Que celui d’entre nous qui ne s’est jamais plaint des lenteurs de son administration, de la trente-cinquième fois où il lui aura fallu compléter le formulaire CERFA B1832A (et son annexe, évidemment) lève la main ! Râler contre l’administration, ses lenteurs et son joyeux chaos est presque une tradition. Jusqu’ici, lorsqu’un dossier semblait bloqué, on pouvait encore incriminer une procédure absconse, un formulaire manquant ou, grand classique, « le système informatique ». Aujourd’hui, il suffit réellement de quelques lignes de code pour que ce soit le système tout entier qui s’arrête. Et c’est là que la plaisanterie devient nettement moins drôle pour les citoyens que nous sommes. Un article percutant de Karine Schaub pour Sans Doute, en contrepoint des cyberattaques de cet été contre la Direction Générale des Finances Publiques et le Ministère de l’Education Nationale.
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Le retour de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement), l’agence fédérale américaine chargée de l’immigration, au premier plan de l’actualité, fait remonter de vieux (pas si vieux !) souvenirs. En août 2019, l’arrestation simultanée de 680 ouvriers agricoles dans le Mississippi illustrait de manière spectaculaire l’irruption des algorithmes prédictifs au cœur de la violence légitime de l’État. En s’appuyant sur les logiciels de la firme Palantir, l’ICE franchissait alors un seuil technologique historique. Sept ans plus tard, loin de se limiter à de simples prestations informatiques, la Silicon Valley impose désormais aujourd’hui une architecture propriétaire qui absorbe et privatise les fonctions régaliennes les plus fondamentales. De la « privatisation cognitive » de la justice à la transformation du citoyen en un « double statistique », ce démembrement institutionnel accéléré acte l’échec du modèle centralisateur jacobin. Face à la dépendance technologique, seule l’émergence d’un « girondinisme numérique », adossé à des infrastructures souveraines sur le modèle estonien, semble pouvoir conjurer l’avènement d’un État failli. Le deuxième volet de l’analyse de Marc Lipskier pour Sans Doute sur la crise de l’Etat moderne.
Le 6 mai 2026, l’entreprise d’intelligence artificielle Anthropic a officialisé un accord d’infrastructure majeur avec SpaceX. Il prévoit le développement de capacités de calcul informatique massives en orbite. Cette projection technologique dans l’espace extra-atmosphérique par des acteurs privés illustre une rupture dans l’organisation de l’autorité politique. Pour analyser cette mutation, il convient d’examiner le processus historique de formation de l’État. Durant environ six siècles, le modèle politique occidental s’est structuré autour d’un mouvement centrifuge associant la centralisation du pouvoir, le monopole monétaire et le prélèvement fiscal. Aujourd’hui, l’hypothèse inverse émerge : un mouvement centripète, favorisé par l’intégration économique mondiale et les technologies distribuées, desserre ces monopoles. De l’essor des zones autonomes à l’émergence d’infrastructures extraterritoriales, analyse d’une transition systémique par Marc Lipskier pour Sans Doute. Ou comment comprendre ce tremblement de terre à bas bruit.
Sur le papier, l’idée d’une somme d’argent dédiée aux jeunes pour des produits culturels, est louable. Mais, comme souvent, inscrire une initiative politique en dehors de tout contexte des mécanismes de reproduction sociale est rarement couronné de succès. Au-delà du montant, il y a aussi l’exemple qu’on donne aux Français. Bref, pour Fabrice Baumgartner cette expérience est, hélas, un coup pour rien.