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On n’a jamais vu monsieur Gonzo, alias Frédéric Arnaud-Meyer aussi émouvant. Mais l’actualité le rattrape avec cet ode à un ami, qui fut un maire exemplaire. Dans ces quelques lignes il nous propose – pour Sans doute, et bien au-delà – ce qu’est, pour une commune française, un premier magistrat digne de ce nom. Comme un chemin à suivre à l’approche des élections municipales.
Chronique d’une disparition locale dans un pays qui doute.

Il est mort hier.
Mon maire préféré.
Élu depuis plus de trente ans.
Trente ans, c’est plus qu’une carrière. C’est une époque.
C’est une génération d’enfants devenus parents.
C’est une mairie qui devient presque une maison.
Il était adorable.
Et adoré.
Dans un pays qui s’interroge sur la démocratie, il incarnait une chose simple :
La proximité.
Pas la proximité numérique.
Pas la proximité algorithmique.
La vraie. Celle qui serre la main, qui connaît les prénoms, qui s’arrête au marché, qui répond au téléphone un dimanche.
Il est parti d’une longue maladie.
Une maladie du corps.
Mais je ne peux m’empêcher de penser à l’autre maladie — plus diffuse — celle qui ronge nos institutions : la fatigue démocratique, la défiance, l’érosion lente de la représentativité.
Lui, il résistait.
Ce qu’il faudra pour le remplacer
À l’heure du choix qui vient, je me suis surpris à faire une liste.
Pas une liste administrative.
Une liste symbolique.
Pour le remplacer, il faudra :
Une moustache de Gaulois.
Pas pour le folklore — pour le courage tranquille.
Un rire franc.
Un rire qui fend les inquiétudes comme une hache dans du bois sec.
Une disponibilité plus solide qu’un data center.
Parce qu’un maire, dans un village, c’est du 24/7.
C’est l’incident à 6h du matin.
C’est la fuite d’eau.
C’est le conflit de voisinage.
C’est la fête communale.
Une dextérité rare à la tronçonneuse.
Pour déblayer les routes envahies par les arbres malades.
Métaphoriquement… et parfois très concrètement.
Une écoute patiente et active.
Écouter sans juger.
Décider sans humilier.
Un amour sans limite pour sa ville et ses administrés.
Pas un amour stratégique.
Un amour viscéral.
Une vision claire du village.
De sa place dans la région.
De ce qui en fait un endroit à part, charmant, fragile et précieux.
Une intelligence hors du commun de la chose publique.
Et de son financement.
Parce que la poésie municipale a un budget, et que la rigueur est la sœur discrète du rêve local.
Enfin, la capacité de s’entourer.
Un maire seul ne tient pas trente ans.
Une équipe à son image — engagée, loyale, exigeante — reste la vraie signature d’un mandat long.
La démocratie à taille humaine
On parle beaucoup de crise démocratique.
De fracture.
De verticalité du pouvoir.
De défiance.
Mais dans les villages, il existe encore cette forme archaïque et précieuse de démocratie : la relation directe.
Un maire, ce n’est pas un concept.
C’est une présence.
Il connaît les histoires.
Les rancunes anciennes.
Les alliances improbables.
Les silences lourds.
Il sait quand il faut arbitrer.
Et quand il faut simplement laisser passer l’orage.
La démocratie nationale se débat dans les plateaux télé.
La démocratie locale, elle, se joue sous les platanes.
Merci Gérard
Merci Gérard.
Les cieux gagnent quelqu’un de bien.
Nous perdons un pilier.
Il va falloir s’accrocher pour trouver une succession digne.
Non pas une imitation.
Mais une relève capable de comprendre que gérer une commune, ce n’est pas administrer un territoire.
C’est tenir une promesse quotidienne.
Et peut-être qu’au fond, la meilleure manière de lui rendre hommage n’est pas de chercher un clone.
Mais de rappeler que la démocratie ne tient pas uniquement par des institutions.
Elle tient par des hommes et des femmes qui acceptent d’aimer leur territoire assez fort pour s’y consacrer.
Trente ans.
Cela force le respect.
Et laisse un vide immense.
