes les cartes en main … Nous avons détruit les infrastructures nucléaires iraniennes … Nous allons réduire l’Iran à l’âge de pierre ! ».
À l’échelle des deux jours qu’il fallait pour cesser les combats en Ukraine, faites le calcul. Ce président, la lippe boudeuse sous sa mèche blond tournesol, croit à l’évidence dans les promesses auto-prophétiques de ses déclarations déstabilisatrices tant elles sont souvent contradictoires. Le régime iranien, lui, semble tenir, déploie ses drones et ses missiles, engrange les péages dans le détroit d’Ormuz. On envoie force unités spéciales et B2 pour ne pas « faire la guerre ». Vladimir et Xi, silencieux comme des matous à l’affut, veillent soigneusement.
Le peuple iranien, incroyablement civilisé et cultivé, continue avec patience de souffrir d’un régime qui ne le « calcule » pas. Le vieux George Orwell ne s’était trompé que d’une quarantaine d’années quand il annonçait pour 1984 l’asservissement des hommes par des technologies gouvernées par des docteurs «Folamour». Il n’avait pas prévu les animateurs de téléréalité, les rois de la communication, les influenceurs, l’intelligence artificielle et les promoteurs de « fake news ». Mais, sans le savoir, il en présageait les conséquences.
N’empêche, la vie normale continue. Devant le café, au Turlot ce matin, on évoque comme à l’habitude les péripéties du moment. Le tabac, « chez Denis », s’est fait braquer cette semaine. Ça n’est pas la première fois, et l’on déplore à nouveau ces évènements qui viennent troubler la paix de la petite commune. On commente évidemment sans en tenir compte les premiers résultats que des sondeurs insatiables – business is business- produisent sur la bien lointaine présidentielle.
Artemis poursuit dans l’indifférence générale son périple autour de la Lune. La Montagne fait sa une sur le procès du terrible meurtrier de Justine, une jeune femme du pays. Et puis samedi, le Sporting de Tulle a rencontré Bergerac en championnat de Fédérale et tente d’échapper à la dernière place du classement. Le CAB de Brive en forme aura continué vendredi son bel élan en l’emportant brillamment par 53 à 13 contre Provence Rugby, un concurrent direct, sur l’air de la Goffa Lolita, devant le sélectionneur de l’équipe de France Fabien Galthié et un ancien Président de la République naturalisé corrézien. Zéro faute, zéro carton. Brive confirme sa place dans le carré de tête du championnat de Pro D2. Quel match, on aura vu du beau rugby !
What else ?…
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