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Les personnes qui auront quatre-vingt-cinq ans en 2070, ont à peu près mon âge aujourd’hui. Celles qui en auront soixante-quinze en ont une trentaine. Elles sont donc déjà là, et nous connaissons assez bien le monde dans lequel elles ont grandi et sont devenues adultes, tout comme leurs habitudes, une partie de leurs aspirations, les technologies qu’elles utilisent et les formes familiales qu’elles inventent. Ce qui reste beaucoup plus difficile à imaginer est la manière dont elles accepteront de vieillir, et surtout la manière dont nous aurons organisé la société autour d’elles lorsque leur corps, leur mémoire ou leurs besoins auront commencé à changer. La sophistication d’une société vieillissante se mesurera peut-être à sa capacité à ne pas convertir une vulnérabilité partielle en présomption générale d’incapacité. Une analyse prospective toute en finesse de Marie-Victoire Chopin pour Sans Doute.
La question va rapidement cesser d’être marginale. Selon les projections centrales publiées par l’Insee en juin 2026, la France pourrait compter 65,9 millions d’habitants en 2070, dont 19,3 % auraient 75 ans ou plus. Les 65 ans ou plus représenteraient alors près d’un tiers de la population, et le nombre de personnes âgées d’au moins 80 ans approcheraient neuf millions, contre 4,3 millions aujourd’hui.
Ces chiffres donnent une idée assez précise du volume et une idée très pauvre des vies qui s’y trouveront contenues.
Les futurs vieux de 2070 auront connu les applications de rencontres, les compagnies aériennes à bas coût, les familles recomposées, le télétravail, l’intelligence artificielle, les carrières discontinues, la livraison à domicile, le mariage entre personnes de même sexe et plusieurs décennies pendant lesquelles une part considérable des gestes ordinaires de l’existence aura transité par un écran.
Certains auront travaillé dans quatre ou cinq métiers. D’autres auront vécu dans plusieurs pays. Beaucoup auront divorcé, refait leur vie ou passé de longues périodes seuls. Une fraction plus importante qu’autrefois aura probablement eu peu ou pas d’enfants, puisque les intentions de fécondité diminuent déjà.
L’étude française Erfi 2, conduite en 2024 auprès de 12 800 personnes, décrit simultanément la baisse des intentions d’avoir des enfants, la diversification persistante des formes familiales, l’augmentation des séparations et des remises en couple ainsi que la progression du nombre de couples de même sexe, dont les trajectoires familiales se diversifient elles aussi.
Il serait imprudent de prolonger mécaniquement ces tendances pendant quarante-quatre ans. Leur direction suffit cependant à rendre fragile une représentation encore très présente dans les politiques du grand âge : celle d’une personne vivant depuis longtemps au même endroit, disposant d’enfants géographiquement proches qui prendront progressivement le relais, tandis que ses goûts, ses mobilités et ses aspirations se simplifieraient avec l’âge.
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