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Notre contributeur Gilles Sengès a eu entre les mains, un sondage qui ne souffre aucune ambiguïté sur la dégradation des rapports entre la France et les États-Unis. Deux pays qui, pourtant, sont les seuls des grandes démocraties à ne jamais avoir été en conflit armé l’un avec l’autre.
Les États-Unis de Donald Trump suscitent un rejet jamais vu de la part des Français, comme en témoigne un sondage réalisé par l’Ifop. Il aura fallu moins de deux mois de présence à la Maison Blanche à Donald Trump pour faire l’unanimité contre lui en France. Selon une enquête réalisée par l’Ifop pour le site d’information touristique sur New York, NYC.fr et Le Point, la côte de sympathie des Etats-Unis auprès des Français est tombée à 25%, soit un plus bas de ces quarante dernières années.
Même la présidence du peu populaire George W Bush, marquée par le déclenchement de la guerre en Irak, n’avait suscité un tel rejet avec, respectivement, un taux de sympathie de 31 et 30% en 2005 et 2007. On est loin des 65% affichés en 2010 peu de temps après l’arrivée au pouvoir de Barack Obama (65%) ou même des 54% de Ronald Reagan à la fin de son second mandat en 1988.
C’est une histoire de valeurs. Les Français interrogés se disent pour 44% d’entre eux “assez éloignés” -voire “très éloignés” pour 19% d’entre eux- de celles portées par Donald Trump et la majorité des Américains qui l’ont, bel et bien, élus.
Résultat, l’attractivité des Etats-Unis est en chute libre que cela soit pour y étudier (22% contre 48% en 2010), y vivre (22% contre 30%) ou y travailler (20% contre 37%). Même l’envie d’y faire un périple touristique recule de 4 points à 51% contre 55% en 2022. Ce qui profite dans la région au Canada (72%, +10 points), au Mexique (46%, +4 points) et à Cuba (43%, +6 points). Seule la ville de New York (62%) maintient son attractivité pour un court séjour.

Boycotts
L’heure est même quasiment au boycott. Ils sont 62% de Français à approuver les campagnes contre les marques américaines pour protester contre la politique de Donald Trump. Et 32% disent avoir déjà intégré la pratique dans leurs achats de Coca-Cola (48%) ou leurs virées chez MacDonald’s (44%). Comme partout dans le monde, Elon Musk, le gourou de Donald Trump qui s’illustre par ses déclarations polémiques, bénéficie d’un traitement spécial avec ses voitures Tesla (19%) et son réseau social X (10%), seules marques américaines non-alimentaires citées comme objets potentiels de boycott.
“Cette enquête met en lumière un phénomène sans précédent dans l’histoire des relations franco-américaines : l’émergence d’un mouvement de boycott large avec des ressorts sociologiques inédits ; une base de soutien qui transcende les clivages politiques ; une diversité de motivations et une mobilisation forte des seniors et des catégories aisées” écrit François Kraus de l’Ifop. “Cette structuration générationnelle, conjuguée à l’ampleur du soutien dans l’opinion publique, laisse présager que ce mouvement ne sera pas qu’un feu de paille” ajoute-t-il.
Pas sûr que ce ne soit pas l’objectif visé, côté américain. Entre Donald Trump qui s’interrogeait, début mars, “si la France (ou d’autres pays) venait nous aider comme ils sont censés le faire si les Etats-Unis auraient un problème” -oubliant le soutien du marquis de La Fayette à la guerre d’indépendance américaine. Et le mépris de JD Vance, son vice-président, qui crache à son tour sa bile, à l’égard “d’un pays quelconque qui n’a pas mené de guerre depuis 30 ou 40 ans” après la tentative d’élaboration par la France et le Royaume-Uni d’un plan de paix pour l’Ukraine, oubliant que l’armée française à été auprès des États-Unis à de nombreuses reprises (Afghanistan, Moyen-Orient…).